Le sperme, c'était mieux avant

05/12/12 à 12:54 - Mise à jour à 12:54

Source: Le Vif

Selon une récente étude française menée pendant plus de 15 ans sur quelque 26 600 hommes, la concentration en spermatozoïdes et la qualité du sperme montrent un déclin "significatif". Les chercheurs mettent en garde sur d'éventuels facteurs environnementaux.

Le sperme, c'était mieux avant

© Thinkstock

Une sérieuse mise en garde. Une nouvelle étude montre un déclin "significatif" de la concentration en spermatozoïdes du sperme entre 1989 et 2005 en France, d'après une vaste étude sur plus de 26 600 hommes. "A notre connaissance, c'est la première étude concluant à une diminution sévère et générale de la concentration du sperme et de sa morphologie à l'échelle d'un pays entier et sur une période importante", écrivent les auteurs, dont l'étude est publiée ce mercredi dans la revue européenne Human Reproduction.

"Ceci constitue une sérieuse mise en garde", ajoutent les auteurs selon lesquels "le lien avec l'environnement (comme par exemple, les perturbateurs endocriniens, NDLR) en particulier doit être déterminé". La première étude publiée sur le sujet, en 1992, évoquait déjà cette piste.

De fait, des ouvriers viticoles en Californie étaient devenus stériles en 1977, après avoir manipulé un pesticide, le DBCP. Parmi les autres produits suspectés, les scientifiques évoquent des fongicides, des détergents de lessive ainsi que des composants de matières plastiques.

Réduction de 32,2% de la concentration en spermatozoïdes
Cette vaste étude conforte de précédentes études, plus limitées, montrant une diminution similaire de la concentration et de la qualité du sperme. "C'est l'étude la plus importante menée en France et probablement dans le monde si on considère que l'on a là un échantillon qui se rapproche de la population générale", a déclaré le Dr Joëlle Le Moal, épidémiologiste de l'Institut de veille sanitaire français (InVS).

Sur cette période de 17 ans (1989-2005), la diminution est significative et continue (1,9% par an) aboutissant à une réduction au total de 32,2% de la concentration du sperme (millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme). Chez un homme de 35 ans, en 17 ans, le nombre de spermatozoïdes est passé de 73,6 million/ml à 49,9 million/ml en moyenne.

Par ailleurs, l'étude montre une réduction significative de 33,4% de la proportion des spermatozoïdes de forme normale sur cette même période.

Un échantillon d'hommes proches de la population générale
Pour former ce groupe de plus de 26 000 hommes, les chercheurs ont utilisé la base de données d'usagers de l'assistance médicale à la procréation (APM, ex-PMA) de l'association spécialisée Fivnat, qui a collecté jusqu'en 2005 les données des 126 principaux centres d'APM.

Les échantillons de sperme proviennent de partenaires de femmes totalement stériles (obstruction ou absence des trompes de Fallope), ainsi les hommes ne sont pas sélectionnés en fonction de leur niveau de fertilité et se rapprochent de la population générale.

Dans la norme fertile de l'OMS

Les concentrations spermatiques restent en moyenne dans la norme fertile de l'OMS (supérieure à 15 millions/ml), relève le Dr Le Moal.

Mais, selon certaines études, des concentrations inférieures à 55 millions/ml influent négativement sur le temps mis à procréer, même si ce dernier, reflet de la fertilité d'un couple, dépend également d'autres facteurs, socioéconomiques et comportementaux (par exemple, le moment des relations sexuelles par rapport à la période féconde), explique-t-elle.
Cette diminution de qualité du sperme pourrait être en réalité plus importante, car la population de l'étude aurait a priori tendance à moins fumer et être obèse, deux facteurs connus pour nuire à la qualité du sperme, d'après les chercheurs.

Le Vif.be, avec L'Express.fr

En savoir plus sur:

Nos partenaires