Le bruit, pollueur sournois

14/04/10 à 10:51 - Mise à jour à 10:51

Source: Le Vif

De nombreuses questions se posent sur la pertinence du projet visant à élargir le ring au nord de Bruxelles. Mais on parle peu du bruit qui serait ainsi engendré. Le point avec le Professeur Michel Gersdorff, chef du service ORL aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

Le bruit, pollueur sournois

© Belga

Le Vif/L'Express. Que pensez-vous d'un éventuel élargissement du ring de Bruxelles?

Professeur Michel Gersdorff. A moins de prendre des mesures drastiques, notamment dans le choix du revêtement de la route, je ne peux pas y être favorable, en tant qu'oto-rhino-laryngologue. Cela dit, il faut distinguer le bruit de fond des véhicules en circulation et les nuisances sonores qui provoquent des lésions de l'oreille (1). Dans le premier cas, il ne s'agit pas de traumatisme sonore. On ne peut pas comparer le bruit enregistré sur le ring à celui d'un laminoir ou d'une salle de concert.

Quels sont les effets sur la santé du bruit lié au trafic?

Le bruit engendre des modifications physiologiques chez les humains. La pression artérielle augmente, des maux de tête et de l'irritabilité apparaissent, le caractère se modifie du fait de la fatigue, les troubles du sommeil provoquent des déficiences en termes de concentration, particulièrement chez les sujets dépressifs, qui sont plus sensibles au bruit. Or les Belges figurent parmi les plus importants consommateurs au monde d'antidépresseurs et d'anxiolytiques...

L'effet du bruit sur la santé se produit-il aussi lorsque les riverains dorment?

Oui. Le ralentissement de la digestion, par exemple, et l'augmentation de la pression artérielle se produisent même pendant le sommeil.

Selon certaines statistiques, la pollution sonore engendrée par le trafic routier est responsable, chaque année, de 250.000 maladies cardio-vasculaires supplémentaires en Europe...

Ce chiffre me paraît crédible. Il faut encore y ajouter les dépressions...

Quelles sont les mesures qui pourraient être prises pour réduire le bruit sur les grands axes routiers?

Plus les véhicules roulent lentement, moins ils font de bruit. Réduire la vitesse est une piste. Une autre pourrait porter sur l'interdiction de circulation pour les camions après une certaine heure. Le type de revêtement a aussi une incidence très importante sur le bruit généré.

Outre les riverains du ring, les automobilistes eux-mêmes sont soumis à une certaine pollution sonore...

Oui. Un automobiliste qui circule à 100 kilomètres-heure au milieu d'autres voitures est soumis à un volume sonore d'environ 70 décibels. C'est supportable à condition que ce ne soit pas trop long.

Avez-vous le sentiment que la population est consciente de l'effet du bruit sur elle?

Je ne pense pas. Nous vivons dans une société paradoxale, avec, d'un côté, ceux qui sont sensibles au bruit et, de l'autre, ceux qui l'adorent, qui s'isolent même par le bruit, par exemple en écoutant de la musique sur leur lecteur MP3. On dirait qu'ils aiment se détruire les oreilles. L'oreille n'a pas du tout évolué depuis 30.000 à 40.000 ans: elle a toujours la même sensibilité qu'au temps de la préhistoire. Or tout a changé, depuis lors...

Les responsables politiques sont-ils davantage conscients du danger que représente le bruit pour la santé des citoyens?

Il me semble que oui. La législation est de plus en plus drastique, mais elle est relativement mal appliquée, notamment dans les salles de concert ou les boîtes de nuit. En outre, le législateur s'intéresse aux traumatismes sonores, surtout dans le milieu du travail, mais pas aux phénomènes d'atmosphère bruyante, comme c'est le cas avec le trafic routier.

S'habitue-t-on au bruit?

Non. Une protection relative se met en place rapidement dans l'oreille en cas de bruit fort, ce qui permet, par exemple, de s'adapter au volume sonore dans les discothèques. Mais le bruit n'en est pas moins présent et l'atteinte est la même pour l'organe.

(1) Une personne qui subit plus de 8 heures par jour un son supérieur à 85 décibels subit des lésions de l'oreille interne. Ces lésions sont irréversibles : les gens deviennent sourds.

Laurence Van Ruymbeke

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