Faute d'énergie, le robot Philae s'assoupit après une mission historique

14/11/14 à 20:37 - Mise à jour à 15/11/14 à 11:57

Source: Belga

Le robot Philae s'assoupit sur la comète "Tchouri", après une mission historique qui a tenu en haleine et permis de récolter des données qui pourraient aider à comprendre les origines de la vie sur Terre.

Faute d'énergie, le robot Philae s'assoupit après une mission historique

© Belga

Posé sur la comète "Tchouri" à plus de 500 millions de kilomètres de la Terre, Philae, à cours d'énergie "va s'assoupir sous peu", a déclaré dans la nuit de vendredi à samedi à l'AFP le CNES, l'agence spatiale française. Il est "entré en mode veille", selon l'Agence spatiale européenne (ESA).

"On ne reçoit plus de données. On a perdu le contact" samedi vers 00h36 GMT (01h36 HB), a déclaré Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta au CNES (Centre national d'études spatiales) à Toulouse (sud de la France). Selon les calculs du CNES, la batterie de Philae devait être totalement déchargée vers 02h00 GMT (03h00 HB).

"Nous sommes en train de boire du champagne car cette mission est un succès", a ajouté M. Gaudon.

La prochaine fenêtre de communication avec le robot est prévue samedi à 10h00 GMT (11h00 HB).

"Nous allons essayer à nouveau (ndlr: d'entrer en contact avec lui). Mais les chances de rétablir la liaison sont très très faibles", a déclaré à l'AFP Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur, depuis l'Agence spatiale européenne (ESA) à Darmstadt (Allemagne). "La batterie est en dessous du niveau nécessaire pour faire fonctionner l'ordinateur central", a dit M. Ulamec.

Résultats extraordinaires

Après trois jours de travail, "les résultats de Philae sont extraordinaires", avait estimé un peu plus tôt Marc Pircher, le directeur du CNES à Toulouse. "80% du travail du robot a été fait", avait-il assuré avant que le robot ne se remette à envoyer un flot de données en fin de soirée.

Le robot a réussi à lancer un forage de dernière minute même si on ne sait pas encore s'il a pu ramener un échantillon de la surface de la comète. "Le premier forage sur une comète est devenu une réalité!", s'est vanté Philae sur son compte Twitter.

Le robot a également entrepris une manoeuvre de rotation pour permettre à ses panneaux solaires de recevoir davantage de lumière à l'avenir car la comète file vers le Soleil. "Nous n'avons pas eu d'images prouvant que cela a réussi", a nuancé Philippe Gaudon.

Philae, qui s'est posé à l'ombre entre des rochers, a d'abord fonctionné avec une pile d'une durée de vie de 60 heures. Mais ses batteries solaires qui devaient prendre le relais n'ont pas reçu assez de lumière pour lui permettre de rester actif.

En hibernation, il se réveillera peut-être cet été si ses batteries se rechargent lorsque la comète approchera du Soleil. "Nous avons bon espoir mais pas à court terme car il y a trop peu de lumière pour le moment", a ajouté M. Gaudon.

Travail d'arrache-pied

Largué par la sonde européenne Rosetta, le petit robot avait atterri mercredi en fin d'après-midi sur le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, une première de l'histoire spatiale.

Pendant sa courte période d'activité, le robot a travaillé d'arrache-pied. Ses dix instruments ont été activés.

La feuille de route du robot était notamment de trouver des molécules organiques qui ont pu jouer un rôle dans l'apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du système solaire.

Ces molécules organiques pouvaient être récoltées grâce à l'échantillon au sol (qui devait ensuite être réchauffé avant de pouvoir être analysé) mais pas seulement. D'autres instruments ont "sniffé" les gaz à la surface de la comète et la récolte a été bonne.

Le robot, qui pèse 100 kg sur la Terre, a une masse d'un gramme sur la comète, a recueilli une mine d'images et de données scientifiques, transmis à la sonde Rosetta qui les a renvoyés sur Terre.

Philae a radiographié l'intérieur de la comète, étudié son magnétisme, fait des images du sol, analysé les molécules complexes dégagées par la surface.

Cette mission "est unique et restera unique à jamais", avait souligné vendredi Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta.

Un bémol toutefois, l'activité du robot, qui aurait pu durer jusqu'en mars en cas de bon ensoleillement, a été écourtée.

Quoiqu'il arrive à Philae, la mission Rosetta est loin d'être terminée. La sonde, qui a déjà parcouru 6,5 milliards de km dans l'espace, poursuivra son escorte de "Tchouri" au moins jusqu'au 13 août. C'est à cette date que la comète passera au plus près de l'astre.

Le robot a transmis les données du forage sur la comète

Avant de se mettre en veille, Philae a pu transmettre dans la nuit les données du forage réalisé sur la comète Tchouri, a annoncé samedi à l'AFP le responsable scientifique de l'atterrisseur, Jean-Pierre Bibring. "On a tout reçu. Tout s'est déroulé exactement comme prévu. On a même pu faire la rotation pour optimiser la réception de la lumière sur les panneaux solaires", a déclaré M. Bibring dans un entretien téléphonique depuis le centre de contrôle de Philae à Cologne (Allemagne).

"Philae est en mode veille. Toutes les données de la première séquence scientifique ont été téléchargées avec succès!", a pour sa part indiqué l'Agence spatiale européenne (ESA) sur son compte Twitter.

"On a terminé cette première phase absolument fabuleuse et rien ne ressemble à ce qu'on avait prévu. Ca nous donne très envie de continuer à l'explorer", a déclaré Jean-Pierre Bibring. "On s'aperçoit que c'est de plus en plus différent que ce qu'on imaginait, c'est fantastique", a-t-il encore dit, refusant d'en dévoiler plus.

M. Bibring s'est également dit "convaincu qu'on est capable de maintenir Philae en survie jusqu'à ce que ses panneaux solaires puissent se recharger suffisamment en se rapprochant du soleil".

La fin de la première séquence scientifique correspond à la fin prévue de la durée de vie de la pile de Philae. La relève devait être assurée, avec une puissance réduite, par des batteries solaires, mais la position peu éclairée de Philae sur la comète leur permettra seulement, dans un premier temps, d'assurer sa survie.

"L'important c'est qu'on puisse survivre jusqu'à des moments meilleurs", a conclu M. Bibring.

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