Un camp de vacances pour soigner des adolescents victimes du terrorisme

29/07/15 à 10:46 - Mise à jour à 10:46

"J'ai vite couru quand les bombes ont explosé": onze ans après la prise d'otages de l'école de Beslan (Russie), Alexandre n'a pas oublié. Avec une vingtaine d'autres étrangers, il participe en France à un projet thérapeutique inédit qui aide les ados victimes du terrorisme.

Un camp de vacances pour soigner des adolescents victimes du terrorisme

A Beslan en 2007, lors des commémorations du massacre. © Reuters

Dans un écrin de verdure de la région parisienne, tenu secret, ils sont 24, âgés de 15 à 24 ans, à être accueillis pour une dizaine de jours par l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

Originaires de Russie, Colombie, France, Roumanie, Liban, Israël ou Maroc, ces jeunes qui comprennent tous un peu le français partagent leur temps entre des groupes de parole, des ateliers d'art-thérapie et des activités culturelles et sportives.

Un camp de vacances pas comme les autres pour des enfants contraints de grandir plus vite.

"Quelle que soit leur langue, religion ou culture, tous ont été des victimes directes ou indirectes du terrorisme. L'objectif, c'était de les regrouper et de créer la rencontre entre eux pour libérer la parole", explique Asma Guenifi, psychologue à l'AFVT et directrice du "projet Papillon".

Alexandre, 22 ans, était déjà d'un premier voyage l'an dernier. Si aujourd'hui "la vie continue" et "ces vacances en France font du bien", ce maigrichon qui vit en Ossétie du Nord (Russie) n'oubliera jamais le 1er septembre 2004, jour de rentrée scolaire à Beslan.

"Il y avait beaucoup de monde, environ 2.500 personnes à l'école. Trois voitures sont entrées et les tirs ont commencé. J'ai vite couru quand les bombes ont explosé", raconte-t-il.

Réfugié dans un gymnase, avec sa mère blessée, son frère, toujours porté disparu, et 1.200 autres personnes, ce petit garçon de 10 ans à l'époque va rester otage de rebelles armés pro-tchétchènes pendant trois jours, sans boire ni manger.

Métamorphose

"Ce qui nous lie, c'est qu'on a tous vécu une histoire qui est dure", témoigne Viviana, Colombienne de 19 ans dont le père policier a été otage des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) pendant 13 ans avant d'être assassiné en 2011.

Avec son amie roumaine Laura, rencontrée l'an passé grâce au projet, cette jolie brune a la sensation de pouvoir partager une même souffrance, l'absence du père.

Pour Laura, étudiante de 21 ans, la "vie a basculé" en 2013, lorsque son père qui travaillait au Nigeria a été pris en otage par des islamistes de Boko Haram et tué trois semaines plus tard.

"Avant le projet, j'étais isolée. Maintenant, j'ai appris comment vivre avec ma situation, avec ma douleur. Je l'ai acceptée", analyse-t-elle, se décrivant comme "un papillon, en pleine métamorphose".

"Libérer la parole", "assumer ses émotions", la démarche n'est pas évidente pour des adolescents. Alors, quand les mots ne viennent plus, c'est la création artistique qui prend le relais.

Pendant un atelier musique, Sephora, Israélienne, se laisse aller: "les jours passent et la douleur trépasse", rappe-t-elle devant ses camarades. "Je suis marquée de la trace, d'une tragédie. J'étais clouée au sol, mais ça c'était hier. Aujourd'hui, c'est fini, un papillon m'a sauvé la vie".

D'une durée de trois ans, ce projet est financé par l'association et quelques subventions. Il s'articule en trois temps: le "passé" la première année, le "présent" la seconde, et le "futur" la troisième, en 2016.

"Le terroriste casse tous les repères. Il faut du temps pour leur redonner confiance, leur expliquer qu'ils ont vécu quelque chose d'extraordinaire, d'anormalement violent", soutient Dominique Szepielak, psychologue.

Mais pas question d'abdiquer, "il faut se révolter" plaide Khatchig, un Libanais de 22 ans qui a "peur que le pouvoir de (l'organisation jihadiste de) l'État islamique grandisse". On peut pas se dire que c'est pas grave, qu'on est habitué au terrorisme."

Avec l'Afp

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