Va-t-on revenir au temps où les antibiotiques n'existaient pas ?

18/11/14 à 11:13 - Mise à jour à 11:45

Source: De Standaard

Des experts craignent que l'Europe ne retourne à l'époque où les antibiotiques n'existaient pas. Les bactéries deviennent tellement résistantes aux antibiotiques que ceux-ci pourraient devenir obsolètes.

Va-t-on revenir au temps où les antibiotiques n'existaient pas ?

Image d'illustration © Reuters

La bactérie Klebsiella pneumoniae, que l'on retrouve partout en Europe, est de plus en plus résistante aux antibiotiques révèle le rapport "Antimicrobial resistance surveillance in Europe" qui a été publié ce lundi. "Cette augmentation de la résistance des bactéries ne peut être endiguée que si l'on diminue l'usage des antibiotiques à l'échelle européenne" selon Mat Goosens de l'Institut Scientifique de Santé Publique qui a participé à ce rapport. La Klebsiella pneumoniae ne rend normalement pas malade, mais provoque des infections chroniques, car elle affaiblit les défenses immunitaires. Il y a peu le problème des bactéries résistantes était cantonné à quelque pays, mais celles-ci sont désormais présentes partout en Europe.

"8.3 % des patients qui souffrent d'une infection du sang sont infectés par cette variante de la Klebsiella. Un chiffre qui a triplé en trois ans. Or il n'existe plus qu'un traitement basé sur un antibiotique de troisième ligne qui peut avoir un effet. C'est un antibiotique de première génération qui a beaucoup d'effet secondaire. Cependant il arrive souvent que les bactéries soient également résistantes à ce produit. Ce qui fait qu'en réalité plus aucun antibiotique ne fonctionne" précise le rapport.

La bactérie des hôpitaux, la Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), une variante du staphylocoque doré, et qui ne réagit plus à aucun antibiotique se fait ces derniers des temps de plus en plus rares et c'est une bonne nouvelle. C'est surtout dû à "un meilleur suivi de l'infection" selon Goossens. Cette avancée positive est néanmoins contrebalancée par l'apparition de nouvelles bactéries beaucoup plus dangereuses.

La bactérie qui inquiète particulièrement les experts est la EPC (entérobactérie productrice de carbapénèmase, soit une bactérie multirésistante) dite de "kiemen" précise De Standaard. On la retrouve dans les intestins et elle peut provoquer une infection du sang, des urines et des voies respiratoires. Elle est dangereuse, car elle sécrète une substance qui paralyse l'effet des antibiotiques. Du coup, plus aucun traitement ne fonctionne. Et le directeur du European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC), Marc Sprenger, de prévenir "Nous retournons vers l'ère où les antibiotiques n'existaient pas et où les gens mourraient de leur infection, car il n'existait pas de traitement"

Agir avant qu'il ne soit trop tard et dans toute l'Europe

Pour rendre les bactéries moins résistantes aux antibiotiques, il faut impérativement limiter l'usage des antibiotiques, et ce au niveau européen. L'usage abusif des antibiotiques est un fait depuis des décennies et a fait muter les bactéries qui ont développé leur résistance face à ces produits. Les bactéries les plus résistantes se retrouvent dans des lieux où on utilise de nombreux antibiotiques comme les hôpitaux. Les pays les plus touchés par le phénomène sont les pays du sud de l'Europe comme la Grèce et l'Italie. Mais le problème ne doit pas être traité localement. Il doit être pris à bras le corps et dans toute l'Europe, sous peine d'être inutile. "Cela doit être mis en place au niveau européen, car dans le cas contraire les bactéries vont simplement se propager d'un pays à un autre".

Ces bactéries peuvent difficilement être endiguées, car elles peuvent se retrouver partout : sur les poignées de porte des hôpitaux, sur le sol,... Bien se laver les mains ne suffit pas toujours. C'est pourquoi, toujours selon le rapport, la seule vraie solution est de diminuer l'usage des antibiotiques et de convaincre les médecins de prescrire aussi peu que possible, des traitements à base d'un large spectre d'antibiotiques puisque c'est ces derniers qui développent le plus la résistance des bactéries.

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