Un virus mutant pour combattre la grippe H7N9

08/08/13 à 08:39 - Mise à jour à 08:39

Source: Le Vif

Pour endiguer la propagation de la grippe H7N9, des scientifiques envisagent de créer un virus mutant à l'image de l'agent pathogène incriminé. Un premier cas possible de transmission interhumaine a été signalé en Chine.

Un virus mutant pour combattre la grippe H7N9

© Reuters

Combattre le mal en l'étudiant à la racine. Un groupe international de chercheurs a proposé mercredi de créer en laboratoire un virus mutant de la grippe aviaire (H7N9) capable de se transmettre entre mammifères ou de résister aux anti-viraux pour mieux combattre cet agent pathogène dangereux et éviter une possible pandémie dévastatrice.

Ce virus particulièrement virulent est apparu en Chine au début du printemps et a infecté plus de 130 personnes dans ce pays dont 43 sont mortes. Mardi une étude parue dans le British Medical Journal fait part du premier cas de transmission entre humains de H7N9 en Chine. Les deux personnes infectées, le père et sa fille, sont décédées. De plus, le virus a montré des signes de résistance aux principaux anti-viraux.

Crainte d'une mutation en hiver

L'épidémie est maintenant sous contrôle grâce à la fermeture de nombreux marchés de volailles, principale source d'infection et au fait que les températures sont plus chaudes en été. Mais expliquent ces chercheurs, dont notamment les virologues néerlandais Ron Fouchier (Rotterdam) et américain Yoshihiro Kawaoka de l'Université du Wisconsin-Madison, le virus pourrait réémerger avec des mutations à l'approche de l'hiver avec la capacité potentielle de se transmettre par voie aérienne entre humains.

Le Dr Fouchier et ses collègues décrivent dans leur lettre publiée dans la revue américaine Science et britannique Nature l'approche qu'ils entendent suivre pour décoder en laboratoire les processus moléculaires clé de H7N9 avec des manipulations génétiques, créant en d'autres termes un virus mutant plus virulent, résistant aux anti-viraux ou capable de se transmettre entre des mammifères, soit potentiellement entre humains.

Controverse sur les études sur le H5N1

Avec ces expériences, ils espèrent "trouver ce qui rend cet agent pathogène potentiellement mortel pour l'homme et les moyens d'arrêter sa possible propagation". Ils expliquent que dans ce cas, les études épidémiologiques classiques et la surveillance ne donnent pas assez de temps aux autorités sanitaires pour élaborer une réponse efficace contre une éventuelle pandémie.

Ces chercheurs soulignent aussi qu'ils prendront les précautions qui s'imposent pour travailler avec des virus génétiquement modifiés et respecteront les réglementations mises en place en 2012 par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les Etats-Unis pour les travaux controversés sur le virus de la grippe H5N1.
Le Dr Fouchier et son collègue Yoshihiro Kawaoka avaient chacun de leur côté créé un virus mutant H5N1 de la grippe capable de se transmettre entre mammifères. Les autorités américaines avaient bloqué la publication de leurs études en 2011 et ce pendant plusieurs mois en avançant le risque bioterroriste ou qu'un tel virus s'échappe du laboratoire.

Elles avaient demandé à ce que des mesures soient prises pour mener de telles recherches avant qu'elles puissent reprendre ce qui n'est toujours pas le cas aux Etats-Unis, selon Ron Fouchier. Ce dernier a précisé que les travaux sur le virus mutant H5N1 avaient recommencé dans son laboratoire à Rotterdam.

Débat sur la sécurité sanitaire

Un groupe de 40 scientifiques avaient également accepté un moratoire sur ce type de recherche qui a été levé plus tôt cette année. Les chercheurs soulignent dans leur lettre que la controverse suscitée par les recherches sur le virus mutant H5N1 "a été salutaire car elle a relancé le dialogue sur la sécurité sanitaire des laboratoires et sur le double usage des recherches", civiles et militaires. Aux Etats-Unis, des contrôles supplémentaires ont également été mis en place pour minimiser les risques dans les laboratoires, notent-ils. Dans une correspondance publiée mercredi, le ministère américain de la Santé indique que toutes recherches qu'il finance visant à créer des virus H7N9 capable de se transmettre entre des mammifères par voie aérienne feraient l'objet d'un examen accru.

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