Ukraine : reconquête de l'est sur fond de torture et d'enlèvements

11/07/14 à 11:06 - Mise à jour à 11:06

Source: Le Vif

Alors que l'armée ukrainienne se prépare à reprendre la ville de Donetsk, toujours aux mains des séparatistes pro-russes, Amnesty International dénonce ce vendredi la multiplication des cas de tortures et d'enlèvements de militants pro-Kiev dans l'Est.

Ukraine : reconquête de l'est sur fond de torture et d'enlèvements

© AFP

Les forces ukrainiennes ont déclenché jeudi une attaque près du village de Karlivka, à 30 km à l'ouest de Donetsk, chef-lieu de la région du même nom dans l'est de l'Ukraine en proie à une insurrection armée pro-russe, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Un reporter de l'AFP sur place a vu avancer plusieurs convois de blindés et de camions transportant des troupes et a entendu des tirs nourris d'artillerie.

"Les unités du ministère de la Défense, de la Garde nationale et des bataillons de la défense territoriale ont lancé une offensive vigoureuse près du village de Karlivka" appuyée par des blindés, a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

Les séparatistes ont confirmé les combats dans cette zone. "Il y a eu des combats à Karlivka aujourd'hui. Nous avons détruit deux tanks" des forces ukrainiennes, a déclaré le "ministre de la Défense" des séparatistes Igor Strelkov au cours d'une conférence de presse à Donetsk. "L'ennemi a subi des pertes, nous avons aussi eu des pertes malheureusement", a-t-il ajouté sans plus de précisions. "Des échanges d'artillerie se poursuivent", a-t-il dit en début d'après-midi.

Les forces loyalistes cherchent actuellement à encercler les deux places fortes des insurgés dans l'Est, Donetsk et Lougansk.

Porochenko prêt pour un cessez-le-feu "bilatéral"

Le président ukrainien Petro Porochenko s'est dit prêt à un "cessez-le-feu bilatéral" dans l'est séparatiste du pays à condition que soit assuré le contrôle de la frontière avec la Russie, dans un entretien téléphonique mené jeudi soir avec la chancelière allemande Angela Merkel. Petro Porochenko "a souligné qu'il était nécessaire d'assurer le contrôle sur la frontière afin d'arrêter le transfert d'armes et de combattants depuis la Russie ainsi que la libération de tous les otages et le lancement des négociations inconditionnelles", selon un communiqué de la présidence ukrainienne publié à l'issue de l'entretien.

Selon Kiev, Mme Merkel a souligné au cours de cette conversation que les représentants d'une mission de l'OSCE présente dans l'est de l'Ukraine n'avaient "pas accès aux postes-frontière à cause des agissements des combattants".

M. Porochenko s'est également entretenu au téléphone jeudi soir tard avec le vice-président américain Joe Biden, discutant du rétablissement des infrastructures dans les localités libérées des séparatistes dans l'est de l'Ukraine, selon la présidence ukrainienne. M. Biden a promis une assistance américaine dans de tels projets, selon la même source.

La présidence ukrainienne a par ailleurs indiqué avoir repris le contrôle de Siversk, une ville de 12.000 habitants à 100 km au nord de Donetsk où un drapeau ukrainien flotte désormais sur la mairie ainsi que du poste-frontière Tchervonopartisansk dans la région de Lougansk. Les troupes ukrainiennes, qui ont repris cette dernière semaine le contrôle de plusieurs localités, dont l'ex-bastion séparatiste de Slaviansk, avancent vers Donetsk et Lougansk, deux capitales régionales qui se préparent à résister.

Tortures et enlèvements

Par ailleurs, l'ONG Amnesty International a dénoncé ce vendredi la multiplication des cas de tortures et d'enlèvements dans l'est de l'Ukraine, actes dont sont principalement victimes les militants pro-Kiev. "Des centaines de personnes ont été enlevées ces trois derniers mois", précise Denis Krivocheïev, directeur d'Amnesty chargé de l'Europe et d'Asie centrale. "La plupart des enlèvements sont commis par des séparatistes armés (pro-russe) et les victimes subissent souvent des tortures", a-t-il souligné dans un communiqué.

Selon le ministère ukrainien de l'Intérieur, près de 500 personnes ont été enlevées dans l'est du pays entre avril et juin. L'ONU a de son côté répertorié 222 cas d'enlèvements, souligne Amnesty. Il s'agit de militants, hommes politiques, journalistes, entrepreneurs, membres des commissions électorales locales ainsi que des militaires et policiers.

"Au fur et à mesure que les troupes pro-Kiev reprennent le contrôle de Slaviansk, Kramatorsk (bastions des séparatistes pro-russes, ndlr) et autres localités dans l'est de l'Ukraine, de nouveaux captifs sont libérés et de nouveaux cas inquiétants se révèlent", indique Amnesty. Anna, une militante pro-ukrainienne a été retenue en otage pendant six jours au cours desquels elle a été frappée et blessée à coups de couteau par ses ravisseurs qui l'ont contrainte à écrire avec son sang un slogan séparatiste.

Un autre militant pro-ukrainien, Sacha, 19 ans, s'est enfui à Kiev après avoir été retenu en otage et torturé par des séparatistes à Lougansk. Il a été libéré après que son père a payé une rançon de 60.000 dollars.

Amnesty rapporte également des exemples de tortures infligées par des troupes loyalistes à Marioupol, port du sud-est de l'Ukraine notamment à l'encontre d'un jeune homme de 16 ans qui a publié sur l'internet des images d'une opération militaire ukrainienne.

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