Vatileaks: le majordome du pape condamné à un an et demi de prison

06/10/12 à 12:15 - Mise à jour à 12:15

Source: Le Vif

Le majordome du pape, poursuivi pour le "vol aggravé" de centaines de documents confidentiels, a été condamné samedi à un an et demi de prison par le Tribunal du Vatican, à l'issue d'un procès éclair sur les fuites de "Vatileaks", et pourrait être gracié par le pape.

Vatileaks: le majordome du pape condamné à un an et demi de prison

© AFP

Une semaine seulement après l'ouverture du procès sur ce scandale qui a mis au jour intrigue et tensions dans les plus hautes sphères du Vatican, le Tribunal a condamné Paolo Gabriele à trois ans de prison, mais a immédiatement réduit la peine de moitié, en raison de circonstances atténuantes.

Moins d'une heure après l'énoncé du verdict, le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a jugé devant la presse la possibilité d'une grâce de la part de Benoît XVI "très concrète et très vraisemblable".

Gabriele, 46 ans, reste aux arrêts domiciliaires, dans l'attente d'un éventuel appel de la défense.

Le président du Tribunal, Giuseppe Dalla Tore, a expliqué que la peine était réduite "en raison de ses états de service" aux côtés du pape, de son casier judiciaire vierge, "de sa conviction - que le juge estime erronée - de servir l'Eglise", "de sa conduite lors du procès", et "de sa conscience d'avoir trahi le pape".

"C'est un bon verdict, équilibré", a commenté devant la presse son avocate, Cristiana Arru. "Nous allons lire les motivations et évaluer" l'opportunité de faire appel, a-t-elle ajouté.

Auparavant, l'ex-employé modèle avait affirmé avoir agi "par amour de l'Eglise".

"La chose que je ressens avec le plus de force en moi, c'est la conviction d'avoir agi par amour exclusif, je dirais même viscéral, pour l'Eglise du Christ et pour son chef sur la terre. Si je dois le répéter, je ne me sens pas voleur", a-il dit dans une courte déclaration.

Le promoteur de justice (procureur) avait requis trois ans de prison ainsi qu'une "interdiction définitive mais limitée" d'exercer des responsabilités dans des administrations publiques. Cette interdiction ne se retrouve pas dans le verdict.

Il avait aussi affirmé que l'enquête n'avait pas apporté de "preuve d'une complicité" - opérationnelle ou morale - d'autres personnes avec Gabriele.

"Personne au Vatican ne savait qu'il y avait une telle archive" dans l'appartement de Gabriele, "c'est une archive qui mériterait d'être conservée dans une bibliothèque en raison de la variété des centres d'intérêt" que les documents touchaient, a-t-il observé.

"Verdict politique"
Pour sa part, l'avocate a reconnu que son client avait "commis un acte certes condamnable et illicite mais qu'il avait la volonté d'aider et non de nuire à l'Eglise".

"Il a été poussé par sa foi profonde, par le mal qu'il voyait" au Vatican, a-t-elle dit, reprenant l'argumentation de Gabriele lui-même lors de ses interrogatoires avant d'ajouter: "Gabriele avait une motivation morale qui je l'espère sera reconnue et même récompensée".

L'ex-employé modèle qui servait le pape depuis 2006 avait dissimulé dans son appartement plus d'un millier de lettres, fax et textes divers, certains paraphés de la main même de Benoît XVI, et en avait transmis une partie à la presse.

La quatrième et ultime séance se tenait en présence d'un groupe restreint de dix journalistes dans la petite salle du tribunal du Vatican.

Ce procès est un pas sans précédent dans la transparence du Saint-Siège mais certaines voix critiques y voient un camouflage destiné à contenir un scandale plus large.

La conduite du procès par le président Dalla Torre a été critiquée. S'en tenant strictement au chef d'accusation contre le majordome, "vol aggravé", il a empêché que tout autre aspect de l'affaire "Vatileaks" soit mentionné.

Il a ainsi interrompu l'accusé chaque fois qu'il tentait d'expliquer ses motivations et son désir d'aider le pape qu'il jugeait "manipulé".

Le journaliste italien Gianluigi Nuzzi, qui avait reçu de Gabriele des dizaines de documents confidentiels avant de les divulguer dans un livre, a été à peine mentionné.

Durant l'instruction, Paolo Gabriele avait déclaré qu'il voulait combattre "le mal et la corruption" au Vatican.

L'homme qui disait aimer le pape comme un fils était-il conditionné par des critiques entendues dans l'entourage du pape? Manipulé? Avait-il des complices? Il l'a démenti, mais Nuzzi dans son livre choc "Sua Santita" affirme avoir été en contact avec une vingtaine de "gorges profondes".

Quel est ce "vaste mécontentement" évoqué par l'accusé? Après le verdict, l'affaire "Vatileaks" pourrait être mise sous le boisseau.

Selon le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, le procureur a approfondi dans son réquisitoire "la question d'éventuelles complicités, mais aucune preuve de cela n'a été apportée". Il a évoqué le fait que Gabriele "ait pu être conditionné par les circonstances ambiantes".

Contrairement à des hypothèses ayant présenté "Paoletto" comme un personnage secondaire, le majordome, au tempérament fragile et influençable, apparaît toutefois comme une figure centrale de l'affaire.

Interrogé par l'AFP, le vaticaniste Marco Politi du Fatto Quotidiano (gauche) a critiqué "un procès politique avec un verdict politique".

"Le juge n'a pas voulu rechercher davantage sur les contacts, sur le background de l'accusé. Etant donné la volonté du Vatican de faire taire Vatileaks, c'est un verdict léger", a-t-il estimé.

LeVif.be, avec Belga

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