Fronde en France contre un médicament soignant la thyroïde

15/09/17 à 14:07 - Mise à jour à 14:07

Source: Afp

La colère gronde en France autour d'un médicament soignant la thyroïde, accusé de graves effets secondaires, poussant le gouvernement à promettre la remise prochaine sur le marché de l'ancienne formule de ce traitement pris par trois millions de Français.

Fronde en France contre un médicament soignant la thyroïde

© AFP

Crampes, maux de tête, vertiges, perte de cheveux: les témoignages sur les effets indésirables de la nouvelle formule du Levothyrox, mise sur le marché fin mars, se sont multipliés ces dernières semaines au point de devenir un enjeu sanitaire majeur pour le gouvernement d'Emmanuel Macron.

D'abord accusé d'"indifférence coupable", l'exécutif a annoncé vendredi le retour de l'ancienne formule du médicament, une annonce confirmée par le laboratoire pharmaceutique allemand Merck Serono.

"Nous avons fait en sorte (...) que l'ancien Levothyrox (...) soit disponible en quinze jours", a indiqué la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur la radio France Inter, ajoutant que "des alternatives, d'autres marques, d'autres médicaments" seraient accessibles "dans un mois".

Ils "permettront progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux", a-t-elle souligné.

Avec cette annonce, le gouvernement entend répondre aux critiques et aux craintes des trois millions de Français utilisant ce médicament pour soigner l'hypothyroïdie ou après une opération de cancer de la thyroïde, organe essentiel qui régule de nombreuses fonctions du métabolisme.

- Premier marché mondial -

Premier marché mondial, la France, secouée ces dernières années par plusieurs scandales sanitaires comme celui du Mediator, est aussi le premier pays où la nouvelle formule a été introduite.

Selon le laboratoire Merck, des procédures d'homologation sont en cours dans d'autres pays européens. L'Agence française du médicament avait réclamé cette nouvelle formule à Merck dès 2012 afin de rendre le produit "plus stable".

Merck assure que le changement de formule ne concerne pas le principe actif (la lévothyroxine, une hormone de substitution) mais porte sur des substances, appelées "excipients", qui lui sont associées, comme par exemple le lactose qui a été remplacé par le mannitol, très courant dans l'alimentation et d'autres médicaments.

Mais plus de 9.000 signalements sur les effets indésirables de la nouvelle formule avaient déjà été enregistrés lundi et plusieurs dizaines plaintes ont été déposées, notamment pour "non-assistance à personne en danger" et "mise en danger de la vie d'autrui".

Une des plaignantes, Anne-Catherine Colin-Chauley, 58 ans, dit souffrir depuis mai de "vertiges, crampes, fatigue": "Je me bourre de cachets pour être en forme, je ne suis vraiment pas bien", a-t-elle raconté début septembre à l'AFP, envisageant d'aller "en Italie ou en Espagne" pour se procurer l'ancienne formule du médicament.

- 'Malaises très inquiétants' -

Dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé, la comédienne Anny Duperey a expliqué qu'après avoir pris sans problème du Levothyrox pour son hypothyroïdie "depuis une douzaine d'années", elle a ressenti "ces derniers mois" "des malaises très inquiétants" qu'elle a associés au changement de formulation.

Un seul produit de substitution au Levothyrox appelé L-Thyroxine et se présentant sous forme de gouttes existe pour le moment en France.

L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) "reçoit en moyenne mille dossiers de plaignants par jour en ce moment", a insisté vendredi sa présidente-fondatrice, Chantal L'Hoir, auprès l'AFP.

Elle a salué "un premier pas" dans l'annonce du gouvernement de remettre sur le marché l'ancienne formule, évoquant des "stocks" disponibles.

"J'ai totalement écouté la souffrance des malades, a déclaré dès jeudi la ministre de la Santé. Elle a évoqué des "effets secondaires très, très pénibles" tout en rappelant qu'il n'y avait pas eu d'hospitalisations liées à la prise de ce médicament.

Mais le retour à l'ancienne formule ne pourra se faire "que sur prescription médicale" et "il faut que tous les patients qui vont bien avec la nouvelle formulation y restent", a précisé vendredi à l'AFP Thierry Hulot, le patron des activités biopharmaceutiques de Merck Serono en France.

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