Les récentes catastrophes sont-elles dues au réchauffement climatique?

11/08/10 à 09:43 - Mise à jour à 09:43

Source: Le Vif

Inondations, canicule... Il est trop tôt pour attribuer les récentes catastrophes naturelles au réchauffement climatique, explique Serge Planton de Météo France.

Les récentes catastrophes sont-elles dues au réchauffement climatique?

© Reuters

La Russie ravagée par les flammes, le Pakistan et l'Inde confrontés à des inondations sans précédent, l'Europe centrale sous les eaux... Une coïncidence? Les explications de Serge Planton, responsable du groupe de recherche climatique du centre national de recherches météorologiques (CNRM) de Météo France.

Assiste-t-on à des phénomènes climatiques particulièrement exceptionnels?

Oui. En Russie par exemple, courant juillet, on a relevé des températures situées 7°C au-dessus de la moyenne. Une telle vague de chaleur n'avait pas été enregistrée en 130 années d'observation. En Europe centrale et orientale, l'étendue des inondations est également exceptionnelle. Sans compter l'intensité des précipitations enregistrées sur une période très courte, de l'ordre de 300 litres par m². Au Pakistan et en Inde, on assiste également à une mousson particulièrement intense.

Mais le caractère exceptionnel de ces évènements est relatif, selon que l'on se positionne du point de vue des conséquences ou du phénomène météorologique lui-même.

Ces différents phénomènes climatiques sont-ils liés?

On ne peut pas établir de lien simple entre ces différents évènements, qui sont dus à des phénomènes physiques différents. Ce qui ne veut pas dire que des évènements géographiquement éloignés n'ont pas de rapport entre eux.

Quelle serait la cause des moussons particulièrement intenses en Asie?

Des anomalies de températures à la surface des mers et des océans pourraient expliquer cette intensité des moussons. Mais ce n'est qu'une hypothèse car leur intensité dépend de nombreux facteurs. Pour comprendre ce qui s'est passé, il faudra revenir a posteriori sur l'événement.

Et la situation en Russie?

A cause du manque de recul, là non plus, nous n'avons aucune certitude si ce n'est que la vague de chaleur qui sévit actuellement en Russie est due à un anticyclone maintenu avec de fortes pressions, phénomène appelé "blocage". Un tel événement avait déjà été observé, par exemple, en 2003 lors de la canicule française. En Russie, ce blocage est associé à des vents faibles, à des températures élevées et à un assèchement des terres qui aggravent les conditions climatiques.

Ces différents phénomènes pourraient-ils être liés au réchauffement climatique?

Il faut rester prudent: pour le moment, on ne peut pas évaluer la part des différents facteurs qui interviennent. C'est une tâche complexe, car ces phénomènes extrêmes ne se produisent que très rarement, et il faut du recul pour pouvoir les interpréter.

Lors de la canicule de 2003, cependant, on avait pu montrer que la probabilité d'occurrence de vagues de chaleur avait été multipliée par deux en raison du réchauffement climatique.

Les six premiers mois de 2010 ont toutefois été les plus chauds jamais observés depuis 1880. Si ce record est en partie dû au phénomène El Nina (des températures anormalement froides dans le Pacifique), il a aussi été causé par le réchauffement climatique relatif aux activités humaines. Ces deux facteurs interviennent à des échelles de temps différentes et se superposent.

Verra-t-on plus de phénomènes climatiques de ce type à l'avenir?

Le réchauffement climatique risque de jouer sur les moussons. Les projections climatiques sont souvent contradictoires mais de façon générale, on risque d'observer des pluies estivales plus intenses et plus fréquentes.

Les vagues de chaleur auxquelles on assiste ces dernières années devraient quant à elles se multiplier à l'avenir, au rythme du réchauffement climatique.

L'intensité des cyclones devrait elle aussi augmenter, et les zones affectées varier, mais sans que leur nombre ne change. Tous les extrêmes climatiques ne vont pas pour autant augmenter: les vagues de froid, par exemple, vont devenir moins intenses.

Laura Thouny, L'Express.fr

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