Jeux dangereux: pourquoi certains ados défient la mort

10/05/12 à 11:36 - Mise à jour à 11:36

Source: Le Vif

Chickensubway, catching, skywalking, jeu du foulard ou de l'autoroute... Sur Internet, les vidéos d'adolescents pratiquant ces jeux dangereux, voire mortels, prolifèrent. Décryptage. Il ne faut jamais sous-estimer la capacité des adolescents

Jeux dangereux: pourquoi certains ados défient la mort

© Capture d'écran YouTube

à se mettre en danger. Attendre le métro sur les rails, boire jusqu'à plus soif du gel désinfectant, bloquer sa respiration jusqu'à l'évanouissement, se prendre en photo au bord du vide... Leurs "prouesses" font froid dans le dos. La nouvelle tendance? Filmer ces "exploits".

Dans la veine du "jeu du train" ou de "l'autoroute", des adolescents américains se filment en train d'attendre l'arrivée du métro sur les rails. La victoire revient à celui qui remonte le plus tard possible sur le quai. Ce passe-temps pas comme les autres, c'est le chicken subway (la poule mouillée du métro). D'autres jeunes, toujours face caméra, ingurgitent de fortes quantités de gel hydroalcoolique à la recherche d'une ivresse extrême. Des Russes montent le plus haut possible sur un pont et se prennent en photo au bord du vide (skywalking)... Des vidéos de cet acabit, on en trouve par milliers sur le Net.

"Ces jeux s'appuient sur le concept déjà ancien du 'T'es pas cap' et s'inscrivent dans une conduite de 'virilisation'", analyse le Dr Grégory Michel, professeur de psychopathologie et de psychologie clinique à l'Université Victor Segalen de Bordeaux 2. Ce qui est nouveau, c'est la façon dont les jeunes utilisent les nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC): "Avec la diffusion des vidéos de leurs exploits sur Internet, ils veulent prouver ce dont ils sont capables à leur bande, à leur quartier, voire au monde entier. Ces jeux de défi prennent aujourd'hui une dimension internationale qui n'existait pas hier."

Qui sont les adeptes de ces jeux dangereux?

Cette démarche, incompréhensible aux yeux des adultes, serait le fruit de l'influence d'un groupe. Une sorte de rite de passage entre le monde de l'enfance et celui des adultes. "Les adolescents cherchent à intégrer une communauté, à en partager les valeurs, tout en s'en démarquant", explique le Pr Michel. Mais ce phénomène ne touche pas tous les jeunes. "On observe, détaille le spécialiste, deux catégories d'adolescents adeptes de ces jeux: les 'leaders' et les 'suiveurs'." Les premiers sont des adolescents qui pratiquent le catching [se faire traîner par un bus en roller, NDLR], le binge drinking ou le jeu du foulard car ils sont attirés par le danger. Et cette attraction est exacerbée par l'adolescence. Ils recherchent une stimulation forte et prennent des risques autres que ceux liés aux jeux de défi. Ils peuvent par exemple consommer des substances illicites, adopter des comportements irresponsables sur la route ou encore vouer un culte aux sports extrêmes. Les seconds, les suiveurs, se prêtent aux jeux dangereux quasiment contre leur gré et dans le seul but de faire comme leurs camarades. Ils ont souvent moins de dextérité dans l'accomplissement des défis.

Pas de volonté de mourir

Leaders, suiveurs... Ces jeux dangereux demeurent, par nature, dangereux. Voire mortels. Pourquoi vouloir, malgré tout, s'y frotter? Le Pr Michel explique que les adolescents adeptes de ces "divertissements" connaissent le risque encouru. "Ils en sont conscients, développe-t-il, mais avec une sorte d'ambivalence. La conscience de la mort - et l'apparition de la notion d'irréversibilité avec - apparaît dès l'âge de 8-9 ans. A l'adolescence, elle est cependant masquée par un sentiment de suprématie." L'idée n'est donc pas de mourir. "Le but recherché (est) de s'évanouir, mais pas de se tuer", confie ainsi un jeune adepte du "jeu du foulard" sur le site de l'Association de parents d'enfants accidentés par strangulation (Apeas). "Ces jeunes ne sont pas du tout suicidaires, poursuit le professeur en psychopathologie. Ils se mettent en danger pour mieux se sentir exister. C'est ce qu'on appelle une 'conduite ordalique': la personne provoque une situation potentiellement létale car elle lui donne une légitimité à vivre." Ces conduites, paradoxalement, les rassureraient sur les questions existentielles qu'ils peuvent se poser dans cette période transitoire qu'est l'adolescence.

Julie Saulnier, L'Express

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