"Violations en chaîne" dans le commerce des diamants du sang: le rapport accablant

30/09/15 à 07:51 - Mise à jour à 07:52

Source: Belga

Le rôle de la Belgique et de la bourse du diamant d'Anvers dans le commerce et la revente de "diamants du sang" en provenance de Centrafrique est pointé dans un rapport d'Amnesty International publié mercredi.

"Violations en chaîne" dans le commerce des diamants du sang: le rapport accablant

Une mine de diamants au Sierra Leone. © REUTERS/Simon Akam

Intitulé "Violations en chaîne", ce rapport se penche sur le cas particulier de la République centrafricaine et dénonce plusieurs pratiques abusives dans le secteur du diamant, telles que le travail des enfants et les pratiques fiscales contestables.

"Les plus grands négociants centrafricains ont acheté pour plusieurs millions de dollars de diamants sans se préoccuper suffisamment de savoir si ces diamants avaient financé des groupes armés responsables d'exécutions sommaires, de viols, de disparitions forcées et de pillages massifs", écrit Amnesty International dans ce rapport rendu public mercredi.

"Si des sociétés ont acheté des diamants du sang, il ne faut pas qu'elles puissent en tirer profit", selon Lucy Graham, conseillère juridique au sein de l'équipe Responsabilité des entreprises en matière de droits humains d'Amnesty International. Selon elle, "le gouvernement centrafricain doit saisir tous les diamants du sang, les vendre et utiliser l'argent dans l'intérêt public."

Les négociants en diamants n'exercent pas leur devoir de diligence, dénonce le rapport pointant des failles dans les procédure d'inspection des deux principales bourses situées à Dubai, aux Emirats Arabes Unis et à Anvers, en Belgique.

Officiellement, aucun diamant provenant de Centrafique n'a été mis en vente à Anvers en mai et juin 2014, période étudiée par Amnesty International, détaille le rapport. Dans le même temps, il est apparu que bon nombre de diamants centrafricains ont transité via la République démocratique du Congo voisine. Ils y ont reçu la certification "processus de Kimberley", attestant qu'ils n'ont pas été extraits en zone de conflit, avant d'être envoyés à Anvers ou à Dubai, pointe notamment le rapport.

La Belgique et les Emirats Arabes Unis, qui ont signé le processus de Kimberley, connaissent également des failles dans leur système de contrôle des traders. Actuellement, seuls les sociétés sont soumises aux contrôles, selon l'ONG. Amnesty International recommande dès lors aux autorités belges de soumettre annuellement chaque trader à un audit indépendant de ses stocks, de ses importations et exportations. En cas de sanction, la Belgique doit s'assurer que le trader incriminé est réellement suspendu de la bourse.

"Les compagnies diamantaires internationales doivent faire preuve d'une grande vigilance à l'égard des violations commises tout au long de leur chaîne d'approvisionnement, du travail des enfants aux pratiques fiscales contestables. En se limitant uniquement aux diamants de la guerre, le Processus de Kimberley occulte toutes les autres atteintes aux droits humains et pratiques peu scrupuleuses associées aux diamants", estime Lucy Graham.

Certains contrôles fonctionnent malgré tout. Ainsi, les Nations unies ont déjà placé sur une liste noire le deuxième bureau d'achat de république centrafricaine, Badica, ainsi que sa société soeur belge, Kardiam, soupçonnée d'avoir acheté et exporté en contrebande des diamants. Les autorités belges ont également lancé une procédure judiciaire contre Kardiam.

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