" Un procès de Kadhafi aurait embarrassé ses anciens 'amis' "

20/10/11 à 16:18 - Mise à jour à 16:18

Source: Le Vif

Pour Hassan Bousetta, spécialiste de la Méditerranée occidentale à l'université de Liège, Mouammar Kadhafi a voulu laisser l'image d'un leader au combat

" Un procès de Kadhafi aurait embarrassé ses anciens 'amis' "

© Image Globe

Hassan Bousetta est chargé de cours adjoint à l'université de Liège, où il enseigne la géopolitique de la Méditerranée occidentale. Il est aussi sénateur PS. Il livre un premier commentaire sur la mort de Mouammar Kadhafi. Avec la prudence requise, tant, insiste-t-il, les informations sont difficiles à glaner sur la réalité libyenne.

Levif.be : Mouammar Kadhafi a finalement été arrêté à Syrte. Comment expliquer la résistance qu'il a opposée aux forces du Conseil national de transition libyen et aux bombardements de l'OTAN ?

Hassan Bousetta : Résister pendant un mois et demi après la prise de Tripoli démontre qu'il disposait encore de pas mal de forces solides autour de lui. Mais face aux énormes soutiens du CNT, il était évident qu'il finirait par être pris en tenailles. L'issue ne faisait pas de doute. Résister un mois et demi représente déjà un exploit.

La mort de Kadhafi signifie-t-elle la fin de la résistance kadhafiste ?

Difficile à établir tant l'information n'est pas facile à recouper à propos de la Libye. Ainsi, ces derniers jours, des échauffourées ont eu lieu à Tripoli entre anciens membres présumés du régime Kadhafi et les combattants du CNT. Certains Tripolitains ne voient pas d'un bon oeil la domination de dirigeants venus de Benghazi au sein du CNT. La situation continue donc à poser problème. Il faudra du temps pour que le CNT assoie son pouvoir.

Kadhafi mort, pas de procès. Est-ce un handicap pour la réconciliation ?

Un procès aurait pu donner lieu à un déballage important et mettre dans l'embarras pas mal d'anciens "amis" de Kadhafi. Kadhafi, en effet, n'a pas mené une politique si incohérente quand il a connu son retour de grâce à partir de 2004. Il a adopté une approche très pragmatique avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France... Et c'est sur ce thème qu'il a basé toute sa rhétorique depuis le lancement de l'opération militaire de l'OTAN. Cela dit, le procureur général de la Cour pénale internationale a aussi lancé des mandats d'arrêt contre le fils de Kadhafi, Saïf al-Islam et contre son chef des services de renseignements, Abdallah Senoussi.

Pourquoi a-t-il choisi de résister jusqu'au bout ?

Dans le monde arabe, la fuite du président tunisien Ben Ali a laissé une image très négative au sein des populations. Mouammar Kadhafi a sans doute tenté de ressouder les siens en donnant l'image d'un leader au combat, en espérant galvaniser ses supporters.

Des troupes de kadhafistes ont fui vers des pays voisins, le Niger notamment. Y a -t-il un risque de déstabilisation à partir de ces bases arrière ?

La région sahélienne était déjà une région très instable en raison de la présence de groupes islamistes, comme le GSPC algérien. Il n'est pas impossible que les partisans de l'ancien régime mènent une résistance de basse intensité. De là à déstabiliser le nouvel Etat libyen, il y a une marge.

G.P.

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