Nos Pilifs : une ferme presque comme les autres

vendredi 11 septembre 2009 à 12h00

La ferme Nos Pilifs est une entreprise de travail adapté (ETA). Son objectif est de valoriser le travail des personnes handicapées. En bientôt 25 ans d'existence, l'entreprise a connu une belle expansion. Reportage.

Nos Pilifs : une ferme presque comme les autres

Neder-over-heembeek, au détour de la route, un petit chemin et, brusquement, la campagne s'invite en ville. Devant nous, la ferme Nos Pilifs. Il est 9h, mais, à la ferme, la journée est déjà bien entamée.

Dans la boulangerie, il fait chaud. Benoît, le boulanger, répartit les tâches entre ses assistants : il faut pétrir la pâte, préparer les macarons, beurrer les moules. Une fois chacun au travail, pas question de s'arrêter pour discuter. Déjà, il est temps de sortir les pains du four.

Un travail ordinaire de boulanger. Enfin, pas tout à fait. Benoît travaille dans une entreprise de travail adapté, dont l'objectif est de valoriser le travail des personnes handicapées. Ou plutôt des personnes moins valides.

En 1971, Nelly Filipson fonde un centre de loisirs pour adolescents handicapés mentaux, auquel elle donne son nom, sous forme d'anagramme. « Dix ans plus tard, raconte Benoît Ceysens, fondateur et actuel directeur de la ferme, les adolescents avaient grandi. Se posait alors la question du travail. Les jeunes adultes devaient rester chez eux, car il n'y avait pas de travail pour eux. Avec Nelly Filipson, on a décidé de tenter quelque chose. Et la mayonnaise a pris ».

Ainsi est née la ferme Nos Pilifs. En 1984, les premiers ouvriers handicapés sont engagés. "Au début, c'était du bricolage, une ambiance un peu baba cool, poursuit le directeur. Mais, très vite on a réalisé qu'il fallait se professionnaliser".

Difficile, aujourd'hui, d'imaginer quelques ouvriers en train de bricoler ! La ferme compte en effet 150 employés - 80 à 110 personnes handicapées et 30 à 40 personnes valides - et elle a développé de nombreuses activités : animations pour les enfants, atelier de manutention, boulangerie, épicerie, restaurant et jardinerie.

Les idées grouillent et les nouvelles activités s'adaptent sans cesse aux besoins. Par exemple, très récemment, l'idée est venue de proposer un service de livraison de fruits et légumes bio.

Didier était horticulteur indépendant. Il avait monté sa propre entreprise. Suite à un stress trop important et à une grave chute, il est devenu moins valide. Aujourd'hui, il est bénévole à la ferme.

Nazik était demandeur d'emploi. Durant deux ans, il a cherché du travail, sans succès. Diabétique, à la santé fragile, il ne supportait pas de ne rien faire. Il a choisi de venir travailler au centre en attendant de retrouver un emploi

Victime d'une psychose, Nathalie a connu "l'enfer", comme elle le raconte. Maintenant qu'elle va mieux, elle voit défiler les années et se demande si sa place est vraiment dans une ETA. Même si elle se dit qu'elle ne pourrait pas supporter la pression d'un travail ordinaire. Et elle doit encore consolider son équilibre.

Le taux d'invalidité est très variable, d'une personne à l'autre. Mais à la ferme, chacun est libre de parler ou pas de son passé. "Nous voulons, avant tout, rencontrer l'autre en tant qu'homme", explique Xavier Lecarré, l'un des responsables de la ferme d'animation.

L'une des clés de réussite de la ferme, c'est de donner des tâches précises et un cadre fixe aux travailleurs : "Etre trop cool, ce n'est pas rassurant pour eux, poursuit le responsable. Il faut qu'ils aient un cadre, une structure. Il est également très important d'adapter en permanence le travail, en fonction des envies et des compétences du travailleur. Chaque personne a ses limites, il faut pouvoir les sentir".

Une capacité d'adaptation est donc une qualité indispensable à tout coordinateur. Mais, ajoute Xavier Lecarré, il faut également être très précis lorsqu'on explique les tâches : "Un jour, j'ai demandé à un gars de nettoyer les tables, raconte-t-il. Il a alors compris qu'il devait s'occuper de toutes les tables du centre. Ce qui était logique. Notre métier est souvent déstabilisant, car il nous renvoie à nos propres limites. Ce n'est pas donné à tout le monde. Il faut, à la base, avoir une vraie vocation".

40% des revenus de la ferme Nos Pilifs sont des subsides d'état. Les ETA ont donc un coût social non négligeable. Mais leur rôle dans la société est considérable. Elles permettent d'offrir une activité à de nombreuses personnes qui ne sont plus employables : "Les exigences des entreprises sont de plus en plus folles, explique Benoît Ceysens. Actuellement, il est très rare qu'une entreprise privée engage une personne qui vient d'une ETA".

Soucieuse de l'environnement, la ferme est également un modèle de développement durable : "Depuis le départ, nous avons souhaité construire quelque chose qui s'intègre dans l'environnement. Pour cela, nous avons déjà reçu un label éco-dynamique. Aujourd'hui nous continuons de progresser. Dans toute décision prise, il y a une analyse de l'impact environnemental".

Dans quelques semaines, la ferme va fêter ses 25 ans. L'occasion pour elle de faire le bilan de ses projets passés et futurs. Mais, elle peut déjà se féliciter d'une solide reconnaissance des habitants de la commune de Neder-over-heembeek. "Une reconnaissance importante pour nos travailleurs", conclut le directeur de la ferme.

Reportage : Marie-Noëlle Rasson
Photographie : Frédéric Pauwels

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