Le bonheur est sensuel !

25/05/13 à 11:29 - Mise à jour à 11:29

Source: Le Vif

Emotions négatives, troubles de l'âme et penchants détestables nous empêchent d'être heureux. Pour atteindre le bonheur, il suffit de se débarrasser du malheur. En faisant appel à son intelligence émotionnelle.

Le bonheur est sensuel !

© Jean-Bernard Boulnois

On relie le bonheur à l'avoir et au savoir. On veut gagner de l'argent, accumuler des richesses et développer des compétences professionnelles exceptionnelles, explique Eric Remacle, psychologue, auteur du livre électronique Développez votre intelligence émotionnelle - Et vivez un bonheur authentique ! Notre culture nous inculque que ce sont les éléments extérieurs qui conditionnent notre bonheur. Or c'est une illusion. Les richesses matérielles ou le statut social ne rendent pas heureux. Le bonheur, c'est le savoir-être. C'est un état naturel, normal. Les enfants ont cette capacité de jouir du moment présent. Progressivement, ils vont la perdre et... apprendre le malheur."

Comment réagir ? Pour commencer, il s'agit d'être capable d'appréhender le malheur qui a trois causes. Tout d'abord, il est dû à notre inconscience qui nous fait confondre désirs et vrais besoins. En opérant cette distinction, on pourra se concentrer à l'assouvissement de nos vrais besoins et zapper les désirs superficiels. En deuxième lieu, il naît des attentes déçues. Nous pouvons dire ce que nous ne voulons pas, mais peu de gens savent vraiment ce qu'ils veulent. Cette ignorance est liée à la méconnaissance de soi. Quelqu'un qui ose être soi-même et qui trouve sa place dans la vie peut se libérer facilement du malheur. La troisième cause, c'est la dépendance chimique au malheur.

"Les dernières recherches en neurosciences et notamment les travaux du Dr Candace Pert, psychopharmacologue américaine, ont prouvé l'addiction de nos cellules aux substances chimiques liées aux émotions destructrices, décrypte Eric Remacle. Prenons une personne qui a souvent vécu la tristesse, la colère ou la peur. Ces émotions déclenchent un branle-bas chimique dans le corps et vont inonder les cellules de différentes hormones comme par exemple celles du stress, notamment le cortisol et l'adrénaline. La cellule va agrandir ses récepteurs pour recevoir ces molécules en doses massives et de manière répétée. Par la suite, elle se reproduira avec ces défauts. Du coup, certains récepteurs pour les sentiments positifs ne pourront plus être utilisés de manière optimale. Ce processus s'apparente à une drogue, il crée une véritable dépendance aux émotions négatives et influe sur le comportement où il se manifeste par des plaintes constantes, des colères absurdes et des éternelles suppositions négatives. Cela dit, la dépendance chimique existe aussi pour les émotions positives. Par un travail sur soi-même, on peut vraiment changer et vivre dans une humeur stable, teintée de joie et d'enthousiasme. Tant qu'on ne comprend pas ces trois causes du malheur, on ne peut pas se libérer."

A quoi servent les émotions ? Etymologiquement, le terme "émotion" signifie "action de mouvoir, mouvement". Nos émotions sont donc des moteurs. Selon l'éminent neurobiologiste Antonio Damasio, "les émotions sont des réactions chimiques accompagnées de réactions physiques". Programmées biologiquement pour assurer notre survie, elles sont inscrites dans nos gènes. Paul Ekman, considéré comme l'un des plus éminents psychologues du XXe siècle, a identifié six émotions de base chez tous les êtres humains : colère, peur, tristesse, dégoût, joie et surprise. Tous les bébés du monde naissent avec ce bagage émotionnel. A ces émotions primaires s'ajoutent, au fil du temps, les émotions secondaires ou apprises (jalousie, honte, envie, découragement...). C'est là que tout se complique, car on s'installe petit à petit dans le malheur. Et nos pensées mettent de l'huile sur le feu. Quand on est malheureux, on rumine, on s'adonne constamment à des analyses et à des suppositions. On pose des jugements à l'emporte-pièce qui déclenchent la colère, la rancoeur et la tristesse et génèrent beaucoup de stress et de souffrance. Krisnamurti, le célèbre philosophe indien, disait que la plus grande démonstration de l'intelligence humaine consiste dans la capacité d'observer sans juger.

La science le prouve : on peut quitter la dictature des émotions grâce à l'intelligence émotionnelle. Le concept, forgé par le psychologue américain Daniel Goleman, consiste en un ensemble de compétences qui permettent d'identifier, de comprendre et de gérer les émotions et d'arriver, par la suite, à les maîtriser. Les identifier signifie décrire le ressenti. C'est une façon de prendre de la distance. Quand on écrit, on arrive à un lâcher prise. Les recherches en neurosciences, menées pas les psychologues américains Matthew Lieberman et Naomi Eisenberger, nous montrent que mettre des mots sur nos sentiments diminue déjà leur intensité. Le hic ? Nous sommes des "illettrés émotionnels", victimes d'alexithymie, un trouble étrange qui désigne "l'incapacité d'identifier ses émotions et de les exprimer". Il aurait son origine dans des anomalies situées dans un carrefour reliant le creuset des émotions et la zone cérébrale qui les réceptionne et les trie (1). Selon les chercheurs, 15 % de la population souffre d'alexithymie, mais on peut avancer qu'un nombre beaucoup plus important de personnes éprouvent des difficultés à identifier, exprimer et comprendre ce qu'elles ressentent. Pour comprendre ses émotions, il faut répondre à des questions fondamentales et intelligentes, comme : "après quoi je cours ?", "quelles sont mes attentes et mes besoins ?" Une fois bien compris la cause de son malheur qui peut se référer à une mauvaise estime de soi ou un manque de sécurité affective, on peut s'attaquer à la gestion des émotions.

Développer ses cinq sens

La quête du bonheur ne peut passer que par un lâcher prise par rapport aux attentes irréalistes ou illusoires comme, par exemple, rêver d'un énorme salaire ou s'attendre que le conjoint vous accueille chaque soir en pleine forme avec un sourire radieux. Ou peut aussi chercher d'autres moyens pour satisfaire ses besoins. Prenons quelqu'un qui se donne à fond pour son travail, s'épuise à la tâche. Ses efforts ne sont jamais appréciés ni récompensés. D'où l'émergence des émotions négatives, telles la colère, la déception ou la peur d'être vu comme quelqu'un d'incompétent ou d'imparfait. Il est possible de se libérer de ce désir de perfection, d'être tout le temps valorisé par le responsable et identifier les actions à mettre en place pour combler ses besoins d'estime et de sécurité. Puis, on peut se rééduquer et s'entraîner à l'art de la pensée constructive. Et ça marche ! Certaines personnes préfèrent se faire aider par un thérapeute.

"On peut aussi pratiquer la rééducation soi-même, à l'aide d'exercices simples, souligne Eric Remacle. Le "cahier de gratitude" est très connu. Ecrivez chaque soir pour qui ou pour quoi vous ressentez de la gratitude. Terminez chaque phrase par le mot "merci". La pratique de la pleine conscience est l'une des méthodes les plus efficaces. Concrètement, cela signifie jouir de l'instant présent. On quitte le mode mental et on passe en mode sensations. Vous observez les sensations qui vous viennent de vos cinq sens et vous découvrez le plaisir naturel de ce ressenti. Laissez l'environnement vous envahir de plaisirs. Regardez les différentes nuances du ciel ou d'un paysage, écoutez tous les bruits avec curiosité, comme un enfant, affinez votre goût et votre odorat pour mieux apprécier toutes les subtilités et ne vous contentez pas d'un jugement binaire : "sucré-salé", devenez gastronome grâce à des choses simples, en savourant, par exemple, un raisin pendant quelques minutes, détendez-vous en touchant des matières douces et agréables. Les cinq sens sont indispensables : plus on les développe et plus on développe la conscience. Le bonheur passe par le corps et pas seulement par la tête. Il est sensuel. Etre heureux, c'est déguster l'instant présent de manière sensuelle."

BARBARA WITKOWSKA

(1) Cerveau et Psycho, le magazine de la psychologie et des neurosciences, N° 6, juillet-août-septembre 2004. www.bonheur-ou-stress.com

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