Leader du diesel et du cancer

26/06/12 à 11:20 - Mise à jour à 11:20

Source: Le Vif

Le diesel cancérigène met la Belgique au défi de remplacer les trois quarts de son parc automobile.

Leader du diesel et du cancer

© Thinkstock

Naguère, quand le concept "développement durable" relevait d'une vision "julesvernesque" de l'économie, les automobilistes qui choisissaient de rouler au diesel étaient les alternatifs les plus écolos tout autant que les plus malins. Parce que les moteurs de Herr Rudolf Diesel, longtemps snobés, consommaient moins de carburant et compensaient ainsi le supplément du prix d'achat par rapport aux moteurs à l'essence. Le(s) choc(s) pétrolier(s) et une fiscalité plus avantageuse ont propulsé les voitures diesel au sommet des ventes pour atteindre 78 % des voitures achetées lors des 9 premiers mois de l'année 2011 (derniers chiffres disponibles). Mais en cette année précédant celle du centième anniversaire du décès de son inventeur, c'est pratiquement l'arrêt de mort de son moteur qui vient d'être signé. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a en effet rangé les émanations des moteurs diesel dans la catégorie des substances "certainement cancérigènes pour l'être humain". Elles ne l'étaient, jusqu'ici, que "probablement", catégorie à laquelle continuent d'appartenir les gaz d'échappement des voitures à l'essence.

Changer de cap

Ce sont les personnes exposées en milieu fermé (garagistes, mécaniciens) qui courent les risques les plus élevés - jusqu'à 30 fois plus - mais c'est la population mondiale qui est menacée par la pollution de l'air ambiant par les gaz d'échappement y compris des trains et navires à moteurs diesel et des générateurs électriques. Le Centre international de recherche sur le cancer, qui est une agence de l'OMS, a établi un "lien irréfutable" entre le cancer du poumon et l'exposition à ce mélange de produits chimiques et de particules" émis par les diesels. Et pour un autre cancer, celui de la vessie, le lien est établi aussi, mais qualifié de "plus faible".

La Belgique est particulièrement touchée par la nouvelle classification. Avec son parc automobile diesel de 83 %, elle est, logiquement, aussi un des pays les plus exposés à ses effets indésirables. Et les recoupements statistiques que nous avons pu faire le corroborent au moins partiellement. Une comparaison avec 10 autres pays pour lesquels des standards chiffrés existent montre que la Belgique est aussi le pays qui déplore le plus grand nombre de cancers du poumon - dont la cause principale reste le tabac - chez les hommes. Comme en témoigne notre tableau, toutes les données ne sont pas corrélatives, mais nous nous trouvons toujours dans le haut du classement des tumeurs. Avec les Pays-Bas qui, bizarrement, sont pourtant peu "dieselisés".

Le signal de l'OMS est clair. Il faut à présent modifier considérablement la fiscalité sur les carburants de manière à opérer un retournement historique : décourager le diesel qui, d'ailleurs, est majoritairement importé de Russie alors que nos raffineries exportent des surplus d'essence vers les Etats-Unis. Un tel revirement rend possible un health deal conjuguant écologie et économie.

PIERRE SCHÖFFERS

ET LES FILTRES ?

Les risques sanitaires liés aux particules fines des diesels : crises d'asthme, rhinites, maladies bronchitiques à court terme, cancers pulmonaires ou des bronches sur le long terme, cancers de la vessie.

Les pots catalytiques et les filtres à particules ne retiennent pas toutes les substances nocives. Le filtre n'est efficace que si l'on effectue un nombre important de kilomètres. Sur de courtes distances, il s'encrasse et crée des molécules encore plus nocives. Il vaut encore mieux, alors, rouler avec un vieux diesel qu'avec un neuf doté du filtre. En dessous de 10 000 km/an, le diesel n'a pas de sens.

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