USA: 12 agents russes inculpés pour le piratage du parti démocrate en 2016

13/07/18 à 18:26 - Mise à jour à 20:38

Source: Afp

Le procureur spécial chargé de l'enquête sur une ingérence du Kremlin dans la présidentielle américaine de 2016 a inculpé vendredi douze agents du renseignement russe pour avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate pendant la campagne, à trois jours d'un sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine.

USA: 12 agents russes inculpés pour le piratage du parti démocrate en 2016

Robert Mueller. © Reuters

Treize ressortissants et trois sociétés russes ont déjà été inculpés en février par le procureur Robert Mueller, accusés d'avoir mené une "guerre de l'information" sur les réseaux sociaux pour déstabiliser le système politique américain pendant la campagne.

Le Kremlin a rejeté toutes ces accusations.

Les inculpés, tous membres des services de renseignement de l'armée russe (GRU), sont accusés d'avoir "comploté de manière intentionnelle (...) pour obtenir un accès non-autorisé aux ordinateurs de personnes ou entités américaines impliquées dans l'élection présidentielle américaine, voler des documents depuis ces ordinateurs et organiser la publication de ces documents pour s'ingérer dans l'élection", selon l'acte de mise en accusation.

Aucun des inculpés ne semble bénéficier d'une importante notoriété en Russie.

Des unités du GRU auraient piraté à partir de mars 2016 des ordinateurs des membres de l'équipe de campagne de Mme Clinton et ceux de comités du Parti démocrate liés aux élections, où ils auraient implanté des virus et des programmes malveillants. Le piratage aurait duré jusqu'au scrutin présidentiel en novembre.

Les agents auraient alors utilisé un faux site internet, DCLeaks, et un faux pirate informatique dénommé Guccifer 2.0, pour diffuser les documents volés sur internet. Ils auraient également transféré des documents "à une autre organisation qui n'est pas nommée" mais qui est vraisemblablement WikiLeaks.

L'annonce intervient trois jours avant une rencontre entre Donald Trump et son homologue russe, Vladimir Poutine, à Helsinki, où les deux responsables devraient évoquer le sujet.

"Je vais absolument et fermement poser la question" de l'ingérence russe, a affirmé vendredi le président américain, qui dément toute collusion avec la Russie pour gagner l'élection et qualifie de "chasse aux sorcières" l'enquête du procureur spécial.

"Des décisions très importantes"

Le N.2 du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, a pour sa part démenti tout lien entre les inculpations et le tête-à-tête d'Helsinki.

La date de cette annonce "est celle des faits, des preuves et de la loi qui détermine ce qui est suffisant pour présenter une inculpation à cet instant", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse, soulignant que M. Trump avait été informé de ces inculpations.

"Il était important que le président sache quelles informations nous avions découvertes car il doit prendre des décisions très importantes pour le pays", a expliqué M. Rosenstein.

Une porte-parole de la Maison Blanche s'est félicitée que ces mises en accusation écartent selon elle l'hypothèse d'une coopération.

Lindsay Walters a souligné "l'absence d'allégation sur une implication intentionnelle de quiconque au sein de la campagne (Trump) et l'absence d'allégation sur le fait que ce piratage a affecté le résultat de l'élection, ce qui correspond à ce que nous avons toujours dit".

Quatre conseillers de la campagne de Donald Trump ont été poursuivis pour leurs liens avec des responsables russes, mais aucune preuve d'une collusion pour influencer la présidentielle n'a été établie.

En juin 2017, la candidate démocrate Hillary Clinton avait accusé l'équipe de M. Trump et la Russie de s'être coordonné pour faire dérailler sa campagne et favoriser la victoire de son adversaire républicain.

Elle avait pris l'exemple des messages piratés du président de son équipe de campagne, John Podesta, qui avaient été diffusés par WikiLeaks en octobre, dans l'heure ayant suivi la divulgation dans la presse d'une vidéo de Donald Trump tenant des propos obscènes sur les femmes.

En juillet 2016, trois jours avant l'ouverture de la convention démocrate, WikiLeaks avait aussi publié près de 20.000 messages piratés des comptes de sept responsables du parti démocrate. Ces courriels montraient notamment la méfiance et le mépris de responsables du parti pour Bernie Sanders, l'ex-rival de Mme Clinton pour la primaire démocrate.

Enjeux, personnages et étapes clés de l'enquête russe

"L'enquête russe", ces investigations tentaculaires dépassant les frontières des Etats-Unis et portant sur des faits étalés sur plusieurs années, a connu un nouveau rebondissement vendredi avec l'inculpation de 12 agents russes pour le piratage du parti démocrate en 2016. Retour sur les éléments clés de cette tempête judiciaire et politique qui empoisonne le mandat du président Donald Trump.

Contexte

Visée par des sanctions américaines après son annexion de la Crimée en 2014 et isolée sur la scène internationale, la Russie veut saper la puissance des Etats-Unis en exploitant ses vulnérabilités.

Moscou organise donc, selon les renseignements américains, une vaste campagne pour influencer le résultat de l'élection présidentielle de 2016, en favorisant Donald Trump au détriment de Hillary Clinton.

A l'été 2016, la police fédérale américaine, le FBI, ouvre une enquête visant à mettre au jour une éventuelle ingérence russe dans l'élection puis une éventuelle collusion entre la Russie et la campagne Trump.

Elu président, M. Trump nie toute entente entre son équipe de campagne et les Russes. Le 9 mai 2017, il limoge avec fracas le chef du FBI, James Comey, qu'il accuse d'être partial à son encontre.

Huit jours plus tard, face aux réactions outrées, le procureur spécial Robert Mueller est nommé par le ministère américain de la Justice. L'enquête prend alors une portée historique.

Enjeux

M. Mueller s'emploie à trancher trois questions clés:

1) Y a-t-il eu entente entre le camp Trump et les Russes pour dénigrer Mme Clinton ?

2) Donald Trump a-t-il tenté d'entraver les investigations du FBI sur l'ingérence russe ?

3) Des collaborateurs du candidat ont-ils violé les lois anticorruption et sur le lobbying, en travaillant pour l'ancien président pro-russe de l'Ukraine ?

Où en est l'enquête ?

En près de quatorze mois passés à enquêter, le travail de l'équipe du procureur Robert Mueller a mené à l'inculpation de trente deux personnes, dont beaucoup de Russes ou de personnes liées à Moscou.

La dernière salve d'inculpations, annoncée vendredi, concerne 12 agents des services de renseignement russe accusés d'avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate avant l'élection présidentielle de 2016.

Précedemment, treize Russes avaient été accusés de manoeuvres visant à altérer l'élection via la gestion de comptes et la diffusion de messages politiques sur les réseaux sociaux.

Dans ce dossier, le ministère de la Justice avait aussi annoncé l'inculpation de quatre collaborateurs de Donald Trump et de trois sociétés.

Alors que l'enquête russe est entrée dans sa deuxième année, aucune preuve d'une collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Trump n'a été pour l'heure apportée.

Le tournant de l'enquête pourrait être l'éventuelle audition de M. Trump, dont les conditions sont âprement négociées par la Maison Blanche.

Les personnages centraux

1) Robert Mueller, 73 ans

Cet ex-chef du FBI poursuit ses investigations de façon méthodique et discrète. Sommé de les clore par le président, il n'a pas indiqué ses intentions. Toute tentative de le démettre de ses fonctions créerait un séisme politico-judiciaire.

2) Rod Rosenstein, 53 ans

Le ministre Jeff Sessions s'étant récusé dans cette enquête, le numéro deux du ministère de la Justice est le supérieur hiérarchique de M. Mueller et théoriquement le seul à pouvoir le renvoyer. Il est directement dans le collimateur du président.

3) Paul Manafort, 69 ans

L'ancien directeur de campagne de Donald Trump est inculpé de fraude fiscale et bancaire et de fausses déclarations. Mi-juin, il a été écroué, jusqu'au début de son procès.

4) Michael Flynn, 59 ans

L'ex-éphémère conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump a plaidé coupable de faux témoignage au FBI. Il coopère avec les enquêteurs.

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