Un jeune abat 10 personnes dans son lycée au Texas : des élèves décrivent des scènes "terrifiantes"

19/05/18 à 09:44 - Mise à jour à 10:32

Source: Afp

Qu'est-ce qui a poussé un adolescent de 17 ans à provoquer un bain de sang vendredi dans son lycée de Santa Fe au Texas? Une question que la justice va pouvoir poser au jeune homme, qui s'est rendu à la police après avoir abattu 10 personnes.

Un jeune abat 10 personnes dans son lycée au Texas : des élèves décrivent des scènes "terrifiantes"

© Reuters

Le suspect, Dimitrios Pagourtzis, est apparu vendredi soir menotté, tête baissé, répondant simplement "Oui Monsieur", "Non Monsieur" aux questions d'un juge portant sur des points de procédure. Il a notamment été inculpé pour meurtres, un crime passible de la peine de mort au Texas.

Si certains de ses camarades ont évoqué un adolescent calme, qui restait dans son coin et avait peu d'amis, les raisons qui ont poussé le jeune Dimitrios à commettre ce massacre restaient, pour l'heure, inconnues.

Des informations trouvées "dans ses journaux sur son ordinateur et son téléphone" ont permis d'établir que le tireur prévoyait de se suicider après l'attaque qu'il avait planifiée, a précisé le gouverneur républicain du Texas Greg Abbott.

Un lycéen a indiqué à une chaîne de télévision locale que l'adolescent, joueur de l'équipe B de football américain, était victime de harcèlement: "Les entraîneurs le harcelaient et l'insultaient".

Selon les autorités, il avait récemment publié une photo sur sa page Facebook d'un t-shirt noir barré des mots "Né pour tuer".

Mais selon le gouverneur Abbott, les signaux qui auraient pu avertir d'un passage à l'acte étaient "soit non-existants, soit très imperceptibles".

Vêtu d'un long manteau noir cachant un fusil et un revolver, des armes appartenant à son père, Dimitrios Pagourtzis est entré dans une salle de classe vers 08H00 du matin (13H00 GMT) vendredi et a ouvert le feu, faisant dix morts et dix blessés.

"C'était plutôt calme pendant quelques secondes et puis on a entendu quelqu'un tirer +pow, pow, pow+. Et tout le monde a paniqué", a raconté à l'AFP Hunter Mead, 14 ans.

"Mon ami s'est fait tirer dessus", a raconté en pleurs Dakota Schrader, une autre élève. "J'ai entendu 'boum, boum, boum', j'ai couru aussi vite que j'ai pu jusqu'à la forêt et je me suis cachée pour appeler ma mère", a ajouté la jeune fille. "Je ne devrais pas subir ça. C'est mon école, c'est ma vie de tous les jours. J'ai peur d'y retourner".

"Attaque horrible"

Une veillée de prière a été organisée à Santa Fe en hommage aux victimes. Les joueurs de l'équipe texane de baseball des Houston Astros ont respecté une minute de silence avant leur match.

Le mode opératoire, l'apparence juvénile du tireur et le désarroi des adolescents filmés en train d'évacuer par les télévisions nationales donnent un air de déjà vu à cette nouvelle fusillade dans une école.

Il y a seulement trois mois, 17 personnes décédaient ainsi sous les balles d'un tireur de 19 ans dans un lycée de Parkland, en Floride, le massacre déclenchant une mobilisation nationale pour demander notamment de limiter l'accès aux armes à feu.

D'après le Washington Post, il y a eu davantage de morts dans des établissements scolaires depuis début 2018 que chez les membres des forces armées.

Après la fusillade de vendredi, le gouverneur-adjoint du Texas s'est interrogé sur les moyens de mieux protéger les écoles.

"Il y a beaucoup trop d'entrées et beaucoup trop de sorties dans nos plus de 8.000 campus au Texas", a estimé Dan Patrick.

Plus d'un million de personnes, en majorité des jeunes, avaient manifesté fin mars à travers le pays au cours de la "March for Our Lives" (Marchons pour nos vies), sans que les responsables politiques ne prennent de dispositions légales significatives.

"Vous ne méritiez pas ça", s'est insurgée dans un tweet Emma Gonzalez, l'une de meneuses du mouvement. "Vous méritez d'être en paix toute votre vie, pas seulement une fois qu'une épitaphe le dit sur votre tombe", a lâché la jeune femme.

Le président américain Donald Trump a lui rapidement dénoncé "une attaque horrible" et demandé que tous les drapeaux soient mis en berne sur les bâtiments fédéraux jusqu'au 22 mai.

La chancelière allemande Angela Merkel a envoyé un télégramme de condoléances à Donald Trump.

Explosifs

Le tireur a par ailleurs laissé des explosifs dans une maison et un véhicule, a prévenu Greg Abbott au cours d'une conférence de presse tenue dans l'après-midi.

Quant aux armes utilisées --un pistolet et un fusil-- "le tireur a récupéré ces deux armes auprès de son père (...) Je ne sais pas si le père était au courant", a expliqué le gouverneur, ajoutant qu'il les possédait légalement.

C'est la dernière fusillade en date dans un établissement scolaire des Etats-Unis et elle ravive pour les Texans la mémoire des 25 victimes, dont une femme enceinte, tuées par balles dans une église du sud de l'Etat en novembre dernier.

"Une fois de plus, le Texas a vu le visage du diable", a commenté le sénateur Ted Cruz.

Des scènes "terrifiantes"

Evan San Miguel était en cours vendredi au lycée de Santa Fe quand un autre élève a surgi, annonçant une "surprise". Et là, la fusillade a commencé.

"C'était terrifiant, terrifiant. Je ne savais même pas si j'allais jamais rentrer chez moi ou pas", dit cet adolescent de 15 ans.

"Quand il a ouvert la porte pour tirer sur Kyle, il était en mode 'surprise', puis il lui a tiré dans la poitrine", raconte Evan, dont l'épaule gauche a été frôlée par une balle et qui a le genou bandé après des coupures dûes à du verre brisé.

Le meurtrier a ensuite quitté la salle. Evan et les autres survivants se sont barricadés à l'intérieur dans l'atttente de la police qui les a plus tard conduits en lieu sur.

Lors de la veillée de prières, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, et le sénateur Ted Cruz ont embrassé des membres des familles affligées tandis que des chiens étaient positionnés parmi les élèves pour leur apporter une forme de réconfort et des religieux prononçaient des prières.

Une autre élève, Bailee Sobnosky, se trouvait à l'arrière du lycée quand elle a entendu des coups de feu. Forte de l'expérience acquise lors d'un exercice d'alerte trois mois plus tôt, elle a traversé la rue en courant pour se réfugier dans une station-service.

"Je ne me sens toujours pas en sécurité", a avoué la lycéenne de 16 ans à l'AFP après la veillée, encore en état de choc.

"Dans notre ville"

"Je crois que ça va vraiment bouleverser la communauté et que ça va être difficile de revenir à la normale", dit-elle.

Bailee ne connaissait pas personnellement le tireur mais elle l'avait croisé aux alentours. "Il paraissait être un bon garçon", même s'il semblait ne pas avoir beaucoup d'amis.

Aux premières heures de samedi, des agents du FBI étaient toujours visibles, poursuivant leur enquête dans un caravanne bleue liée au suspect.

Devant le lycée, où l'électricité était encore allumée par endroits, un ruban jaune de la police tenit les curieux à distance.

Deux jeunes femmes se sont approchées, un bouquet de fleurs à la main.

Kali Causey, 20 ans, ancienne élève d'un autre lycée de la région, n'en revient pas que leur petite communauté soit devenue la dernière en date d'une liste de massacres de jeunes Américains dans leur école.

"On parlait toujours de Columbine, l'horreur, de Sandy Hook", dit-elle, en référence à deux autres tueries.

"Mais ça s'est produit ici, dans notre ville", ajoute-t-elle. "Ca a frappé tout près".

Elle n'en veut pas pourtant à la profusion des armes à feu, souvent mise en cause dans les massacres aux Etats-Unis, et certainement un trait de la culture du Texas.

"Beaucoup de gens disent que c'est à cause de ça, mais il faut voir plus loin", affirme Kali en accusant désignant des phénomènes comme le harcèlement et les problèmes psychologiques.

"Je pense que cela a une plus grande influence que le fait que les armes à feu soient accessibles", assure-t-elle.

Pour la jeune femme, ce qu'elle peut offrir de mieux à la communauté en deuil est d'être simplement disponible pour les familles qui le souhaiteraient.

"Vous n'avez qu'à les entourer de vos bras et leur dire que vous êtes là".

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