À quoi reconnaît-on un égo surdimensionné ?

20/06/13 à 13:40 - Mise à jour à 13:40

Source: Le Vif

Connaissez-vous ce sentiment de journée "sans" ? Pas de panique. Selon la psychologue néerlandaise Roos Vonk, personne ne va le remarquer. Nous sommes les seuls à souffrir de ces journées où on se sent plus moche que les autres. Pourquoi ? Parce que les gens sont trop centrés sur eux-mêmes pour remarquer ce genre de broutilles chez les autres.

À quoi reconnaît-on un égo surdimensionné ?

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Vonk est professeur de psychologie sociale à l'université Radboud de Nijmegen. Elle y étudie les mécanismes des lèches-bottes et de la flatterie, mais aussi celui des égos surdimensionnés.

Se regarder le nombril Des égos qui n'ont que peu d'autodérision pensent qu'ils sont importants. Ils ont aussi la conviction intrinsèque que les autres sont conscients de leur importance. S'il n'existe que peu de lien entre leur vision rose bonbon et la dure réalité, cela ne les empêche pas d'être convaincus de leur bon droit. Ce sont les autres qui manquent d'objectivité, voilà tout. Ils trouvent qu'ils sont extraordinaires, voire uniques. Et s'il y a échec, c'est à cause de facteurs extérieurs tels que les autres ou le manque de temps. Ils admettent bien qu'ils ont quelques défauts. Mais ceux-ci ne sont, à leurs yeux, que minimes et peu dérangeants. On peut comparer un tel égo à un régime autoritaire où toute info qui ne rentre pas dans le cadre sera expurgée pour maintenir l'illusion à flot.

Dans la peau d'un autre En cas de conflit, cette façon de penser mène à l'escalade : la personne à l'égo démesuré trouve qu'elle est pondérée et juste, alors que celui qui est en face manque, forcément, d'objectivité. En réalité les arguments et les convictions de chacun sont à la fois futiles et subjectifs. Le reconnaître est d'ailleurs la meilleure façon de rester les pieds sur terre. S'il est plus facile de tirer des conclusions hâtives sur le comportement des autres, il est beaucoup plus porteur d'avoir des mécanismes d'empathie pour ceux qui nous entourent selon Roos Vonk. L'empathie permet d'élargir son regard sur le monde.

Le doute au fond de soi L'homme a vécu pour 99 % de son histoire en communauté. Longtemps, il a été d'une importance vitale d'y appartenir tant les esprits solitaires n'avaient que peu de chance de survie. Aujourd'hui, la plupart d'entre nous gardent ce réflexe ancestral et cherchent à s'intégrer dans un groupe. Lorsqu'on n'obtient pas la confirmation que l'on fait bel et bien partie d'un groupe, l'égo sert de sonnette d'alarme.

L'enthousiasme défensif Les gens qui ont une propension à la démagogie arrivent plus haut sur l'échelle sociale et occupent une meilleure position dans le groupe. À tort. Il est prouvé qu'il n'existe aucun lien entre la fermeté d'une conviction et sa véracité. Tout comme la fermeté avec laquelle une personne affiche son bon droit peut être inversement proportionnelle au doute qui l'habite. C'est ce qu'on appelle l'enthousiasme défensif. Il apparait principalement chez les personnes qui ont une image positive de soi. Ce genre de personne n'aime pas tergiverser et va au contraire rapidement trancher.

La colère après-coup

La capacité à gérer ses émotions est l'un des principaux critères pour déterminer l'intelligence émotionnelle. Qu'est-ce qu'il en ressort ? Les adultes qui ont une grande influence semblent davantage manquer d'autocontrôle que les autres. Ils peuvent pérorer sur de splendides objectifs, mais dans la réalité ils vaquent principalement à des urgences quotidiennes. La crise écologique et bancaire est liée à ce besoin de satisfaire nos besoins immédiats plutôt que de répondre à des objectifs sur le long terme.

Ne pas s'enfermer dans un schéma de pensée

Certaines personnes ne savent pas pourquoi elles font ce qu'elles font. Alors que d'autres font tout leur possible pour expliquer le " pourquoi du comment". Or réfléchir sur soi-même n'apporte pas une once de sagesse selon Vonk. Cela ne mène pas non plus à une meilleure connaissance de soi . Construire une histoire cohérente sur soi-même permet effectivement d'avoir l'impression qu'on contrôle sa vie, si ce n'est que l'on peut créer un nombre innombrable d'histoires. En réalité, nous gérons bien moins nos émotions et nos comportements que ce que nous aurions tendance à le croire. Ce qui ne veut pas non plus dire que l'on doit rester sans réagir face à nos émotions. Rester critique est très important, mais il faut aussi accepter que toutes les émotions et envies ne puissent être contrôlées. Comme dans les bouchons : il arrive que l'on reste bloqué sans raison apparente avant d'être libéré quelques minutes plus tard.

Marleen Finoulst / Trad ML

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