Une femme obligée d'accoucher à 25 semaines après s'être vu refuser un avortement

19/08/14 à 14:36 - Mise à jour à 14:36

Source: Le Vif

L'Irlande est à nouveau secouée par une affaire d'avortement. Une femme de 18 ans qui aurait été violée alors qu'elle était encore mineure a subi un accouchement forcé par césarienne d'un foetus de 25 semaines. Et ce alors qu'on lui avait refusé le droit d'avorter.

Une femme obligée d'accoucher à 25 semaines après s'être vu refuser un avortement

© Reuters

On lui aurait refusé un avortement malgré ses demandes répétées dès les 8 premières semaines de grossesse et le fait qu'elle ait été déclarée suicidaire. Elle avait entamé une grève de la faim en guise de protestation contre ce refus. Devant tant de pugnacité, les autorités sanitaires locales ont alors obtenu une ordonnance d'un tribunal irlandais pour qu'elle puisse accoucher prématurément afin d'assurer sa santé.

Si le bébé se porte bien et a été confié aux services de l'État, et au-delà du drame personnel que représente une telle situation, une question demeure. Est-il bien éthique de faire naître de force un foetus de 25 semaines? Les bébés prématurés qui naissent avant 26 semaines courent un risque élevé d'avoir des incapacités mentales et physiques telles qu'une paralysie du cerveau ou encore d'être sourd ou aveugle.

Le fait qu'on refuse à cette femme l'avortement est bien la preuve que les choses n'ont pas tellement changé dans la très catholique Irlande, et ce, malgré la nouvelle loi sur l'avortement édictée au début de cette année. Celle-ci fut instaurée après la mort de Savita Halappanavar, une Irlandaise d'origine indienne âgée de 31 ans. Celle-ci décède en 2012 d'une infection après qu'on lui a, à plusieurs reprises, refusé un avortement qui lui aurait plus que probablement sauvé la vie.

Depuis le 1 janvier 2014, le 'Protection of Life During Pregnancy Act' autorise donc l'avortement si la vie de la mère est en danger et/ou si elle montre des tendances suicidaires qui pourraient avoir comme conséquence la perte du bébé. Soit des conditions qu'on retrouve dans cette affaire. Sauf que pour que cela soit attesté de façon légale et donc obtenir l'autorisation d'avorter il faut l'aval d'au moins sept experts médicaux. Ce que la commission des droits de l'Homme a qualifié de "torture mentale supplémentaire". Par ailleurs les médecins irlandais ont toujours une attitude très conservatrice lorsqu'il s'agit d'avortement. À titre d'exemple, plus de 100 psychiatres viennent de signer une charte qui stipule qu'ils sont contre toutes formes d'avortement.

À lumière de cette nouvelle affaire on constate que la nouvelle loi n'a pas vraiment changé la donne pour les Irlandaises qui ont toujours autant de mal à avoir accès à l'avortement. Si la loi est un signe d'ouverture, elle reste pourtant très restrictive puisqu'elle interdit toujours l'avortement en cas de viol, d'inceste, d'anomalie médicale ou si elle ne présente qu'"un simple risque" pour la femme. C'est pourquoi elles sont encore nombreuses à se rendre en Angleterre pour se faire avorter. La femme au coeur de cette affaire n'a, elle, pas pu s'y rendre, car n'étant pas une citoyenne irlandaise, elle ne pouvait pas facilement quitter le territoire. Pour de nombreuses associations, cette affaire qualifiée de barbare est la triste illustration de la misère qui touche les femmes immigrées qui ne peuvent ou savent se déplacer.

Selon le ministère britannique de la Santé, rien que l'année dernière, 3.679 femmes domiciliées en Irlande et 802 en Irlande du Nord se sont fait avorter en Angleterre. Ces chiffres ne donnent pourtant qu'une vague indication puisque beaucoup d'Irlandaises indiquent une adresse anglaise.

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