Une primaire finit-elle forcément dans le sang ?

14/10/11 à 18:53 - Mise à jour à 18:53

Source: Le Vif

En cette fin de campagne des primaires citoyennes françaises, le ton s'est durci entre Martine Aubry et François Hollande. Est-ce inévitable? LeVif.be s'est penché sur les cas américain et italien.

Une primaire finit-elle forcément dans le sang ?

© EPA

"Soutiendrez-vous le vainqueur?" . La question devrait contenir sa réponse. Elle se répète pourtant de plus en plus au fil des jours. Et des attaques. En retard dans les sondages, Martine Aubry a dû passer à l'offensive pour revenir sur François Hollande, au point que l'on doute aujourd'hui que l'un(e) puisse porter la campagne de l'autre à l'issue de la primaire.

Pourtant, au soir du premier tour, le bilan était plutôt positif. Les trois débats télévisés s'étaient déroulés dans une certaine sérénité et les perdants avaient salué les vainqueurs sans rechigner, sans contester. Le ton a commencé à monter quelques heures après la publication des premiers résultats, d'abord entre les gardes rapprochées du duo gagnant, puis dès mercredi entre les deux candidats eux-mêmes.

Logique, serait-on tenté de dire. Le candidat désigné par le PS aura une solide chance d'être élu à la magistrature suprême, compte tenu de la position délicate du futur candidat de la droite. Forcément, la motivation des "impétrants" s'en est trouvée renforcée.

Pour autant, ce type de scrutin interne aux partis se termine-t-il nécessairement en bagarre générale? Le PS s'est longtemps appuyé sur l'exemple italien pour répondre "non". En 2005, Romano Prodi était désigné candidat d'une large coalition de gauche, avec 75% des 4,3 millions de suffrages exprimés. Un triomphe, dont l'ampleur avait suffi à éteindre tout début de rancoeur.

Depuis, les primaires se sont multipliées au sein de la gauche transalpine. A l'échelle du pays, elles ont toujours pris la forme de scrutins de confirmation. Localement, c'est une autre histoire. "Au niveau local, les primaires sont plus violentes. Ce fut le cas à Milan et surtout à Naples, où les candidats se sont traités mutuellement de mafieux", rappelle ainsi le journaliste Alberto Toscano au LeVif.be.

Aux Etats-Unis, on aime s'engueuler
Rien à voir pourtant avec les primaires américaines. Au pays de la publicité comparative et de la politique spectacle, à droite comme à gauche, on n'hésite pas à se mettre des coups entre camarades. Le mois dernier, le républicain Ron Paul s'en prenait ainsi à Rick Perry, rappelant que ce dernier était un démocrate convaincu jusqu'au début des années 1990.

Les Etats-Unis ont toujours connu ces violents face-à-face. En 2004, John Edwards attaquait aussi bien George W. Bush que Howard Dean, s'en prenant à "la politique du cynisme". Le même Dean était qualifié d'extrémiste par ses rivaux démocrates.

En 1964, déjà, l'équipe de campagne de Lyndon Johnson avait distribué un livre de coloriage pour enfants représentant son rival, Barry Goldwater, revêtu de la robe du Ku Klux Klan.

Il ne faut pas remonter aussi loin pour trouver l'exemple le plus frappant de ces rivalités sur fond de primaire. En 2008, Hillary Clinton et Barack Obama s'étaient violemment opposés. En février, la sénatrice de New York s'était ainsi emportée contre des tracts diffusés par son adversaire: "Honte à vous! Assez de discours et de grands rassemblements accompagnés de tactiques qui sortent tout droit du manuel de Karl Rove (le stratège de George W. Bush, ndlr)", avait-elle lancé.

Quelques semaines plus tard, les deux candidats s'étaient retrouvés sur le plateau de CNN pour s'écharper devant des millions de téléspectateurs. Mais s'étaient finalement réconciliés après la présidentielle. Elu, Barack Obama avait nommé Hillary Clinton secrétaire d'Etat.

Un heureux présage pour Martine Aubry et François Hollande? Pas sûr. Mercredi, lorsque David Pujadas leur a posé la question : "Pourriez-vous choisir l'autre comme Premier ministre?" "Tous les deux s'en sont sortis par une pirouette. Aubry: "J'aurai un Premier ministre plus jeune que moi." Hollande: "Je suis plus jeune, mais je suis candidat à la présidentielle." Rien d'autre.

Matthieu Deprieck

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