Un ex-détenu de Guantanamo acquitté de la plupart des chefs d'accusation

18/11/10 à 12:19 - Mise à jour à 12:19

Source: Le Vif

Le Tanzanien Ahmed Ghailani risque néanmoins la prison à vie pour son implication dans les attentats de 1998 contre des ambassades américaines en Afrique de l'Est.

Un ex-détenu de Guantanamo acquitté de la plupart des chefs d'accusation

© EPA

Verdict étonnant aux Etats-Unis: le Tanzanien Ahmed Ghailani a été reconnu coupable ce mercredi d'un seul des 286 chefs d'accusations qui pesaient contre lui, pour les attentats en 1998 contre des ambassades américaines en Afrique de l'Est.
Il sera condamné le 25 janvier à une peine allant de 20 ans de prison minimum à la prison à vie. C'est le premier détenu de Guantanamo à être jugé par un tribunal fédéral.

Agé de 36 ans, il a été déclaré coupable du seul chef de "complot pour détruire des biens américains", mais pas d'avoir participé, pour le compte d'Al Qaeda, aux meurtres des 224 victimes à Nairobi et Dar es Salaam en août 1998. Décrit par l'accusation comme "l'auteur d'un massacre", il était également accusé d'avoir rejoint en Afghanistan, la veille des attentats, Oussama ben Laden dont il est devenu un des gardes du corps.

Test pour l'administration d'Obama

L'administration d'Obama, qui souhaitait mettre un point final aux excès de la "guerre contre le terrorisme" de George W. Bush, a immédiatement réagi. "Nous respectons le verdict du jury et sommes satisfaits qu'Ahmed Ghailani encoure désormais 20 ans de prison minimum et une potentielle condamnation à perpétuité pour son rôle dans les attentats contre les ambassades", a déclaré le chef de la communication du ministère de la Justice.
Le procès d'Ahmed Ghailani était un test pour les actuels locataires de la Maison blanche, accusés par l'opposition républicaine de vouloir traduire certains accusés de terrorisme devant des tribunaux de droit commun et non uniquement devant des tribunaux militaires d'exception.

L'organisation de défense des libertés civiles Aclu, s'est félicitée de ce verdict "fiable". Elle estime que "cela doit faire taire les craintes infondées qui disent que notre système judiciaire fédéral ne peut mener des procès justes, équitables et efficaces dans des affaires de terrorisme". "Les tribunaux fédéraux ne sont pas seulement un bon endroit, mais l'endroit le plus efficace pour juger des supects de terrorisme", a-t-elle insisté.

"Interrogatoires musclés"

Le séjour du Tanzanien dans une prison secrète de la CIA, entre son arrestation en 2004 au Pakistan et sa réapparition à Guantanamo en septembre 2006, était au centre des inconnues de ce procès. Il affirme y avoir subi des "interrogatoires musclés" que ses avocats qualifient de torture. Au total, il a passé six ans enfermé sans procès.

Après lui, aucun autre détenu de Guantanamo n'a plus jamais été transféré aux Etats-Unis, le Congrès ayant barré cette possibilité entre-temps.

"Dupé" par Al Qaeda

Pendant près de cinq semaines de procès, l'accusation s'est appliquée à démontrer au jury qu'Ahmed Ghailani avait sciemment acheté le camion et les explosifs qui ont servi à l'attentat contre l'ambassade américaine de Dar es Salaam.

Mais pour la défense, le Tanzanien était un homme jeune que les membres d'Al Qaeda ont "dupé". "Il faisait des courses pour eux mais il ne savait pas ce qu'il achetait", avait assuré un de ses avocats à l'ouverture des débats.

Alors que l'accusation a fait défiler les témoins, notamment des survivants des attentats qui ont décrit des scènes horrifiques, la défense n'en a convoqué aucun et Ahmed Ghailani n'a pas pris la parole.

Le Vif.be, avec L'Express.fr

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