Un moment de grâce

08/11/17 à 21:00 - Mise à jour à 16:49
Du Le Vif/L'Express du 10/11/17

Un an après sa disparition, le photographe malien Malick Sidibé se voit offrir une rétrospective magistrale à la fondation Cartier à Paris. Attention, ode à la joie.

C'est la photo de Malick Sidibé que nul n'est censé ignorer. Son titre ? Nuit de Noël. Prise en 1963, elle est sous-titrée Happy Club. Le magazine américain Time l'a classée parmi les " 100 photographies les plus influentes de l'histoire ". Autant dire que de simple cliché, cette image est passée au rang d'icône. A la façon d'un soleil noir sans mélancolie, la scène en format 100 cm × 100 cm illumine pour l'heure un pan de mur de la fondation Cartier à Paris. Nuit de Noël, vraiment ? En réalité, il s'agit de la soirée du 25 février 1963, soit la veille du ramadan. Dans son enthousiasme, Sidibé a entremêlé les religions, probablement mû par un syncrétisme qui lui va comme un gant. Qu'y découvre-t-on ? Un couple éclatant qui danse et repousse tout ce qui n'est pas lui dans l'obscurité. On ne voit pas du premier coup que le duo se déplie en réalité au son d'un haut-parleur accroché à un palmier et directement relié à un " pick-up " - une platine vinyle dont c'est le nom consacré à l'époque. Au sol, on ne perçoit pas directement davantage les grandes bouteilles de bière qui disent l'Afrique plus sûrement qu'un tamarinier. Autour des deux danseurs, quelques chaises que le regard n'imprime pas plus. Sur l'une d'entre elles, condamnée à errer dans une périphérie semi-obscure, une jeune femme scrute le tandem, à moins que son regard ne cherche à aimanter Sidibé qui est en train de prendre la photo. Nul doute : elle aussi voudrait exister en cette pleine lumière, carrément refusée à sa voisine de droite, double quasi imperceptible. Mais non, le coeur vif de toutes les attentions, c'est bien ces deux danseurs qui occupent le centre de la composition. Les corps sont souples, légèrement fléchis. Les visages respectifs, baissés, observent leurs pieds. Une douceur caressante se dégage de cet instant suspendu, un vrai moment de grâce.
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