Viktor Orban inaugure son mandat face à une opposition éclatée

08/05/18 à 07:55 - Mise à jour à 07:54

Source: Afp

Viktor Orban entame mardi un nouveau mandat aux commandes d'une Hongrie plus divisée que jamais entre les partisans de sa bataille contre l'immigration et les milliers d'électeurs qui, l'accusant de dérives anti-démocratiques, manifestent depuis les législatives, sans se fier à une opposition en miettes.

Viktor Orban inaugure son mandat face à une opposition éclatée

Viktor Orban © Reuters

Le parlement de la capitale hongroise va être une nouvelle fois le théâtre de cet antagonisme: dans la matinée, le dirigeant souverainiste de 54 ans y sera réélu Premier ministre par les députés de son parti conservateur Fidesz. Dans la foulée, ses opposants espèrent mobiliser une foule nombreuse lors de manifestations prévues en fin d'après-midi, sous haute surveillance policière.

Depuis les élections législatives du 8 avril, qui ont assuré à Viktor Orban une victoire encore plus large qu'attendue, des milliers de Hongrois se sont ralliés à un mouvement de protestation lancé sur les réseaux sociaux sous le mot d'ordre "Nous sommes la majorité" et ont manifesté à deux reprises dans plusieurs villes du pays.

L'avenir de cette mobilisation citoyenne, qui n'est pas sans rappeler les récentes manifestations anti-gouvernementales en Slovaquie et en Pologne, dépendra largement de la capacité des partis d'opposition à canaliser cette dynamique, alors que le triomphe du Fidesz les a assommés.

De son côté, Viktor Orban est sorti renforcé du scrutin qu'il a déjà présenté comme le "mandat le plus fort" qu'il ait jamais remporté. L'ancien dissident anti-communiste avait dirigé le gouvernement de 1998 à 2002 avant de revenir au pouvoir en 2010 pour deux mandats successifs qui ont fait de lui l'icône des droites populistes et nationalistes en Europe.

Au sein du nouveau parlement qui prend ses fonctions mardi, il s'appuie sur une "super majorité" des deux-tiers, soit 133 députés sur un total de 199, qui lui donne les coudées franches pour les quatre ans à venir.

Un "spectacle de marionnettes"

Le Premier ministre a fait du rejet de l'immigration, dans un pays qui n'accueille qu'une poignée de demandeurs d'asile, l'axe de sa campagne électorale à coup de formules choc agitant la "menace vitale" représentée par "l'invasion migratoire" pour la survie de l'"Europe chrétienne".

Il entend poursuivre dans la même veine: "La mission la plus importante du nouveau gouvernement sera la défense de la sécurité de la Hongrie et de la culture chrétienne", a prévenu celui qui a érigé des clôtures barbelées à plusieurs frontières du pays et durcit les lois sur l'immigration.

Viktor Orban a déjà annoncé vouloir réviser la Constitution pour y graver le refus d'accueillir certains migrants. Il veut faire adopter de nouvelles lois ciblant les ONG. De nombreuses institutions internationales l'ont accusé, depuis 2010, d'avoir muselé les contre-pouvoirs du pays.

Face au Fidesz qui a fait le plein des voix dans la Hongrie rurale, les cortèges anti-Orban présentent un visage hétéroclite, d'âge, de classe et de couleur politique divers, où les drapeaux européens, ceux arc-en-ciel de la communauté homosexuelle côtoient les symboles ultra-nationalistes.

Sur la page Facebook de la manifestation de mardi, les organisateurs appellent à "ne pas laisser le système corrompu d'Orban nous priver de notre liberté, des fonds de l'UE et de la place de notre pays en Europe".

Mais l'opposition n'a pas meilleure presse auprès des protestataires. Un récent sondage a conclu que les électeurs rendaient les autres formations politiques, divisées et au discours peu audible, responsables de leur propre défaite.

Or, sans "une coordination entre l'opposition parlementaire et celle de la rue", les manifestations seront vaines, estime l'analyste Daniel Hegedus pour l'AFP.

Lundi soir, un petit groupe de 200 manifestants s'est rassemblé près du parlement pour une protestation "symbolique", selon Agnes Szabo, une quadragénaire: "Nous n'avons plus beaucoup d'autres outils, pas de politiciens, je ne sais pas ce que font les partis d'opposition, ils s'agitent dans une sorte de spectacle de marionnettes".

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