Venezuela: la tension monte, le gouvernement interdit les manifestations

27/07/17 à 21:44 - Mise à jour à 21:44

Source: Afp

La tension est montée d'un cran jeudi au Venezuela, où le gouvernement a interdit les manifestations contre l'élection dimanche de l'Assemblée constituante voulue par le président socialiste Nicolas Maduro, alors que le pays est déjà paralysé par une grève générale.

Venezuela: la tension monte, le gouvernement interdit les manifestations

© AFP

"Sont interdits les réunions et manifestations publiques, les rassemblements et tous les événements de même nature susceptibles de perturber ou d'affecter le déroulement normal du processus électoral", a déclaré le ministre de l'Intérieur, le général Nestor Reverol, à la veille d'une manifestation de l'opposition prévue à Caracas. Les contrevenants risquent de cinq à dix ans de prison.

Jeudi matin, certaines zones de Caracas étaient quasiment désertes, jonchées de barricades et de décombres, au lendemain de la première journée de grève générale de 48 heures à l'appel de l'opposition.

Manifestants et forces de l'ordre se sont affrontés jusque tard dans la nuit dans la capitale et ailleurs au Venezuela à coups de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, d'un côté, et de cocktails Molotov et projectiles en tous genres, de l'autre.

Un jeune homme de 23 ans, Enderson Caldera, a été mortellement blessé durant une manifestation dans l'Etat de Mérida (ouest), a annoncé le parquet jeudi. Il s'agit du troisième mort recensé au cours de cette première journée de grève.

Les antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, dont Nicolas Maduro est l'héritier) tentent à tout prix d'empêcher la désignation dimanche des 545 membres d'une Assemblée constituante voulue par le président pour réécrire la Constitution à son avantage, selon l'opposition.

Ce décès porte à 106 le nombre de morts depuis le début de la vague de manifestations contre M. Maduro, début avril. Parmi la centaine d'interpellés au cours de ces protestations, plusieurs d'entre eux ont affirmé à l'AFP avoir subi des sévices.

Tortures

Arrêté le 4 juillet par la Garde nationale, un corps militarisé, dans les rues de la capitale, Luis -nom d'emprunt- a reçu des coups de marteau et a été pincé à l'abdomen et aux bras avec des tenailles par un membre des forces de l'ordre.

"Il torturait dans le dos de certains (collègues); d'autres étaient complices", assure cet employé de bureau fluet de 30 ans.

L'appel à la grève a été suivi à 92% dans le pays au cours des premières 24 heures, s'est félicité la coalition de l'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD), à l'origine du mouvement. Côté gouvernement, on assure que la grève est un échec.

Les principales centrales syndicales ont apporté leur soutien à la mobilisation.

Signe de la paralysie d'une partie du pays, des magasins fermés étaient visibles à Caracas où les longues voies rapides paraissaient presque vides.

M. Maduro fait face depuis plus de quatre mois à des manifestations quasi-quotidiennes pour réclamer son départ.

Mais le chef de l'Etat, dont le mandat s'achève en janvier 2019, a réaffirmé sa détermination de mener à bien son projet. "Nous restons fermes et jamais nous ne nous agenouillerons!", a-t-il lancé mercredi soir.

Ses partisans étaient rassemblés jeudi à Caracas pour clore la campagne en faveur de la Constituante.

"C'est l'atout majeur, le va-tout d'un gouvernement qui pour se maintenir au pouvoir doit suspendre la démocratie", juge l'analyste Colette Capriles.

L'opposition boycottera l'élection de dimanche.

70% de rejet

Il s'agit des derniers rebondissements de la violente crise politico-économique qui secoue le Venezuela depuis la victoire de l'opposition aux législatives, fin 2015.

Les antichavistes voient dans ce projet de réécrire la Constitution un moyen pour M. Maduro de se cramponner au pouvoir, de contourner le Parlement élu, où l'opposition est majoritaire, et d'éviter l'élection présidentielle de la fin 2018.

Le gouvernement assure que la future Assemblée sera un "super pouvoir" qui aura la capacité de dissoudre le Parlement, qu'elle apportera la paix et permettra au pays de se redresser économiquement.

Quelque 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% rejettent la gestion de Nicolas Maduro, selon l'institut de sondage Datanalisis.

Sur le front diplomatique, les Etats-Unis ont annoncé mercredi des sanctions contre 13 hauts responsables gouvernementaux vénézuéliens actuels et anciens, gelant leurs comptes bancaires et avoirs aux Etats-Unis. Nicolas Maduro a rejeté cette "insolente" sanction.

Par ailleurs jeudi, la compagnie aérienne colombienne Avianca a suspendu immédiatement ses vols entre la Colombie et le Venezuela, avançant ainsi une mesure prévue à l'origine pour le 16 août.

Air Canada et Aéromexico dès 2014, Alitalia en 2015, GOL, Latam et Lufthansa en 2016, suivies de United Airlines en 2017: le départ d'Avianca s'ajoute à une longue liste de compagnies aériennes ayant quitté le pays sud-américain, toujours plus isolé.

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