Le riz doré, objet de discorde entre Greenpeace et 110 prix Nobel

01/07/16 à 16:19 - Mise à jour à 16:46

110 prix Nobel ont signé mercredi une lettre ouverte adressée aux Nations Unies et aux gouvernements à travers le monde pour les appeler à rejeter la campagne Greenpeace contre les OGM et le riz doré en particulier. Une guerre déclarée qui s'inscrit au coeur d'une problématique plus large : les OGM peuvent-ils sauver des vies ? Mais à quel prix ?

Le riz doré, objet de discorde entre Greenpeace et 110 prix Nobel

Le riz jaune à droite est enrichi en béta-carotène, ce qui lui donne sa couleur ocre © REUTERS

Dans une lettre ouverte, 110 prix Nobel pro-OGM exhortent Greenpeace à cesser ses campagnes contre le riz doré et à "réexaminer l'expérience acquise par les agriculteurs et les consommateurs du monde entier avec des cultures et des aliments améliorés grâce aux biotechnologies, à reconnaitre les résultats des organismes scientifiques compétents".

Selon les prix Nobel signataires, les organisations opposées aux OGM, Greenpeace en tête, seraient dans le déni des faits. "Elles ont déformé leurs risques, leurs avantages et impacts et ont soutenu la destruction criminelle des essais sur le terrain approuvés et des projets de recherche", soulignent les signataires de l'appel, qui représentent plus d'un tiers des lauréats du Nobel toujours en vie. "L'opposition basée sur l'émotion et les dogmes contredits par les faits doit être stoppée".

Ils mettent en avant le fait que le riz doré peut être une solution contre les carences en vitamine A, dont souffrent 250 millions de personnes dans le monde, surtout les jeunes enfants et les femmes enceintes. "La carence en vitamine A elle-même est la principale cause de cécité infantile affectant globalement 250 000 à 500 000 enfants chaque année. La moitié d'entre eux meurent dans les 12 mois du fait de la perte de vision", dénoncent les signataires. "Combien de pauvres gens dans le monde doivent mourir avant que nous considérions cela comme un crime contre l'humanité ?" concluent-ils.

La lettre est signée par une quarantaine de prix Nobel de médecine, mais également de chimie, de physique, d'économie et même de littérature. Le Nobel belge, François Englert, ne figure toutefois pas dans la liste.

Le riz doré

Le riz doré est une variété de riz génétiquement modifiée, créé en Suisse pour répondre au déficit de vitamine A. Un OGM enrichi en bêta-carotène, qui est ensuite transformé par le corps en vitamine A. Selon certains scientifiques dont les 110 prix Nobel signataires, le riz doré est l'une des solutions pour réduire les maladies liées à une carence de vitamine A et également couvrir les besoins alimentaires qui vont doubler d'ici à 2050. Quand d'autres acteurs estiment que le riz doré dans les pays du tiers monde est surtout de l'or entre les mains des sociétés de biotechnologie.

En 1997, un chercheur éthiopien - lui aussi prix Nobel en 2000 - Tewolde Berhan Gebre Egziabher déclarait : "Il y a encore des gens qui ont faim [...], mais ils ont faim parce qu'ils n'ont pas d'argent et non pas parce qu'il n'y a pas de denrées alimentaires à acheter" en réponse à un scientifique européen qui avait déclaré : "Ceux qui veulent qu'on interdise les OGM compromettent la situation des populations affamées". Un débat qui n'est donc pas neuf, mais qui reste très actuel.

Greenpeace : "Utilisons ce qui existe"

L'organisation internationale rejette les accusations concernant le riz doré. En lisant la missive pro-OGM, le riz doré semble être la solution à tous les maux. Cependant, Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique rappelle : "Le golden rice ("riz doré") est quelque chose qui n'existe pas. Ce sont 20 ans de recherche qui n'ont toujours pas fait leurs preuves".

"Greenpeace n'est pas du tout fermée aux nouvelles technologies, mais pour le "golden rice", nous restons dubitatifs et sceptiques. Surtout que d'autres alternatives existent : des solutions plus respectueuses de l'individu et de la planète. Le problème de la malnutrition est fondamental pour nous et nous voulons proposer des solutions plus cohérentes qui existent. Nos équipes aux Philippines, par exemple, travaillent aux côtés des agriculteurs pour développer l'agroécologie, l'agriculture biologique,...", explique la porte-parole de l'organisation de défense environnementale. "Nous voulons rendre le pouvoir à la population, ce qui n'est pas l'objectif des nouvelles technologies qui rendent les populations dépendantes des grandes entreprises" ajoute Juliette Boulet.

"Nous avons beaucoup de respect pour les prix Nobel. Toutefois, la missive a principalement pour but de relancer le débat" conclut la porte-parole de Greenpeace Belgique. En filigrane, l'autre sujet qui inquiète à travers la lettre des 110 prix Nobel semble être l'arrivée de nouveaux OGM.

Par Léa Renaud

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