Un éventuel départ de Bachar el-Assad ? "Le régime ne cherche qu'à gagner du temps"

22/08/12 à 15:41 - Mise à jour à 15:41

Source: Le Vif

Qadri Jamil, vice-Premier ministre syrien a déclaré mardi à Moscou que le régime était prêt à discuter d'un départ du président dans le cadre de négociations. Une déclaration plus complexe qu'il n'y paraît. Décryptage avec Ziad Majed, spécialiste de la Syrie.

Un éventuel départ de Bachar el-Assad ? "Le régime ne cherche qu'à gagner du temps"

© Image Globe

"Pendant le processus de négociations, rien n'empêche d'étudier toutes les questions et nous sommes prêts à examiner même cette question." Cette phrase sybilline, prononcée ce mardi par un vice-Premier ministre syrien interrogé sur l'hypothèse d'un départ de Bachar el-Assad, fait parler d'elle. Avec cette déclaration, survenue lors d'une conférence de presse après un entretien avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, Qadri Jamil signale pour la première fois que le régime est prêt à discuter d'un départ du président dans le cadre de négociations avec l'opposition. Mais Qadri ajoute que poser "la démission (de Bachar el-Assad) comme condition pour ouvrir un dialogue signifie qu'il est impossible d'ouvrir le dialogue".
Que faut-il comprendre de ces déclarations ? L'Express a demandé son avis à Ziad Majed, chercheur et politologue, spécialiste de la Syrie.

Que penser de la déclaration de Qadri Jamil à Moscou qui évoque un éventuel départ du président Bachar al-Assad ?

Il faut d'abord rappeler qui est Qadri Jamil. C'est un ancien membre du parti communiste syrien qui a fait une partie de ses études à Moscou. Il préside sa propre organisation, le Front Populaire pour le Changement et la Libération, et s'est longtemps présenté comme un opposant, une personnalité neutre.
Dès le début de la crise, les Russes ont fait des propositions de "médiation" en présentant Qadri Jamil comme un possible Premier ministre de transition. Les opposants ont rejeté cette offre, arguant du manque de clarté de ses positions et expliquant que ce pseudo-opposant travaillait en sous-main pour le régime de Bachar el-Assad. Leur diagnostic s'est révélé juste quand Qadri Jamil a été nommé "vice-Premier ministre pour les Affaires économiques et ministre du Commerce intérieur et de la Protection des consommateurs" (sic) en juin dernier [dans le gouvernement dirigé par Riad Hijab... qui a fait défection au début du mois d'août].
On peut aussi s'étonner que Damas ait envoyé à Moscou un "second couteau" - et non ses représentants habituels comme la conseillère du président Bouthaïna Chaabane, ou le ministre des Affaires étrangères Walid al-Mouallem.

Moscou serait-il alors en train de lâcher Damas ?

Ce n'est pas la première fois que la Russie laisse entendre qu'elle envisage un départ de Bachar el-Assad. Plusieurs personnalités ont fait des déclarations en ce sens, souvent démenties par la suite: il y eu par exemple, en juin le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov qui déclarait: "Nous n'avons jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique", tandis qu'un autre vice-ministre démentait toute négociation de Moscou avec Washington sur un projet d'éviction du pouvoir du président syrien. Il y eu ensuite Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie en France, qui déclarait en juillet qu'Assad "accepterait de partir mais d'une façon civilisée", avant de démentir. Puis, la semaine dernière, des confidences du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov au quotidien Al Watan, affirmant que le président syrien était prêt à démissionner. - qui ont été démenties par son administration... mais confirmées, enregistrement à l'appui, par le journal saoudien. Les Russes, alliés indéfectibles de Damas, essaient de montrer qu'ils font preuve d'une certaine flexibilité, mais je ne vois pas de changement réel.

Qu'est ce que cela montre de la situation du régime ?

Toute ces manoeuvres montrent en tout cas que le régime, qui prétend régulièrement n'en n'avoir que pour peu de temps avant d'en finir avec la rébellion ne parvient pas à reprendre le contrôle de la situation. Il est d'ailleurs cocasse qu'après avoir traité les opposants de les "bandes armées", de "terroristes", de "djihadistes", Jamil Qadri parle maintenant de dialogue avec "toutes les forces de l'opposition".

Je pense que le régime ne cherche qu'à gagner du temps. Et, malheureusement, il peut tenir encore un moment. Sur le terrain, les bombardements sont plus violents que jamais. Les images qui nous proviennent de Syrie montrent un degré effrayant de destruction des villes, pilonnées à l'artillerie lourde, par les forces armées...

Propos recueillis par Catherine Gouëset, L'Express.fr

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