Y aura-t-il encore un pape en l'an 2100 ?

04/06/12 à 13:31 - Mise à jour à 13:31

Source: Le Vif

L'affaire des fuites au Vatican a sérieusement entâché l'image du monde catholique. A un point tel que l'on se pose des questions sur l'avenir de la papauté...

Y aura-t-il encore un pape en l'an 2100 ?

© Reuters

Il existe au coeur de l'Europe un état dont toutes les caractéristiques institutionnelles sont celles d'une sainte dictature, pieusement consentie; une théocratie, pour tout dire. Le Vatican dispose de ressources financières considérables, d'un réseau diplomatique mondial assez impressionnant, d'une aura toujours importante et bat monnaie grâce à une libéralité obtenue de la zone euro. Sur ses 44 hectares, cette enclave hors du temps vit bien loin de l'exemplarité; elle vient encore de le démontrer.

C'est la parution d'un livre, Sua Santita. Le carte segrete di Benedetto XVI (Sa Sainteté. Les dossiers secrets de Benoît XVI), aux éditions Chiarelettere, signé par Gianluigi Nuzzi, enquêteur particulièrement bien informé et récidiviste, qui fait éclater le nouveau scandale. Nuzzi y révèle une partie de la correspondance privée du pape Benoît XVI avec son secrétaire d'Etat - le cardinal Tarcisio Bertone, véritable n° 2 de l'Eglise -, ainsi qu'avec son secrétaire particulier. On découvre dans ces fuites l'obsession des prélats à lutter contre les lois civiles en matière de moeurs, des affaires de pédophilie qui restent enfouies, des tractations lamentables avec des intégristes que l'on veut garder dans le giron de l'Eglise, des interventions personnelles en faveur de certaines personnes haut placées, des manoeuvres d'étouffement et des cas flagrants d'opacité financière... Une descente dans les caves du Vatican, dont on remonte effaré, mauvais remake du film La Firme. Autant d'informations précises (jusqu'au numéro de compte bancaire du pape !) conduisent directement à une taupe de haut niveau, susceptible d'avoir alimenté l'auteur du livre, voire à tout un entrelacs de complots et d'intrigues.

C'est le deuxième temps de la liturgie, celui du sacrifice. En cause, le majordome des appartements du pape, Paolo Gabriele, confondu après une perquisition dans sa chambre et arrêté le 25 mai. La veille, le président de la banque du Vatican, l'IOR (Institut pour les oeuvres de religion), était brusquement limogé après avoir été également soupçonné d'avoir laissé sortir de ses coffres des feuillets secrets.

Il y a belle lurette que l'on n'obéit plus à l'Eglise, "perinde ac cadaver" (raide "comme un cadavre"), selon la formule glaciale d'Ignace de Loyola. Mais on n'avait jamais atteint un tel degré de déliquescence dans les temps récents, au point où de fidèles serviteurs du Saint-Père sont désormais mus par un "devoir de désobéissance". On n'a pas fini de spéculer sur les règlements de comptes et les intérêts qu'ont eu les délateurs à révéler l'état réel du gouvernement pontifical. On ne se trompera guère en imaginant qu'un cercle de laïcs ou de prélats soucieux de chasser les marchands du temple a cru bon de souffler hors les murs certaines vérités à leurs yeux insupportables. L'autoritarisme et le conservatisme du cardinal Bertone, 77 ans, grand étouffeur devant l'Eternel, ont pu donner envie à certains de ses détracteurs de dévoiler ce qu'il s'évertue à cacher.

Par une ironie cruelle, pourtant, c'est un souverain pontife d'une intégrité totale et d'une rectitude irréprochable qui se trouve submergé par ce flot de scandales. Pour preuve, le pape a souhaité et pris différentes mesures "de purification et de renouveau" pour mettre l'Eglise en conformité avec les normes internationales, en particulier en matière financière. Objectif : assainir les comptes vaticanesques afin de pouvoir figurer sur la "liste blanche" de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), garante de la lutte contre le blanchiment d'argent. Trop tard, trop mollement ? Benoît XVI, 85 ans, est un intellectuel, pas un homme de dossiers.

Ce climat, pour le moins délétère, pose de nouveau la question de l'avenir de la papauté. Et la laisse sans réponse.

Par Christian Makarian, L'Express

En savoir plus sur:

Nos partenaires