Pourquoi nous passionnons-nous pour l'info santé?

16/04/16 à 13:11 - Mise à jour à 13:11

Source: Bodytalk

L'info-santé nous fait oublier notre propre mortalité, et c'est bien pour cela qu'elle nous passionne ! Alain De Botton, fondateur de la School of Life ("École de la vie"), analyse l'offre surabondante dans ce domaine à travers son regard de philosophe.

Pourquoi nous passionnons-nous pour l'info santé?

. © iStockphoto

Si nos grands-parents n'ont sans doute jamais eu à se plaindre d'être trop informés, notre génération est aujourd'hui en passe de se noyer dans un océan de données. Dans les journaux, à la radio, à la télévision et jusque sur nos smartphones, les titres accrocheurs se disputent notre attention... et nous ne sommes pas préparés à gérer cette déferlante, affirme le philosophe britanno-suisse Alain De Botton dans son ouvrage The News : A User's Manual [littéralement : Les nouvelles, mode d'emploi ] (1). Les médias et le noble métier de journaliste contribuent certainement à éduquer la population au fonctionnement de notre société, mais à force d'être continuellement bombardée d'informations plus ou moins importantes, d'opinions contradictoires et de catastrophes en série, elle finit par ne plus s'y retrouver.

Des villageois globalisés

Alors que les victimes d'une guerre civile au bout du monde nous laissent largement indifférents, nous prenons le temps de lire attentivement un article affirmant qu'une portion de noix par jour accroît l'espérance de vie... "Non par égoïsme, mais parce que nous sommes restés, dans ce monde globalisé, des villageois dont l'implication émotionnelle se focalise sur leur environnement immédiat", affirme Alain de Botton. Le monde nous est largement inconnu et l'inconnu ne nous touche pas. Si elles ravagent un quotidien qui nous est complètement étranger, les catastrophes que nous voyons passer devant notre café du matin ne nous font donc quasiment ni chaud ni froid. L'empathie vis-à-vis de l'autre suppose de savoir comment il vit, qui il est, ce qu'il fait. À l'inverse, c'est aussi pour cela que les drames de notre propre monde, ceux qui touchent des personnes auxquelles nous pouvons nous identifier, retiennent pleinement notre attention. Un crash aérien, une catastrophe ferroviaire, les attentats de Paris : ces histoires nous choquent et nous captivent parce qu'elles pourraient nous arriver, parce qu'elles nous confrontent au sens de la vie. Nous avons peur de la mort et nous ne cessons de dissimuler cette finitude que nous avons de plus en plus de mal à accepter.

La médecine au service de la longévité

D'après le philosophe, l'info-santé nous interpelle parce qu'elle touche à notre peur de la mort. Nous nous passionnons pour les mesures susceptibles de retarder l'inéluctable échéance et pour les dernières avancées dans le domaine de l'Alzheimer, du cancer ou du diabète dans le secret espoir que la Faucheuse puisse être vaincue, que la médecine puisse nous ouvrir les portes de l'immortalité. Un verre de vin rouge, une poignée de noix, 30 minutes d'exercice par jour : tous ces petits gestes qui pourraient nous faire gagner quelques semaines nous font dresser l'oreille. Mais comment faire le tri dans ce flux de messages souvent contradictoires ? Et où les médias font-ils fausse route ? "Ils cherchent avant tout à vendre et les phrases choc sont une manière d'attirer l'attention. Imaginez par exemple qu'on vous annonce que boire une bière à 10 h 30 accroît vos chances de vivre centenaire : pour une société de médias, les messages de ce type génèrent des rentrées. L'info-santé est devenu un argument de vente. Hélas, cette réalité est difficilement compatible avec une information-santé de qualité. Il faudrait cesser de toute urgence de récompenser des journalistes pour des articles qui affirment tout et n'importe quoi et les encourager à diffuser une information correcte, même si elle ne casse pas trois pattes à un canard : mangez plus de légumes, modérez votre consommation d'alcool, bougez, dormez suffisamment et investissez dans vos relations. Au fond, il n'y a pas grand-chose de plus à dire. Lecteurs et téléspectateurs n'ont vraiment pas besoin d'entendre sans cesse des infos-santé inédites ! "

(1) The News : A User's Manual. Alain De Botton 2014 (www.alaindebotton.com)

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