Venezuela : "On ne peut pas demander à ceux qui ont faim d'être rationnels"

30/08/16 à 09:43 - Mise à jour à 09:43

Source: Afp

L'opposant vénézuélien Henrique Capriles a mis en garde le gouvernement contre une "explosion sociale" en cas de blocage du référendum pour révoquer l'impopulaire président Nicolas Maduro, car "on ne peut pas demander à ceux qui ont faim d'être rationnels".

Venezuela : "On ne peut pas demander à ceux qui ont faim d'être rationnels"

Henrique Capriles. © Belga

A deux jours de la "prise de Caracas", comme l'opposition a nommé la grande marche, qu'elle organise le 1er septembre dans tout le pays pour intensifier la pression sur le chef de l'Etat, l'ancien adversaire de Nicolas Maduro à la présidentielle, 44 ans, a reçu l'AFP pour "faire part de sa préoccupation".

Que se passera-t-il si la marche n'est pas couronnée de succès ? Quels sont les recours de l'opposition ?

"Elle va être massive, mais on ne croit pas que le gouvernement va changer ce jour-là. Au-delà de la quantité, l'attente qu'il peut y avoir, c'est ce que nous allons faire après cette nouvelle étape vers le référendum.

Davantage de mobilisation dans la rue, auprès des institutions internationales, et que le Mercosur, l'Unsasur, l'OEA (Organisation des Etats américains, ndlr) et l'ONU exigent avec plus de fermeté au gouvernement le respect de la constitution.

Si nous exerçons tous une pression démocratique, si nous poussons dans la même direction, étant donnée la situation économique et sociale que vit le pays, le gouvernement n'aura pas d'autre choix que d'accepter le référendum."

Que vous inspire les réactions en Amérique latine et les organismes internationaux ?

"Le temps de la diplomatie est généralement très lent et, comme l'a bien dit le secrétaire général de l'ONU, nous traversons une crise humanitaire. Combien de temps est-ce tenable ? Les instances internationales se sont prononcées, mais nous demandons un accompagnement quotidien. Aujourd'hui, le problème en Amérique latine, c'est le Venezuela et ne sous-estimez pas le risque d'une explosion sociale."

Pensez-vous que les conditions sont réunies pour cela ?

"C'est dans l'air. Si en 1989, dans des conditions moins difficiles, il y a eu le Caracazo (nom donné aux émeutes meurtrières de cette année-là, lorsque le gouvernement de l'époque avait annoncé une hausse des prix à la pompe, ndlr). Les conditions sont réunies pour une explosion sociale au Venezuela. On ne la souhaite pas, mais on ne peut pas demander à ceux qui ont faim d'être rationnels. Je ne dis pas ça pour exagérer, mais simplement pour faire part de ma préoccupation."

Un référendum en 2017 aurait-il un sens ?

"On va faire tout ce qu'il faut pour que le référendum ait lieu cette année et nous croyons que c'est possible. Si le gouvernement étouffe le référendum, il y aura une explosion sociale. L'étouffer, ça veut dire qu'il n'y aura pas de référendum. (L'organiser) en 2017, ça ne le tue pas, mais comme on ne peut pas arrêter le temps, je répondrai à la question dans quelques semaines."

L'opposition a-t-elle fait fausse route en refusant de s'unir dès le début autour du référendum ?

"Les agendas individuels nous ont fait beaucoup de tort mais le référendum s'est fait au moment où il devait se faire. Il y a eu un débat initial qui n'était pas nécessaire, mais le référendum a été lancé au bon moment, contrairement à ce que dit le gouvernement."

Les options de l'opposition ne sont-elles pas en train de se fermer ?

"Nous avons le plus important, le soutien du peuple."

Voyez-vous la présidentielle de 2018 comme une option ? Comptez-vous vous représenter ?

"Le seul qui regarde vers 2018, c'est Maduro. Les Vénézuéliens dans la rue veulent un changement maintenant, car ils savent que le pays se détériore à grande vitesse et que 2018 est encore loin. On ne peut pas parler de 2018 sans un dénouement intermédiaire.

Pour moi, le sujet de la présidentielle est loin d'être un obsession. Je veux voir mon pays changer, mais pour arriver là, il y a du chemin a parcourir avant."

Comment voyez-vous le futur du chavisme ?

"Le chavisme, c'était Hugo Chavez. Le chavisme a tenu politiquement debout en s'appuyant sur les institutions et une bureaucratie qu'il contrôle et qu'il intimide."

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