Ukraine: "Une des dernières chances d'éviter la guerre", estime Hollande

07/02/15 à 09:55 - Mise à jour à 15:20

Source: Belga

François Hollande et Angela Merkel ont réussi après cinq heures de négociations au Kremlin à obtenir de Vladimir Poutine son accord pour l'élaboration d'un plan de paix visant à mettre fin à dix mois de conflit en Ukraine.

Ukraine: "Une des dernières chances d'éviter la guerre", estime Hollande

Angela Merkel, Vladimir Poutine et François Hollande. © AFP

Le président français François Hollande, de retour en France après des négociations à Moscou en compagnie de Angela Merkel et du président russe Vladimir Poutine, a jugé samedi que les pourparlers menés par la France et l'Allemagne avec la Russie pour tenter d'arracher un accord de paix en Ukraine étaient "une des dernières chances" d'éviter la "guerre".

La chancelière allemande a elle déclaré que la livraison d'armes occidentales à l'armée ukrainienne n'offrirait pas de solution au conflit qui oppose Kiev aux séparatistes prorusses dans l'est du pays.

"Je pense que c'est une des dernières chances. (...) Si nous ne parvenons pas à trouver un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario: il a un nom, il s'appelle la guerre", a déclaré M. Hollande, de retour en France après des négociations jusque tard dans la nuit à Moscou avec le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel.

Peu auparavant, Mme Merkel avait estimé, devant la Conférence sur la sécurité à Munich, qu'il n'était "pas certain" que les négociations menées au Kremlin vendredi aboutissent. "Je suis intimement convaincue que ce conflit ne peut être réglé militairement (..) Les progrès dont l'Ukraine a besoin ne peuvent être atteints avec plus d'armes", a-t-elle ajouté.

"Une chance de paix"

Les discussions donnent un espoir de résolution du conflit en Ukraine, a estimé samedi un responsable au parlement russe. "Les discussions entre Merkel, Hollande et Poutine donnent une chance de paix", a écrit Alexei Pouchkov, chef de la commission des Affaires étrangères du parlement russe, sur son compte Twitter.

Il a établi un parallèle entre la position de Mme Merkel et de François Hollande et celle des responsables ukrainiens ou américains qui, selon lui, ne recherchent pas la paix.

Le président ukrainien Petro "Porochenko est seulement capable de bombarder. Les Etats-Unis sont capables d'alimenter la guerre, mais pas d'apporter la paix", poursuit M. Pouchkov.

Un accord est "tout à fait possible" , selon Lavrov

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a estimé qu'il était "tout à fait possible" de trouver un accord pour "dénouer le conflit" dans l'est de l'Ukraine. "Ces négociations vont continuer comme vous le savez. Nous estimons qu'il est tout à fait possible d'avoir des résultats et de tomber d'accord sur des recommandations qui permettront aux deux côtés de vraiment dénouer le conflit", a déclaré M. Lavrov à la Conférence sur la sécurité de Munich.

"Il y a de bonnes raisons d'être optimiste", a-t-il ajouté, se montrant beaucoup moins prudent que la chancelière allemande Angela Merkel, qui venait de déclarer qu'"il n'est pas certain que ces discussions aboutissent". "Mais cela vaut le coup d'essayer", avait-elle ajouté, au lendemain de longues négociations avec le président russe Vladimir Poutine et avant de rencontrer le président ukrainien Petro Porochenko et le vice-président Joe Biden à Munich.

"La crise en Ukraine ne peut être réglée par la force militaire", a affirmé M. Lavrov. "Il y a de plus en plus d'appels à soutenir et fournir l'Ukraine avec des armes létales", a-t-il dit, en référence au débat à Washington sur une assistance militaire à l'Ukraine pour l'aider à renverser la situation sur le terrain.

Le président américain Barack Obama, qui y était opposé jusqu'à présent, devrait s'exprimer prochainement à ce sujet.

Cela "ne ferait qu'accélérer la tragédie", a mis en garde M. Lavrov.

D'un autre côté, M. Lavrov a demandé "des négociations directes" entre le gouvernement ukrainien et les dirigeants des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, ce que Kiev refuse catégoriquement.

"J'espère vraiment que les efforts des présidents de la France, de la Russie et de la chancelière allemande donneront un résultat qui sera soutenu par les parties du conflit et qui permettront de vraiment calmer la situation", a dit M. Lavrov, tout en prenant la défense des rebelles séparatistes prorusses. "Ils vivent sur leur terre, ils se battent pour leur terre (...) leur cause est juste", a-t-il estimé.

Cinq heures de négociations

Aucun détail n'a filtré de la teneur de ce projet d'accord entre les trois dirigeants. Il est donc difficile de mesurer le succès des négociations et la viabilité d'un éventuel plan de paix et sa capacité à régler le conflit qui s'est déjà soldé par la mort de plus de 5.300 personnes, majoritairement des civils.

M. Hollande et Mme Merkel ont quitté en pleine nuit le Kremlin pour un aéroport moscovite dès la fin des négociations, laissant au porte-parole de Vladimir Poutine le soin d'annoncer une ébauche d'accord et un entretien téléphonique dimanche entre les présidents russe, ukrainien, français et la chancelière allemande pour parler de l'avancement du texte.

Selon le court texte lu par Dmitri Peskov, les négociations "constructives et substantielles" ont permis de se mettre d'accord sur un "possible plan commun" qui intègre les propositions de paix apportées par le couple franco-allemand, les conditions posées jeudi soir par le président ukrainien Petro Porochenko et les demandes exprimées par le président Vladimir Poutine.

Moscou, tout comme Paris, Berlin et Kiev souhaitent un plan qui permette la mise en oeuvre des accords de Minsk de septembre, le seul accord de paix jusque-là signé par tous les belligérants et qui prévoit notamment un cessez-le-feu.

Un "bilan préliminaire" du travail d'écriture du plan de paix "sera fait dimanche au cours d'un entretien téléphonique dans le format dit de Normandie" entre les quatre dirigeants russe, français, allemand et ukrainien, a annoncé M. Peskov.

Mme Merkel et M. Hollande étaient arrivés vendredi à Moscou en affichant un optimisme prudent sur les chances de réussir à convaincre Vladimir Poutine d'accepter leur plan. Les trois dirigeants ont amorcé les négociations, sans leurs délégations respectives. Les discussions ont duré, dîner compris, presque cinq heures autour d'une petite table ronde dans un salon du Kremlin.

L'initiative de paix franco-allemande, soutenue par Washington, l'Union européenne et l'Otan, a tout de la médiation de la dernière chance après dix mois d'un conflit qui a également provoqué une crise internationale rappelant les crispations Est-Ouest de la Guerre froide.

Avant de quitter Berlin, Angela Merkel avait énoncé son credo : trouver une solution ukrainienne pour défendre "la paix européenne".

"Nous nous engageons pour mettre fin au bain de sang et pour faire vivre l'accord de Minsk", le seul accord de paix pour l'instant signé par les Ukrainiens comme par les rebelles prorusses, avait ajouté la chancelière, avant de tempérer les espoirs de ceux qui pensent que la paix est proche. "Nous ne savons pas si nous allons réussir à parvenir à un cessez-le-feu, si nous allons y parvenir aujourd'hui ou s'il faudra d'autres discussions", avait-elle insisté.

"Chacun est conscient que le premier pas doit être le cessez-le-feu mais qu'il ne peut pas suffire et qu'il faut aller chercher un règlement global", avait déclaré pour sa part le président français.

Jeudi soir, les deux dirigeants européens avaient exposé leur plan au président ukrainien Petro Porochenko.

Selon la présidence ukrainienne l'initiative franco-allemande "laissait espérer un cessez-le-feu" alors qu'environ 220 personnes, en majorité des civils, ont péri dans les bombardements et les combats pendant les seules trois dernières semaines.

Illustration de l'urgence sur le terrain : la situation à Debaltseve, une ville de l'Est tenue par l'armée ukrainienne et presque encerclée par les rebelles prorusses. Vendredi, une trêve de quelques heures y a été conclue pour permettre l'évacuation en urgence dans une vingtaine d'autocars des civils pris entre les bombardements des deux camps.

Partout le long de la ligne de front, les bombardements ont été moins nombreux, première accalmie après des semaines de déchaînements de violences. Mais au moins deux soldats et un civil ont péri au cours des dernières 24 heures.

En fait de plan de paix, l'initiative franco-allemande était plutôt une "contre-proposition" de plan de paix, Vladimir Poutine ayant soumis il y a quelques jours, selon des responsables russes et américains, des idées à Angela Merkel et François Hollande. Ces derniers en ont fait part mercredi aux Etats-Unis et à l'Ukraine, et ont alors préparé leurs contre-propositions.

Cette "nouvelle proposition de règlement sur le conflit" garantit "l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a assuré le chef de l'Etat français.

Parallèlement les Etats-Unis continuaient de réfléchir à la possibilité de livrer des armes à l'armée ukrainienne, qui accumule les revers dans les régions séparatistes de Donetsk et de Lougansk.

Mais en visite jeudi à Kiev, le chef de la diplomatie américaine John Kerry a douché les espoirs de Kiev quant à une annonce immédiate sur la livraison d'armes à l'Ukraine en disant que Washington privilégiait "une solution diplomatique".

Barack Obama "passe en revue toutes les options dont celle de la livraison d'armes défensives" et prendra sa décision "prochainement", selon M. Kerry, afin notamment de laisser une chance au plan de paix des Européens.

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