Ebola: fin officielle de l'épidémie

13/01/16 à 12:16 - Mise à jour à 12:18

Source: Afp

Le monde devrait être mieux armé pour combattre la prochaine flambée d'Ebola grâce aux recherches sur le vaccin et les traitements, mais elles sont loin d'être achevées, soulignent les spécialistes, alors que l'OMS doit annoncer jeudi la fin de l'épidémie.

Ebola: fin officielle de l'épidémie

Volontaires de Médecins Sans Frontieres (MSF), recevant une formation sur le protocole de protection à mettre en place face à Ebola. Octobre 204 lp deal with © Reuters

Durant cette épidémie sans précédent qui a frappé l'Afrique de l'Ouest "on a beaucoup appris et ce qu'on proposera dans l'avenir sera assez différent", déclare à l'AFP Michel Van Herp de MSF. "La prochaine épidémie devrait être moins dramatique", prédit-il. Celle qui s'est déclarée en décembre 2013 en Guinée avant de toucher le Liberia puis le Sierra Leone a fait plus de 11.300 morts.

"Pour les gens en contact avec un malade à la maison, il faudra proposer soit un vaccin, soit une pilule, car un certain nombre refuseront la vaccination", ajoute cet épidémiologiste, spécialiste d'Ebola, basé en Belgique. Et "ce sera une grande avancée si le vaccin est disponible" pour les personnels de santé qui ont payé un lourd tribu à Ebola (plus de 500 morts).

L'un des vaccins, celui de Merck est bien avancé (le VSV-EBOV canadien développé par le laboratoire américain), estime le professeur Jean-François Delfraissy, coordinateur de la lutte contre Ebola pour la France.

Toutefois il n'a été testé que sur des sujets en contact avec des personnes infectées, et pas encore dans la population générale. Pour sa part, le Dr Stephen Kennedy, principal responsable d'un essai au Liberia sur deux vaccins, celui de Merck et celui de GSK (GlaxoSmithKline), estime qu'ils ont "des effets prometteurs".

La plupart des essais de produits ou vaccins n'ont pu être conduits à leur terme, faute d'être prêts à temps alors que l'épidémie battait son plein.

La prise en charge des malades a été améliorée. La mortalité a été réduite de 70% à 40%, dit le Pr Delfraissy en évoquant notamment l'absence, au début, de perfusion systématique des patients. La mise sous perfusion intraveineuse, pour assurer une bonne réhydratation et éviter la défaillance rénale, augmente les chances de survie.

La prochaine fois, des traitements prometteurs pourront être à nouveau proposés, comme l'antiviral japonais, le favipiravir (l'avigan de Fuji film) sous forme de comprimés, qui a été le plus utilisé et le Zmapp (cocktail d'anticorps).

La molécule expérimentale de Gilead GS-5734, injectable et dotée d'une durée de vie longue (dans l'organisme) est aussi une piste à creuser. L'infirmière écossaise, qui a fait une rechute grave avec une encéphalite fin 2015, après avoir été déclaré guérie, qui l'avait reçue, a survécu.

Le favipiravir, très bien toléré, sera probablement dans l'avenir, associé à un autre traitement. Il a déjà été testé avec du Zmapp mais sur un nombre restreint de patients.

Suivi des survivants

Par ailleurs, MSF a constaté qu'un médicament contre le paludisme contenant de l'amodiaquine a réduit la mortalité de 31% dans un de ses centres au Liberia.

Pour le docteur Iza Ciglenecki, co-signataire de l'étude sur ce médicament, "il est urgent de mener des essais" pour confirmer son efficacité contre Ebola.

Enfin, la piste de la transfusion de sérum ou de sang de convalescents, en dépit de récents résultats décevants, n'est pas abandonnée.

Le suivi des survivants est par ailleurs crucial, qu'il s'agisse des séquelles (atteinte des yeux...) ou de la persistance du virus dans leur corps, en particulier le sperme, en raison de la possibilité avérée d'une transmission sexuelle. L'épidémie a en effet permis de découvrir que l'Homme pouvait être un réservoir de virus.

Pour le sperme, le risque n'apparaît pas massif, mais reste à préciser, selon M. Van Herp. En Guinée, où il y a près de 1.300 survivants, un groupe, qui sera suivi pendant deux ans, est en cours de constitution et pourrait atteindre 800 participants fin mars.

"En gros, plus d'un tiers ont des séquences de virus dans le sperme trois mois après avoir été considérés comme guéris, ensuite cela baisse, mais chez quelques patients on a retrouvé du virus neuf mois après", explique le Pr Delfraissy, envisageant un essai de traitement dans ce domaine.

Des réseaux de surveillance et d'alerte en Afrique de l'Ouest pour casser la chaîne de transmission du virus doivent également être mis en place. "Poursuivre les recherches dans le domaine du vaccin, de la thérapeutique et du réservoir viral animal et humain reste indispensable", résume ce spécialiste.

Ebola: portrait d'un virus tueur

Provoquant fièvre, vomissements et diarrhées intenses, le virus Ebola dont l'OMS devrait annoncer jeudi la fin de l'épidémie en Afrique de l'Ouest, a fait plus de 11.000 morts en deux ans et suscité la peur au niveau mondial en raison de sa dangerosité.

- COMBIEN DE VICTIMES?

Partie du sud de la Guinée en décembre 2013, l'épidémie de "maladie à virus Ebola" a fait au moins 11.315 morts pour 28.637 cas recensés, selon un bilan de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Les victimes se sont concentrées à plus de 99% dans trois pays voisins: Guinée (plus de 2.500 morts), Sierra Leone (plus de 3.900 morts) et Liberia (plus de 4.800 décès), des bilans sous-évalués selon l'OMS.

- D'OÙ VIENT LE VIRUS?

Historiquement Ebola s'est d'abord manifesté en Afrique centrale. Ce virus de la famille des filoviridae (filovirus) doit son nom à une rivière du nord de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) où il a été identifié pour la première fois en 1976. Cinq types distincts de virus Ebola ont depuis été répertoriés: Zaïre, Soudan, Bundibugyo, Reston, Forêt de Taï. Le virus à l'origine de l'épidémie en Afrique de l'Ouest est de l'espèce Zaïre.

- COMMENT SE TRANSMET-IL?

Le virus circule parmi les chauve-souris mangeuses de fruits, considérées comme l'hôte naturel d'Ebola, dont elles ne développent pas la maladie. D'autres mammifères comme les grands singes, les antilopes ou les porcs-épics peuvent le véhiculer puis le transmettre à l'homme.

Lors d'une épidémie, Ebola se transmet entre humains par contacts directs et étroits. Une personne saine est contaminée par les "fluides corporels" d'une personne malade: sang, vomissures, matières fécales, etc. Contrairement à la grippe, ce virus ne peut se transmettre par voie aérienne. Aussi Ebola est-il moins contagieux que de nombreuses autres maladies virales.

Mais ce virus est redoutable en raison de son "taux de létalité" très élevé: il tue en moyenne la moitié des personnes qu'il atteint, selon l'OMS.

- QUELS SYMPTÔMES?

Après une période d'incubation de 2 à 21 jours (en moyenne autour de cinq jours), Ebola se manifeste par une brusque fièvre, avec une faiblesse intense, des douleurs musculaires et articulaires, des maux de tête et maux de gorge.

Cette phase est souvent suivie de vomissements, de diarrhées, d'éruptions cutanées, d'insuffisance au niveau des reins et du foie. Dans certains cas, surviennent des hémorragies internes ou externes.

- COMMENT S'EN PROTÉGER?

Les consignes reposent sur des mesures préventives simples mais rigoureuses (lavage des mains, désinfection avec des solutions hydro-alcooliques...), ainsi que sur la surveillance des premiers symptômes, la fièvre notamment.

Il est recommandé de ne pas s'approcher des malades ni des cadavres à moins de plusieurs mètres et, pour les soignants, de porter gants et masques.

- QUELLES SEQUELLES?

Des séquelles ont été fréquemment observées chez les survivants: arthrite, problèmes de vue, inflammation de l'oeil et troubles de l'audition.

- QUELS TRAITEMENTS POSSIBLES?

Plusieurs essais ont été menés avec des traitements expérimentaux et des vaccins durant l'épidémie en Afrique de l'Ouest.

Parmi ces traitements figurent le favipiravir (Avigan), antiviral mis au point contre la grippe par une filiale du groupe japonais FujiFilm ou le ZMapp (fruit d'une collaboration américano-canadienne), cocktail de trois anticorps monoclonaux donné à titre expérimental à quelques malades. L'administration d'un antipaludéen, l'artesunate-amodiaquine a permis de réduire nettement la mortalité, selon une étude menée dans un centre de traitement de Médecins sans Frontières (MSF) au Liberia.

L'espoir pourrait aussi venir des vaccins. Testé en Guinée sur plus de 4.000 personnes, le VSV-EBOV développé par l'Agence de la santé publique du Canada avec les laboratoires américains NewLink Genetics et Merck, s'est montré efficace à 100%, selon une étude publiée en juillet. D'autres candidats vaccins ont également été testés, en particulier celui développé par la firme britannique GSK avec l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID).

En savoir plus sur:

Nos partenaires