L'homme de Néandertal explorait déjà des grottes il y a 176.500 ans

25/05/16 à 20:26 - Mise à jour à 20:25

Source: Afp

Pas si rustre l'Homme de Néandertal ! Il a très probablement construit il y a 176.500 ans d'étranges structures circulaires en stalagmites repérées dans une grotte du sud-ouest de la France, selon des chercheurs.

L'homme de Néandertal explorait déjà des grottes il y a 176.500 ans

© Image Globe

"Cela recule considérablement la date de fréquentation des grottes" par le genre Homo, la plus ancienne preuve formelle datant jusqu'ici de 38.000 ans (grotte Chauvet en Ardèche), a souligné le CNRS dont l'un des scientifiques a participé à l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

"Cela change également notre vision de Néandertal", a-t-il ajouté.

Surplombant la vallée de l'Aveyron, la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) a été découverte en 1990 par des spéléologues.

Très difficile d'accès, elle est dans un état de conservation exceptionnel. A plus de 330 mètres de l'entrée, on y découvre d'étonnantes structures composées d'environ 400 stalagmites ou tronçons de stalagmites accumulés, empilés et agencés. Deux d'entre elles sont de forme circulaire.

Au même endroit, se trouvent des preuves de l'utilisation du feu (calcite rougie, noircie par la suie) et des vestiges d'os calcinés.

En 1995, une équipe de chercheurs, menée par François Rouzaud, avait estimé, grâce à la datation au carbone 14, qu'un de ces os brûlés avait au moins 47.000 ans.

L'idée que l'homme de Néandertal pouvait avoir réalisé les structures avait été émise. Puis les recherches avaient été mises en sommeil suite au décès de M. Rouzaud.

Sous l'impulsion de Sophie Verheyden, spéléologue et chercheuse à l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, une nouvelle équipe a été formée en 2013.

Les structures ont été cartographiées très précisément grâce à la 3D. L'équipe internationale a daté les stalagmites par la méthode uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes.

Verdict: les agencements ont environ 176.500 ans. Et un vestige d'os brûlé a lui aussi cet âge vénérable.

"Cela a constitué une surprise incroyable pour nous. Nous avons refait les calculs pour en être certains", raconte à l'AFP Dominique Genty, paléoclimatologue du CNRS.

Un rite ?

Les scientifiques ont vérifié que ces structures ne pouvaient pas être d'origine naturelle ou bien être liées à la circulation des ours dans la caverne.

"Nous avons démontré de manière incontestable que ces structures sont bien d'origine humaine", déclare à l'AFP Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux.

Vu l'âge très ancien de ces structures, "il n'y a probablement que l'homme de Néandertal qui puisse en être l'auteur car il n'y avait pas d'autres groupe humain à cette époque en Europe", souligne l'archéologue Marie Soressi, de l'Université de Leiden (Pays-Bas), dans une commentaire pour Nature. L'homme moderne n'était pas encore arrivé dans ces contrées.

L'une des structures de forme circulaire est large de plus de 6,7 mètres et comprend un "muret" composé de plusieurs couches de fragments de stalagmites superposés, qui fait 30 centimètres de haut.

Les Néandertaliens ont arraché les stalagmites dans la grotte et les ont calibré pour venir les agencer. "Ils ont déplacé 2,3 tonnes de matériel. Cela ne peut être qu'un travail collectif", souligne M. Jaubert.

Pour s'éclairer, ils ont fait du feu en faisant brûler des os, comme le montrent les traces de points de chauffe retrouvées sur les structures.

Pour le chercheur, l'étude fait "bouger les lignes" concernant l'Homme de Néandertal qui a vécu entre - 250.000 ans et - 40.000 ans.

"Nous estimons avoir apporté la preuve de la capacité de l'homme de Néandertal à aller sous terre dans un milieu hostile en s'éclairant avec du feu, pour faire des choses inhabituelles qui ne sont pas du domaine de la subsistance", a-t-il dit.

Cela montre que "ce ne sont pas des sombres brutes qui ne font que tailler du silex ou abattre des bisons pour s'alimenter".

Pourquoi ces Néandertaliens ont-ils édifié ces mystérieuses structures si loin dans la grotte?

Etait-ce lié à des rites, à la célébration d'un culte? Le chercheur reste prudent mais il espère qu'"avec Bruniquel, on va tirer un fil très intéressant".

L'équipe va demander l'autorisation de faire de nouveaux prélèvements.

La grotte, privée et gérée par une société spéléologique, est en cours de classement par le ministère français de la Culture.

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