Acheter un papa belge

Soraya Ghali

jeudi 16 janvier 2014 à 09h46

Des jeunes femmes en situation irrégulière font reconnaître leur enfant par un homme âgé afin de se procurer des papiers. Un trafic en plein essor

© ThinkStock

On les appelle les paternités « blanches » ou « de papiers ». Fictives, elles se multiplieraient, permettant à certains ressortissants étrangers d’obtenir frauduleusement un titre de séjour. « Tout le monde peut reconnaître un enfant qui n’est pas le sien, la seule condition pour ce faire étant que la mère soit d’accord », explique Els Cleemput, porte-parole de la secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’Immigration, l’Open VLD Maggie De Block. Il suffit donc de se rendre à l’état civil et de se déclarer père, quel que soit l’âge de l’enfant. Aucune preuve n’est réclamée à ce stade.

Concrètement, cette nouvelle fraude se décline de plusieurs manières. La plus courante, selon l’Office des étrangers, concerne de jeunes mères en situation irrégulière qui achètent un papa belge (ou européen) à leur progéniture – dans le jargon judiciaire, on les appelle les « reconnaisseurs ». « C’est le cas de mères résidant dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, dans l’attente d’être rapatriées », détaille un rapport du collège des procureurs généraux.

La seconde forme d’abus touche des mères d’origine africaine en situation régulière ou qui ont obtenu la nationalité belge, qui vendent leurs ventres ou leurs enfants à des sans-papiers. Souvent fortuits au départ, ces petits arrangements se transformeraient en nouvelle porte d’entrée en Belgique, voire peu à peu en filière. C’est désormais le moyen le plus sûr d’obtenir directement une carte de séjour quasi imparable et automatique, le parent d’un enfant belge obtenant un titre de séjour définitif au bout de quelques années.

Sans pouvoir chiffrer la fraude, les autorités judiciaires notent une « hausse continue des reconnaissances d’enfants par des pères non biologiques résidant de manière illégale dans le pays ». Tout ne relève pas entièrement de la fraude, mais cette hausse ne ralentit pas. « Il faut mettre cela en lien avec l’efficacité des mesures prises pour lutter contre les mariages et les cohabitations de complaisance : les fausses déclarations de paternité en sont la simple conséquence », relève Nathalie Gobin, substitut du procureur du roi de Liège. Ainsi, au parquet de Bruxelles, on rapporte le cas de ce Belge d’origine congolaise qui a vendu sa paternité à seize mères, pour leur permettre d’obtenir des titres de séjour. Ou, au parquet de Mons, celui d’un homme interpellé après dix reconnaissances d’enfants suspectes. Le forfait se serait négocié entre 2 000 et 5 000 euros, selon l’âge de l’enfant.

L’intégralité du dossier dans Le Vif/L’Express de cette semaine

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Réactions

charles tergolina | 17 janvier 2014

Le mariage "blanc" est condamné, pourquoi pas le papa "blanc" ou la maman "blanche" ? Vous me direz il suffisait d'y penser ... mais comme disait J Brel " Faut vous dire Mr que chez ces gens là on pense pas Mr,on pense pas ..." A vous de savoir qui dans notre pays ne pensent pas et s'il vous plaît pour une fois ne soyez pas partisans mais objectifs...

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christian Pierart | 17 janvier 2014

ET bien pour contrer cette nouvelle filière, pourquoi ne pas exiger un test de paternité à chaque demande ce ne serais que logique

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Monique Brada | 17 janvier 2014

Bravo Mr Defraigne ... vous avez parfaitement résumé les anomalies du système qui conduira inexorablement à la faillitte de notre système social si les choses perdurent et ne sont pas rectifiées

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Jacqueline Defraigne | 17 janvier 2014

J’apprécie l’ensemble de vos remarques et j’adhère tout spécialement à celles de Mrs Thierry et Joli. Les allocations familiales, pensions alimentaires, héritages par les rejetons reconnus au détriment des enfants biologiques etc, mais aussi les frais médicaux et de scolarité à notre charge à tous, cela donne à réfléchir. Les mères porteuses sont interdites mais les pères porteurs à portées nombreuses, sont légalement autorisés. Cet usage fait des enfants pour en faire de la chair à canon, des futures fidèles de sectes et religions, des capteurs d’héritages, des objets de chantage dans des divorces et maintenant des facilitateurs d’immigration, tout cela m’écœure profondément. Et ce sont précisément tous ces capteurs et capteuses de fric, via des enfants, qui prétendent nous donner des leçons.

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Francois Frank | 16 janvier 2014

Ceci étant dit, la personne qui se livre à ce sport risque de se voir réclamer une pension alimentaire jusqu'à la fin de la scolarité (et du stage d'insertion) de "son" enfant... Si il en a reconnu 10, il est financièrement "mort".... Pour le reste, le but est double : avoir le titre de séjour et se rendre immédiatement après au CPAS ! Ces "plaisanteries" nous coûtent très très cher. Au passage, ajoutons que dans l'état actuel de la législation, la pension alimentaire versée pour l'enfant n'est PAS déduite de l'aide que le CPAS verse à la mère, quel qu'en soit le montant ! Ce qui induit des situations inéquitables entre des familles à charge de la collectivité, selon qu'on a une pension alimentaire ou non, selon qu'elle est élevée ou faible.... C'est absurde : la société devrait assurer un revenu minimum et l'équivalent des allocations familiales, et toute ressource supplémentaire devrait simplement diminuer la charge pour la collectivité... A quoi on joue ?

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