Ebola: "Le screening des passagers à l'arrivée n'est pas adéquat"

21/10/14 à 09:05 - Mise à jour à 11:49

Source: Le Vif/l'express

Le Dr Yves Van Laethem, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Saint Pierre de Bruxelles, nous donne son avis sur les précautions prises par le SPF Santé publique et les autorités aéroportuaires pour contrer la transmission du virus Ebola dans la population belge et européenne.

Ebola: "Le screening des passagers à l'arrivée n'est pas adéquat"

© Reuters

Est-il possible de contracter Ebola rien qu'en manipulant des bagages ?

"A l'heure actuelle, on ne peut pas dire avec précision combien de temps le virus Ebola résiste sur une surface inerte, on parle de 4 à 6 heures. Les données sont parcellaires et pas systématiques, car on ne "joue" pas avec ce genre de virus en laboratoire. Il n'y a pas d'études comme c'est le cas pour la grippe. Mais ce serait extraordinairement peu probablement qu'une personne soit contaminée rien qu'en touchant un bagage. Pour être malade, il faut être mis directement en contact avec du vomi ou d'autres liquides corporels infectés."

Que pensez-vous des mesures prises par les autorités à Brussels Airport?

"Les mesures qui ont été prises par les autorités fédérales et aéroportuaires, que ce soit le screening à l'arrivée, le port de gants ou l'analyse des bagages par une firme spécialisée - reste à savoir quel genre de société va réaliser ce travail - sont, en premier lieu, des mesures d'apaisement, afin d'atténuer la psychose qui règne autour de l'épidémie Ebola. Les craintes sont pour moi injustifiées, même si je comprends l'inquiétude ambiante. Il fallait aussi que la Belgique suive l'exemple des pays voisins, comme la France et la Grande-Bretagne, qui ont déjà pris ce genre de mesures de précautions. La population avait d'ailleurs un bien plus grand risque de contracter le virus SARS ou la grippe aviaire, car au contraire du virus Ebola qui se transmet par les humeurs corporelles, ces virus se transmettent par l'air, dans les transports en commun par exemple."

Quelles seraient alors les solutions pour contrer l'épidémie?

"Le screening à l'arrivée n'a pas fait ses preuves, il n'est pas adéquat. Il faut que l'Europe mette sur pied un screening au départ des régions touchées par le virus. Une analyse des voyageurs beaucoup plus approfondie est donc nécessaire, et pas rien que la prise de température qui n'est pas indicative de l'état de santé global du passager. Une personne peut en effet très bien avoir 37,5 degrés de fièvre parce qu'elle vient de prendre du paracétamol et présenter d'autres symptômes plus inquiétants qui passeraient inaperçus. D'un autre côté, une personne qui présente de la fièvre peut aussi avoir la grippe, la dengue, la malaria,...c'est très peu spécifique. Le patient libérien qui est décédé dernièrement d'Ebola à Dallas aux Etats-Unis est d'ailleurs le contrexemple parfait du passager qui a franchi tous les contrôles sans soulever aucun soupçon et qui, une fois la période d'incubation passée, a développé la maladie. Il faut aussi savoir que cette période d'incubation peut être particulièrement longue, jusqu'à 21 jours. De plus, du personnel qualifié, des infirmiers par exemple, devrait être assigné à cette tâche de prise de température dans les aéroports afin d'avoir un regard critique sur le résultat obtenu.

L'idéal dans ce contexte, serait de faire un test sanguin de tous les passagers au départ d'un vol, dont les résultats seraient disponibles une fois arrivés à destination. Cette solution est irréaliste à mettre en place à l'heure actuelle, car il n'existe pour le moment pas de test sanguin assez rapide ou assez sensible. Un autre point important est la sensibilisation du corps médical, quand un médecin voit arriver dans son cabinet un patient à risque, il doit pouvoir lui poser les bonnes questions sur ses antécédents et ne pas directement conclure par exemple à une simple grippe. Et l'option de couper les liaisons avec ces pays du monde où sévit le virus est inimaginable, on ne peut pas empêcher des gens d'aller rendre visite à un parent souffrant ou du matériel d'être acheminé dans ces régions."

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