Des avatars numériques qui font disparaître les symptômes de la schizophrénie

22/12/17 à 12:44 - Mise à jour à 12:43

Des chercheurs britanniques ont développé une nouvelle approche dans laquelle les personnes atteintes de schizophrénie et qui entendent des voix peuvent dialoguer avec une représentation numérique de celle-ci. En s'y confrontant, certains patients ont fait disparaître les symptômes.

Des avatars numériques qui font disparaître les symptômes de la schizophrénie

© Getty Images/iStockphoto

La schizophrénie toucherait 0,7% de la population mondiale. Selon Tom Craig du King's College de Londres, l'auteur principal de l'étude publiée dans la revue The Lancet Psychiatry, 60% à 70% des personnes atteintes de la maladie rapportent avoir des hallucinations verbales auditives, de nature péjorative et menaçante. Bien que la thérapie pharmacologique soit efficace pour réduire les hallucinations, environ 25% des patients continuent d'entendre ces voix. C'était le cas des 150 personnes qui ont pris part à cette étude et qui vivent avec trois ou quatre "voix" en moyenne dans leur tête.

La thérapie AVATAR est une nouvelle approche réalisée dans le South London et au Maudsley NHS Trust, dans laquelle les personnes qui entendent des voix dialoguent avec une représentation numérique personnifiée de leur présumé persécuteur. Grâce aux descriptions faites par les patients, la tonalité de la voix qui les tourmente et le visage qu'ils y associent sont recréés par ordinateurs sous forme d'avatar. Cela permet de les matérialiser afin que les patients puissent affronter et dominer ces voix menaçantes, expliquent les auteurs de l'étude.

L'affrontement des voix

Les premiers résultats ont été présentés dans la revue The Lancet Psychiatry. L'auteur de l'étude précise la procédure a été entièrement approuvée par le comité d'éthique de la recherche de Londres-Hampstead.

Les participants potentiels ont été référés à l'étude par leur clinicien traitant en service clinique de routine et ont tous donné un consentement écrit.

Ceux-ci devaient être âgés de 18 à 65 ans, diagnostiqués malades (possédant des troubles du spectre de la schizophrénie ou d'un trouble accompagné de symptômes psychotiques) et être actuellement patients en psychiatrie. Ils devaient également avoir eu des hallucinations verbales auditives persistantes au cours des 12 derniers mois malgré la prise de leur traitement, pour remplir tous les critères de participation à l'essai.

Ils ont été divisés en groupes et assignés au hasard pour recevoir soit une thérapie AVATAR soit des conseils de soutien. 75 patients ont suivi la thérapie pendant trois mois, tout en continuant leur traitement médicamenteux quotidien. Les résultats ont montré que 7 sujets ont complètement arrêté d'entendre des voix persécutrices. En comparaison, il n'y en avait que deux dans l'autre groupe, ceux qui ont reçu des conseils médicaux à la place de la thérapie basée sur les avatars.

Les personnes ont donc suivi 7 sessions de 50 minutes lors desquelles elles ont été confrontées à cet avatar et avec qui elles ont pu établir un dialogue. Le thérapeute situé dans une autre pièce les guidait via un micro et endossait également la voix de l'avatar qui s'adresse au patient. L'objectif, selon les auteurs de l'étude, étant qu'au fil de la thérapie, le patient prenne confiance, s'affirme davantage et développe des capacités qui mèneront progressivement à maîtriser la voix. "On passe de quelque chose de très effrayant à quelque chose qui est sous le contrôle de la personne", affirme M. Craig, cité par FranceInfo. Toutefois si les participants trouvaient l'avatar trop dur, ils pouvaient l'éteindre. Les séances ont été enregistrées et données aux participants sur un petit lecteur MP3 à emporter et à utiliser à tout moment.

Les experts indépendants qui ont commenté ces travaux et suivi l'étude les jugent prometteurs. Ils estiment cependant que d'autres recherches sont encore nécessaires afin de confirmer l'efficacité de la thérapie AVATAR. Pour ce faire,il faudrait définir plus précisément le type de patients auxquels convient le mieux l'étude et pour qui il y aurait une plus grande probabilité de réussite.

Amaurine Plat

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