Etienne Dujardin
Etienne Dujardin
Juriste et Chroniqueur
Opinion

14/12/15 à 10:07 - Mise à jour à 10:07

Vote FN : Le dernier coup de semonce !

Le FN n'a gagné aucune région en France, il faut évidemment s'en réjouir, mais comme le disaient la plupart des ténors politiques hier, il ne faut pas oublier le signal que l'électeur a lancé au premier tour.

Vote FN : Le dernier coup de semonce !

© REUTERS

L'électorat du FN grimpe d'élection en élection. Comme l'a très bien dit Xavier Bertrand qui a atomisé Marine Le Pen hier : " Cela fait 30 ans -30 ans !- que l'ensemble de la classe politique, dont je fais partie, explique qu'elle a reçu le message, qu'elle a tout compris, que plus rien ne sera comme avant... Et pourtant, qu'a-t-elle fait ? ". Et d'ajouter que des réformes devaient être prises de manière immédiate et que c'était la "dernière chance".

Élu en 2012, François Hollande se disait être le candidat qui saurait rassembler la France. Trois ans plus tard, il laisse un pays divisé comme jamais. Le résultat des scores du FN n'est pas la faute des médias, de la crise ou - de manière encore plus absurde - des électeurs, mais bien celui des gouvernants qui, depuis des décennies, ont détourné leur regard des vraies préoccupations des citoyens.

Pour la génération de mai 68, il était "interdit d'interdire". Ils ont pourtant interdit de parler des thèmes dont s'est emparé le FN. Les thématiques de la sécurité, de l'immigration, du chômage, de l'identité, du respect de nos racines judéo-chrétiennes éclairées par l'esprit des lumières, n'auraient jamais dû filer à l'extrême droite. Les partis traditionnels ont laissé en jachère ces différents sujets et ont eu peur d'en débattre. On voit aujourd'hui que ceux qui ont préféré fermer les yeux sont les alliés objectifs d'une extrême droite qui monte de manière inexorable.

En Belgique aussi, le paysage politique bouge. Le dernier baromètre politique montre des mouvements radicaux qui montent tant à gauche qu'à droite, avec un PTB à plus de 10% et des partis à la droite du MR (PP et autres) représentant 12%, soit un total de plus de 22% des voix qui ne vont plus aux partis traditionnels. C'est déjà un fameux signal, alors que ces partis sont peu structurés et presque absents du paysage médiatique. Cette montée et la création de nouveaux partis sont, par ailleurs, des mouvements de fond en Europe. Dernier exemple : l'Espagne qui votera bientôt et qui voit les deux partis traditionnels mis en danger par deux nouveaux partis récents.

En France, les coups de semonce n'avaient pourtant pas manqué. On se souvient de Jean-Marie Le Pen au 2e tour en 2002, du non au traité européen de 2005, des dernières élections depuis 2012 (départementale, européenne). La seule façon de faire tomber le FN est - sans mauvais jeu de mots - de l' "attaquer de front". En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi à asphyxier complètement l'extrême droite en faisant une campagne électorale reprenant des thèmes jusque-là abandonnés, mais que la majorité des citoyens veulent voir traiter, comme le montrent tous les sondages. Il a reçu un mandat clair du peuple avec plus de 53% des voix, mais il a déçu durant son mandat. Il a perdu, et le FN est directement remonté. Aujourd'hui, après trois ans de "Hollandisme", c'est carrément un tsunami jamais vu. Exemple similaire en Belgique : Bart De Wever qui a atomisé le Vlaams Belang aux dernières élections par une campagne sans tabou.

Je me refuse à toute fatalité quant à la montée d'un parti comme le FN. Ce dernier a aussi d'énormes faiblesses. Peu d'équipes rouées aux pouvoirs, un programme économique infaisable : augmentation des salaires, sortie de l'euro, retraites à 60 ans. Qui peut encore croire actuellement au retour à la retraite à 60 ans, alors qu'on étudie de plus en plus tard et que l'espérance de vie sera de plus en plus élevée ?

Il est urgent que le logiciel intellectuel des partis politiques se reconnecte au réel. Le Sénat, qui n'a plus aucune compétence législative, a présenté la semaine dernière un rapport sur la GPA alors que bien d'autres sujets plus urgents auraient eu le mérite de la discussion : chômage, sécurité, défis économiques de demain, soutien aux PME, simplification des charges administratives...Le politique doit aussi se renouveler, le fait d'être politicien à vie ou ministre pendant 20 ans ne facilite pas la remise en question et ne permet pas le tonus nécessaire à l'émergence de nouvelles idées.

Enfin, ce que l'on peut aussi constater dans les résultats d'hier, c'est que ce sont les lignes les plus claires qui ont été plébiscitées tant à gauche qu'à droite. Monsieur Le Drian, ministre PS ayant refusé tout candidat Vert sur sa liste pour ne pas présenter un programme qui ne lui ressemblait pas, a tout simplement reçu une majorité absolue. Laurent Wauquiez, jeune candidat décomplexé de droite, a lui aussi largement devancé le FN et le PS dans sa Région. Les gens veulent voir des candidats avec de la clarté et des convictions, c'est cela la meilleure défense de la démocratie.

La France a heureusement évité l'extrême droite hier, mais elle doit maintenant faire l'inventaire des raisons qui ont conduit le FN à plus de 40% dans certaines régions et en tirer des conclusions, sous peine de déchanter bientôt.

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