La sexualité comme synonyme de longévité

07/03/12 à 12:28 - Mise à jour à 12:28

Source: Le Vif

On sait que cela dope le moral. On vient d'apprendre que faire souvent l'amour permet aussi de rallonger son espérance de vie, de diminuer le risque des cancers de la prostate et du sein et de protéger le coeur.

La sexualité comme synonyme de longévité

© Fabrice Lerouge/Getty Images

Le célèbre slogan des années 1970 "Faites l'amour pas la guerre" est plus que jamais d'actualité. Car on vient de démontrer que la sexualité, outre sa vocation de plaisir et de bien-être, a d'autres atouts et pas des moindres. "Les nombreuses études médicales, entamées il y a une dizaine d'années, surtout aux États-Unis et en Grande-Bretagne, confirment avec certitude plusieurs éléments dont on se doutait et dont on est aujourd'hui sûr, explique le Dr Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste, praticien attaché aux hôpitaux de Paris et auteur du livre La Vie et le temps. Les rapports sexuels fréquents permettent non seulement de vivre plus longtemps, mais ils freinent l'apparition de cancers et de maladies cardio-vasculaires." Mais il y a un hic. Pour des raisons hormonales, aussi bien chez l'homme que chez la femme, la sexualité diminue avec l'âge, au moment où elle commence vraiment à jouer son rôle protecteur contre les maladies. "La baisse hormonale peut en effet s'accompagner d'un manque d'envie, poursuit le Dr Saldmann. La solution ? Maintenir la bonne fréquence. L'appétit vient en mangeant. Plus on fait l'amour, plus on en a envie ; moins on le fait, moins on en a envie. Nous disposons aujourd'hui d'un arsenal thérapeutique vaste qui ne se résume pas à la médication et qui peut assurer une sexualité parfaite... jusqu'à 100 ans. Grâce aux progrès très récents, l'homme d'aujourd'hui peut être réglé comme une voiture de course. Ce n'est plus un sujet tabou."

L'ocytocine, l'hormone de l'amour

En 2007, le neuropsychologue David Weeks, du Royal Edinburgh Hospital (Irlande), a mené des recherches sur 3 500 personnes âgées de 18 à 102 ans. Ces hommes et femmes avaient deux points communs : une activité sexuelle bien rythmée ainsi qu'une apparence physique soignée qui les faisait paraître plus jeunes que leur âge. Au terme de l'étude, le scientifique irlandais est arrivé à la conclusion que ces deux paramètres permettaient d'allonger la durée de vie. Plus précisément, 12 rapports sexuels par mois augmentent de dix ans l'espérance de vie. "La sexualité est une bonne recette de longévité, peu coûteuse et efficace, note le Dr Saldmann. On l'a banalisée pendant longtemps. Or elle conditionne aussi la bonne santé. C'est complètement nouveau."
Merci à qui ? À l'ocytocine, cette hormone de l'amour déjà bien connue des scientifiques, car elle accélère le travail pendant l'accouchement (son nom, en grec, signifie d'ailleurs "accouchement rapide"). Elle intervient aussi dans le processus de lactation, en facilitant l'éjection du lait. L'ocytocine est synthétisée par l'hypothalamus et sécrétée par l'hypophyse située à la base du crâne. Or les découvertes récentes ont permis de mettre au jour d'autres atouts de cette hormone. Il a été démontré que les contacts sexuels, les caresses et surtout les attouchements des seins libèrent la sécrétion de l'ocytocine, avec, à la clé, une augmentation de la sensation de détente, de relaxation et de bien-être. Rien d'étonnant à ce que de plus en plus de scientifiques s'intéressent à cette "hormone du plaisir" et on n'arrête pas de lui trouver de nouvelles vertus, tel, par exemple, le rôle qu'elle jouerait dans les contacts sociaux, en boostant la confiance en soi et en diminuant la peur face à des personnes inconnues. Enfin, les tout premiers essais cliniques ont permis d'observer un taux d'ocytocines particulièrement bas chez les enfants autistes.

Revenons à l'acte amoureux. Outre l'ocytocine, il fait aussi sécréter les fameuses endorphines, "hormones du bonheur et de l'euphorie". Ce calmant tout à fait naturel élimine anxiété, stress et tensions, améliore la qualité du sommeil et réduit les états dépressifs.

Lien entre l'ocytocine et le cancer du sein

Une femme sur dix sera victime d'un cancer du sein. La fréquence du risque s'accroît au-delà de la ménopause. Or les stimulations qui libèrent l'ocytocine durant la pratique sexuelle auraient un effet protecteur sur le sein. "Tout au début du XVIIIe siècle, Bernardino Ramazzini, célèbre professeur de médecine à Padoue, a réalisé une des toutes premières observations épidémiologiques sur le lien entre le mode de vie et la naissance d'un cancer, en constatant une fréquence importante des cancers du sein chez les religieuses", observe le Dr Saldmann. L'ocytocine occupe donc une place toute particulière dans les investigations des chercheurs. Leur hypothèse est la suivante. Les carcinogènes, générateurs de cancers dans le sein, seraient liés à l'action des radicaux libres, ces molécules qui endommagent de manière irréversible les cellules. Or, en faisant sécréter régulièrement l'ocytocine, par les attouchements des seins et par la stimulation des mamelons, on provoque la contraction de certaines cellules qui aident à éliminer ces carcinogènes des glandes mammaires. Rien d'étonnant donc que les scientifiques considèrent les périodes de lactation prolongée comme un facteur de protection et les recommandent aux jeunes mères. Celles qui n'ont pas eu d'enfants peuvent aussi bénéficier de l'effet protecteur de l'ocytocine, libérée lors des rapports sexuels. À condition qu'ils soient fréquents. "Encore une précision, note le Dr Saldmann. Avoir un bébé après 40 ans triple les chances de vivre centenaire. Aujourd'hui, on peut décaler la ménopause de sept ans. Et plus on décale l'âge de la ménopause, plus on maintient la libido forte."

Diminuer le risque du cancer de la prostate

"Vingt et une éjaculations par mois diminuent d'un tiers les risques de cancer de la prostate chez l'homme", affirme le Dr Saldmann, s'appuyant sur une étude américaine réalisée sur 30 000 hommes et confirmée par une équipe australienne.

L'explication est très simple : pour produire du sperme, la glande prostatique doit stocker, à partir du sang, certaines substances telles que le zinc, l'acide citrique et le potassium. Ces substances doivent être concentrées 600 fois. Les substances cancérigènes qui s'accumulent dans la prostate ont, par conséquent, le même taux de concentration. Les éjaculations serviraient donc tout simplement à "vidanger" régulièrement la prostate. Certains scientifiques avancent aussi l'hypothèse que cette élimination pourrait diminuer la cristallisation de micro-calcifications intervenant dans le cancer. L'important, c'est le gros nettoyage ! Plus souvent on le pratique et moins la prostate est exposée à l'apparition des cancers. Du point de vue statistique, le bénéfice est réel à partir de 12 éjaculations par mois. Les perfectionnistes essaieront d'atteindre les 21 éjaculations mensuelles préconisées par la "Faculté". Entre les deux, le risque diminue en fonction de la régularité de la pratique sexuelle.

Le sexe et le coeur

Dernier bénéfice d'une sexualité régulière et intensive ? Le coeur est maintenu dans une forme olympique. "Les recherches le prouvent, statistiques à l'appui : les risques cardio-vasculaires diminuent avec la fréquence des rapports sexuels, même à un âge avancé", insiste le Dr Saldmann. Explication scientifique : le rapport sexuel s'accompagne d'un effort physique qui peut être comparé à la pratique d'un sport. La fréquence cardiaque monte en flèche et de nombreux muscles sont sollicités, ceux du pelvis, des cuisses, des fesses, des bras, du cou et du thorax. Un bon rapport sexuel fait perdre chez l'homme 200 calories, la même quantité qu'une course à pied de 20 minutes. Ce bénéfice cardio- vasculaire est, certes, dû à l'effort physique, mais aussi à toute une série de facteurs "bien-être" indirects qui interviennent lors d'un rapport : diminution de l'anxiété et du stress, et amélioration du sommeil. Une sexualité épanouie permet aussi, très souvent, de se débarrasser des mauvaises habitudes compensatoires, comme la consommation de tabac, d'alcool ou d'aliments sucrés. Cela dit, il est clair que certains sujets cardiaques doivent consulter leur médecin sur les éventuelles contre-indications d'une vie sexuelle soutenue, tout comme il convient de le faire avant de se lancer, à l'âge mûr, dans une pratique sportive musclée, telle la course à pied, par exemple.

Quid de l'abstinence ?

En conclusion, la sexualité n'a donc que des avantages. Alors, comment expliquer le fait qu'une frange de la population assume une libido niveau zéro, voire refuse la sexualité et considère ce refus comme une "délivrance" ? "Mes conclusions s'appuient sur des études techniques, vérifiées et ré-vérifiées, rétorque le Dr Saldmann. La sexualité relève des fantasmes et de l'irrationnel. Le désir est imprévisible et non programmable, mais je ne me suis pas occupé des appréciations et sensations psychologiques."
Pour avoir quelques éléments de réponse, nous avons interrogé Philippe Kempeneers, psychologue, sexologue à Liège, président de la société des sexologues universitaires de Belgique.

D'emblée, il adhère à la prescription du Dr Saldmann, en confirmant les corrélations entre sexualité, longévité et santé. "Cela dit, et ceci n'exclut pas cela, on peut aussi inverser la causalité. Il est évidemment plus facile d'accéder à une sexualité épanouie lorsqu'on est en bonne santé, lorsqu'on s'entend bien avec son partenaire et lorsqu'on ne se sent pas trop envahi par les tracas de la vie quotidienne, financiers, professionnels, relationnels, éducatifs, etc. Par ailleurs, il ne faut pas se braquer.

La sexualité n'est pas l'unique voie vers la bonne santé. Les corrélations ne sont jamais absolues et on peut être en bonne santé même si la sexualité n'est pas au top." Selon une étude récente (1), environ 50 % de la population (chiffre probablement sous-estimé) rencontre régulièrement au moins une difficulté sexuelle : manque de désir, trouble de l'érection, éjaculation précoce ou absence d'orgasme. "On peut se poser la question de savoir à partir de quel moment une difficulté est pathologique, poursuit Philippe Kempeneers. Il y a différents fonctionnements sexuels, ils sont instables et changeants. En consultation, les gens disent souvent que leur corps ne réagit pas au modèle de référence comme ils le souhaitent. La solution consiste aussi dans une remise en question des normes de référence et dans une prise de distance par rapports aux standards de la normalité. Parfois, les standards sont extrêmement étroits et il faut aider chacun à se forger des références en fonction de son propre corps.

Pour aboutir à une sexualité épanouie, il ne faut pas s'enfermer dans un modèle unique. Chacun doit s'interroger sur ses propres normes et remettre en cause les modèles imposés."

(1) Enquête Contexte de la sexualité en France, dirigée par Nathalie Bajos et Miche Bozon, publiée en 2008 aux éditions de La Découverte.

BARBARA WITKOWSKA

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