Vaste coup de filet contre des gradés et des juges dans "l'après-coup d'Etat" en Turquie

17/07/16 à 11:40 - Mise à jour à 19:57

Source: Belga

Des centaines de généraux, juges et procureurs ont été arrêtés à travers toute la Turquie pour leur soutien présumé à la tentative de renversement du régime, dans ce qui s'apparente à une vaste purge après le coup d'Etat avorté.

Vaste coup de filet contre des gradés et des juges dans "l'après-coup d'Etat" en Turquie

© REUTERS

Devant une foule dense à Istanbul, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a participé aux obsèques d'un "martyr" du putsch dans la mosquée Fatih, promettant d'éliminer "le virus" des institutions.

"Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques", a-t-il lancé, "hélas ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'Etat".

"Le grand ménage continue", avait déclaré auparavant le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, cité par l'agence Anadolu, à propos des coups de filet en cours. "Il y a environ 6.000 personnes en garde à vue".

Le gouvernement avait annoncé samedi l'arrestation de près de 3.000 soldats pour leur rôle présumé dans la tentative de renversement du président Erdogan lancée tard vendredi. Celle-ci a avorté samedi matin après une nuit dramatique de violences ayant fait au moins 265 morts à Ankara et Istanbul.

Cette purge, lancée immédiatement après l'échec du putsch, a suscité de vives inquiétudes et de fermes mises en garde de l'étranger.

Le président américain Barack Obama a rappelé à la Turquie "le besoin vital" que toutes les parties concernées "agissent dans le cadre de l'Etat de droit".

Le coup n'est pas un 'chèque en blanc' pour des purges

Le coup d'Etat raté en Turquie n'est pas un "chèque en blanc" au président Erdogan pour faire des "purges", a estimé de son côté le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault.

Des préoccupations que ne semblait par partager Vladimir Poutine qui "a souhaité un retour rapide à l'ordre constitutionnel et à la stabilité" en Turquie, selon un communiqué du Kremlin, demandant à Ankara d'assurer la sécurité de ses touristes qui commencent à y retourner après la récente normalisation des relations bilatérales.

Le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik, a appelé dimanche les Turcs - mobilisés en masse avec succès par le régime pour cette "victoire de la démocratie" - à rester dans les rues.

"Les messages disant +Vous pouvez rentrer chez vous+ envoyés sur vos téléphones sont le fait de soutiens de la junte. Nous sommes dans les rues. La veille pour la démocratie continue", a-t-il dit sur Twitter.

La presse a salué unanimement l'échec du coup d'Etat, célébré la veille par des milliers de Turcs en liesse, notamment à Istanbul, Ankara et Izmir, dans des forêts de drapeaux rouges turcs et avec des concerts d'avertisseurs.

Le quotidien progouvernemental Sabah vantait "l'épopée démocratique" et le journal Habertürk exultait: "Une seule voix contre le coup d'Etat".

Il a rappelé que les quatre partis représentés au parlement avaient signé samedi une déclaration commune et chanté l'hymne national, un élan consensuel exceptionnel en Turquie. Le monde des affaires et les syndicats se sont joints à la condamnation du coup.

Mais le quotidien d'opposition Cumhuriyet s'inquiétait des brutalités commises dans la nuit de vendredi à samedi. "La Turquie a pris un coup", titrait le journal d'opposition, affichant en une la photo d'un homme frappant à coups de ceinture des soldats qui s'étaient rendus sur le pont du Bosphore, alors que des cas de lynchage, dont au moins un mortel, ont été rapportés.

Les rebelles "paieraient le prix fort"

Après avoir averti les rebelles qu'ils "paieraient le prix fort", le gouvernement a joint le geste à la parole en lançant de vastes coups de filet dans toute la Turquie où 3.000 soldats, des dizaines de généraux, de juges et de procureurs ont été arrêtés, selon les médias.

Cette purge qui a commencé immédiatement après l'échec du putsch a suscité des inquiétudes à l'étranger. Le président américain Barack Obama a rappelé à la Turquie "le besoin vital" que toutes les parties concernées "agissent dans le cadre de l'état de droit".

D'après la télévision NTV, 34 généraux de différents grades ont été arrêtés jusqu'à présent. Il s'agit notamment de figures emblématiques de l'armée comme Erdal Ozturk, commandant de la troisième armée, et Adem Huduti, commandant de la deuxième armée.

Tôt dimanche, dans la ville de Denizli (ouest), le commandant de la garnison Ozhan Ozbakir a été arrêté avec 51 soldats, a annoncé l'agence Anadolu.

Par ailleurs, un gradé de haut rang de l'armée de l'air, le général Bekir Ercan Van, et une douzaine d'officiers ont été arrêtés sur la base d'Incirlik (sud), utilisée par la coalition internationale pour ses raids contre les jihadistes en Syrie, a annoncé dimanche le quotidien Hürriyet.

Un responsable turc a indiqué à l'AFP qu'Ankara soupçonnait que la base d'Incirlik, qui restait fermée dimanche, avait été utilisée pour le ravitaillement des avions de chasse utilisés par les putschistes vendredi soir.

Le département d'Etat américain a mis en garde samedi ses concitoyens contre tout déplacement en Turquie et les vols commerciaux ont été suspendus.

La purge pas limitée à l'armée

La purge ne se limite pas à l'armée, poursuit l'agence Anadolu, qui rapporte que des mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de 2.745 juges et procureurs dans toute la Turquie. Plus de 500 ont déjà été arrêtés, a affirmé la télévision NTV.

Le nombre total des arrestations était difficile à estimer, mais l'agence Dogan a indiqué que 44 juges et procureurs avaient été arrêtés dans la nuit dans la ville de Konya (centre) et 92 dans celle de Gaziantep (sud-est).

L'enquête sur le coup d'Etat raté a été confiée à des procureurs d'Ankara et les personnes arrêtées sont soupçonnées de liens avec le prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen. Accusé par le président Erdogan d'avoir fomenté cette tentative de putsch, l'imam a fermement démenti.

Le président Erdogan a demandé l'extradition de sa bête noire à Washington. Le ministre du Travail, Suleyman Soylu, est allé plus loin.

"Derrière ce coup, il y a les Etats-Unis. Quelques magazines publiés là-bas mènent des actions depuis quelques mois. Les Etats-Unis ont l'obligation de nous livrer Fethullah Gülen", a-t-il dit.

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