Le passager de Rosetta a identifié sa cible sur la comète

15/09/14 à 20:39 - Mise à jour à 20:39

Les scientifiques ont tranché: c'est sur le petit lobe du noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, sa "tête", que Philae, le robot laboratoire transporté par la sonde européenne Rosetta, tentera d'atterrir dans deux mois, une première dans l'histoire de l'exploration spatiale.

Le passager de Rosetta a identifié sa cible sur la comète

La comète Tchourioumov-Guérassimenko © AFP

Réunis ce week-end à Toulouse, ces experts ont passé en revue les cinq sites d'atterrissage présélectionnés, désignant le site "J" comme cible pour cette opération encore jamais tentée, qui promet de longues heures d'angoisse.

Le site J est "le site qui présente le moins de risques, mais ils restent néanmoins élevés", a déclaré lundi Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur Philae, lors d'une conférence de presse de l'Agence spatiale européenne (ESA) à Paris. "L'intérêt majeur de ce site est que toutes les expériences à bord de Philae pourront travailler au maximum de leur efficacité", a souligné Jean-Pierre Bibring, de l'Institut d'astrophysique spatiale (Orsay), responsable scientifique de l'atterrisseur.

Il s'écoulera sept heures entre le largage de Philae, robot de 100 kg bardé de 10 instruments scientifiques, et son arrivée sur la comète. Rosetta sera alors au mieux à 10 km de la comète. Les responsables de Philae auraient espéré un largage plus rapproché, mais il importe avant tout de garantir la sécurité de Rosetta, aujourd'hui en orbite à 30 km de la comète. "Nous survolons une comète active, de forme irrégulière", a souligné Andrea Accomazzo, responsable de la trajectoire de vol de Rosetta.

Dans les prochaines semaines, les responsables de vol devront déterminer s'ils peuvent descendre à une orbite de 20 km, puis passer à une orbite de 10 km. L'ESA a aussi choisi "un site de secours", le site "C", situé lui sur le grand lobe du noyau de la comète, "son corps", si on se réfère à son étonnante forme de canard.

La tentative d'atterrissage est pour le moment programmée le 11 novembre, avant que la comète ne devienne trop active en se rapprochant du Soleil. La date sera confirmée d'ici le 26 septembre, a précisé Fred Jansen, responsable de la mission Rosetta.

Le feu vert à l'atterrissage sur le site J sera donné le 12 octobre. Mais si entre temps les scientifiques s'aperçoivent qu'"il cache quelque chose", le choix se reporterait sur le site C, ce qui impliquerait la mise en place d'un nouveau calendrier. Les scientifiques sont unanimes : "Ce ne sera pas facile". Pour faciliter l'atterrissage, le choix s'est porté sur une zone plate, sans trop de relief, mais la surface reste accidentée. "Elle n'est pas aussi plate qu'on l'aurait espéré", a reconnu Stéphane Ulamec.

Le site retenu doit aussi garantir un ensoleillement suffisant pour que les batteries de l'atterrisseur puissent se recharger, mais aussi pour permettre la communication régulière avec Rosetta.

Pour les astrophysiciens, le jeu en vaut la chandelle. Les comètes sont en effet considérées comme des témoins de la matière primitive à partir de laquelle s'est formé le système solaire, il y a 4,6 milliards d'années. "Pour la première fois, on va être capable d'analyser l'ensemble des propriétés d'une comète, sur place", a expliqué Jean-Pierre Bibring. Les scientifiques attendent en particulier beaucoup de l'analyse des composés organiques, qui ont pu avoir un rôle majeur dans l'apparition de la vie sur Terre.

Philae a été conçu pour un atterrissage en micro-gravité : dès que ses trois pattes auront touché le sol, un gaz va être émis par une tuyère afin de le plaquer à la surface de la comète et d'éviter un rebond fatal. Deux harpons, qui peuvent aller jusqu'à 2,5 m de profondeur, devraient ensuite le maintenir accroché.

Rosetta continuera, elle, d'escorter la comète. D'un coût total de près de 1,3 milliard d'euros, la mission, initiée il y a 20 ans, est prévue pour durer au moins jusqu'en décembre 2015.

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