Le peint quotidien

02/11/17 à 21:00 - Mise à jour à 01/11/17 à 12:04
Du Le Vif/L'Express du 03/11/17

A Londres, la Royal Academy of Arts consacre le talent de Jasper Johns. Un hommage mérité, quoiqu'un peu confus, pour celui qui a ouvert le champ de l'art à la quotidienneté.

C'est sûr, au début des années 1950, une intensité particulière s'est glissée entre l'art et la vie. Plus question de les envisager comme deux pans de l'expérience humaine somnolant chacun dans leur coin. Ce sont les Etats-Unis qui se sont fait fort d'opérer cette réconciliation. Une tentative d'abolition à coup d'électrochocs. Le meilleur exemple de ce séisme formel ? On the Road, de Jack Kerouac, roman de 125 000 mots, torché entre le 2 et le 22 avril 1951, dont on oublie trop souvent que les premières ébauches ont été écrites en français. Cette oeuvre ne se contente pas de décrire le réel, elle fait carrément corps avec lui, tente de lui arracher des étincelles. A propos du fameux rouleau tapuscrit dont il s'est servi pour rédiger l'odyssée de Dean Moriarty, Kerouac livre cette phrase révélatrice : " Je l'ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphes... l'ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route. " Ce récit écrit à la caféine, du moins si l'on s'en tient à la version officielle, ne se fait pas seulement macadam, il s'improvise, comme on le dirait d'un jazzman, voiture qui roule à tombeau ouvert, train lancé à toute vitesse. " Faire du Proust en plus vite ", répétait l'auteur de ce roman culte. Sur la route marque la fin d'une frontière bien établie entre le champ artistique et la vie.
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