Une trêve pleine d'inconnues doit commencer en Syrie

12/09/16 à 14:54 - Mise à jour à 14:52

Source: Belga

Une trêve établie par Washington et Moscou doit faire cesser lundi soir les combats sur une partie de la Syrie, mais à quelques heures de son entrée en vigueur, l'opposition n'avait pas encore donné son accord.

Une trêve pleine d'inconnues doit commencer en Syrie

© Reuters

Le président syrien Bachar al-Assad a aussi douché les espoirs d'un arrêt rapide des combats en déclarant lundi vouloir "reprendre" tout le territoire qui échappe au contrôle du régime.

L'annonce vendredi de ce cessez-le-feu, après des semaines de discussions entre les parrains de l'opposition et du régime, est censée une nouvelle fois arrêter l'effusion de sang qui dure depuis cinq ans.

Concomitamment au silence des armes, la trêve doit permettre la livraison d'une aide cruciale à des centaines de milliers de civils, dont beaucoup ont été victimes de bombardements ce week-end.

L'accord stipule qu'il y aura d'abord un cessez-le-feu de 48 heures commençant lundi à 19H00 (16H00 GMT) dans les régions qui ne sont pas aux mains des jihadistes comme le groupe Etat Islamique (EI).

Il préconise un accès humanitaire sans entrave aux zones assiégées, comme Alep, principal front du conflit. Il prévoit une "démilitarisation" de la route du Castello au nord d'Alep, l'unique axe de ravitaillement pour les rebelles avant sa prise en juillet par le régime, pour acheminer l'aide.

Si le cessez-le-feu tient durant une semaine, Moscou et Washington commenceront de manière inédite des attaques conjointes contre les jihadistes de l'EI de du Front Fateh al-Cham, ex-Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda.

Après des tentatives infructueuses, notamment en février, il reste beaucoup d'incertitudes sur la possibilité de mettre fin à une guerre qui a fait plus de 290.000 morts et jeté hors de chez eux des millions de Syriens.

Ainsi, l'opposition a affiché son scepticisme sur la volonté du président Bachar al-Assad de se plier à l'accord et a réclamé lundi des garanties avant d'avaliser l'accord.

- 'Garanties' -

"Nous espérons qu'il y aura des garanties et nous les demandons spécialement des États-Unis, qui sont partie prenante de l'accord" de trêve, a affirmé à l'AFP Salem al-Moslet, le porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) de l'opposition syrienne.

"Quelle est la définition choisie pour le 'terrorisme' et quelle sera la réponse en cas de violations?" s'est-il interrogé.

Le régime qualifie de "terroriste" tous les groupes ayant pris les armes contre lui qu'il s'agisse de modérés, d'islamistes ou de jihadistes.

Autre question, comment sera appliqué le cessez-le-feu dans les régions où Fateh al-Cham est présent? Ce groupe combat en effet le régime aux côtés de forces rebelles, modérées ou islamistes comme le puissant Ahrar al-Cham.

Le chef en second de cette organisation, Ali al-Omar, a estimé que l'accord "ne servira qu'à renforcer le régime et à assiéger militairement la révolution". "Le peuple ne peut pas accepter des demi-solutions", a-t-il dit dans un discours diffusé sur YouTube.

Cependant le porte-parole d'Ahrar al-Cham, Ahmad Qara, a précisé ensuite à l'AFP qu'il s'agissait surtout de souligner "les désavantages de l'accord". "Le mouvement n'a pas pris sa décision et nous l'annoncerons dans un communiqué après consultations avec les autres fractions", a-t-il dit.

Ahrar al-Cham est le plus puissant groupe salafiste surtout présent dans les provinces septentrionales d'Alep et d'Idleb. Il combat aux côtés de Fateh al-Cham au sein de l'Armée de la Conquête.

- 'Toute la Syrie' -

A quelques heures de l'entrée en vigueur de la trêve, le président Assad a affirmé ne pas vouloir céder d'un pouce.

"L'Etat syrien est déterminé à reprendre aux terroristes toutes les régions et à rétablir la sécurité", a-t-il dit lors d'une visite dans l'ex-fief rebelle de Daraya près de Damas.

"Les forces armées vont poursuivre leur travail sans hésitation (...) et indépendamment des facteurs extérieurs et intérieurs", a-t-il poursuivi.

Le gouvernement de Damas a approuvé l'accord de trêve russo-américain, selon l'agence officielle Sana, citant ce qui est très rare des "sources informées".

A Alep, lundi, le correspondant de l'AFP a affirmé que le régime avait mené des raids et largué des barils explosifs sur les quartiers rebelles de cette ville divisée depuis juillet 2012 entre quartiers rebelles et gouvernementaux.

En dépit de la fête musulmane de l'Aid al-Adha, les rues étaient vides. Peu d'habitants sont en mesure de la célébrer en raison de la pénurie causée par un siège hermétique imposé par le régime.

"Nous espérons que le cessez-le-feu sera respecté afin que nous puissions un peu souffler mais les civils n'ont plus d'espoir" a affirmé à l'AFP l'un d'eux, Abou Abdullah.

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