Ukraine: Obama tient "le gouvernement comme principal responsable"

19/02/14 à 18:48 - Mise à jour à 18:48

Source: Le Vif

Le président américain Barack Obama a averti mercredi des "conséquences" de la violence en Ukraine et souligné que le pouvoir devait garantir aux "manifestants pacifiques" le droit de s'exprimer "sans peur de la répression". Par ailleurs, les condamnations internationales et les demandes de sanctions se sont multipliées ce mercredi.

Ukraine: Obama tient "le gouvernement comme principal responsable"

© AFP

"Je veux être très clair, nous allons observer de près les développements des prochains jours en Ukraine et nous attendons du gouvernement ukrainien qu'il fasse montre de retenue, qu'il n'ait pas recours à la violence face à des manifestants pacifiques", a lancé M. Obama lors d'une visite au Mexique.

"Nous tenons le gouvernement ukrainien comme principal responsable de la gestion d'une manière appropriée de la situation face à des manifestants pacifiques(...), il doit s'assurer que le peuple ukrainien a la possibilité de se rassembler et de s'exprimer librement sur des sujets touchant ses intérêts sans peur de la répression", a encore dit le président américain.

Par ailleurs, les Etats-Unis attendent des manifestants qu'ils demeurent "pacifiques", a-t-il souligné.

"Nous allons suivre la situation de très près sachant, avec nos partenaires européens et la communauté internationale, qu'il y aura des conséquences si des gens dépassent les bornes", a encore déclaré M. Obama. "Et cela inclut de s'assurer que les militaires ukrainiens ne s'immiscent pas dans ce qui devrait être un problème pouvant être résolu par des civils", a-t-il prévenu.

Le régime ukrainien a remplacé le chef des armées et annoncé des mesures "antiterroristes" contre les opposants radicaux au lendemain de violences et d'un assaut policier, qui ont fait 26 morts à Kiev, conduisant les Européens à brandir la menace de sanctions.

Verhofstadt à Kiev pour soutenir "ceux qui protègent leurs droits"

Le chef du groupe libéral au Parlement européen, Guy Verhofstadt, partira jeudi pour Kiev, à la tête d'une délégation libérale de soutien aux manifestants d'euro-Maidan. Guy Verhofstadt sera accompagné par les eurodéputés Hans Van Baalen et Marielle de Sarnez. Les trois libéraux rencontreront notamment les principaux leaders de l'opposition ukrainienne.

"Il est important de montrer notre solidarité avec ceux qui protestent pour protéger leurs droits démocratiques. C'est pourquoi j'ai décidé de voyager à Kiev. Ils ne sont pas des terroristes ou des violents révolutionnaires. Ils sont juste des citoyens ordinaires qui voulaient que leur voix soit entendue et ne méritaient pas une telle brutalité en retour", a commenté M. Verhofstadt, cité dans un communiqué.

Les condamnations et les demandes de sanctions se multiplient

Les réactions internationales se sont multipliées mercredi après la nuit de violences en Ukraine, plusieurs pays européens se prononçant en faveur de sanctions contre le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch, le chef de la diplomatie de l'UE évoquant cette possibilité pour la première fois.

La Maison Blanche a dénoncé les violences "totalement scandaleuses" qui se sont déroulées à Kiev et renouvelé son appel au président ukrainien à apaiser la situation.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent de leur côté se retrouver jeudi après-midi pour une réunion extraordinaire à Bruxelles pour discuter de l'Ukraine. "Toutes les options seront étudiées, y compris des sanctions contre les responsables de la répression et des violations des droits de l'homme", a déclaré Mme Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'Union européenne. "Nous espérons que les Etats membres de l'UE pourront se mettre d'accord dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence et l'usage excessif de la force", a déclaré pour sa part le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

La président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont condamné mercredi des "actes inqualifiables, inadmissibles intolérables" en Ukraine, assurant que leurs auteurs seraient "sanctionnés".

Le président français François Hollande avait demandé un peu plus tôt à l'UE la mise en oeuvre dès jeudi de sanctions "ciblées" contre les responsables des violences policières en Ukraine.

Le chef du gouvernement polonais Donald Tusk a appelé lui aussi mercredi ses partenaires européens à introduire "des sanctions qui devraient toucher sévèrement les auteurs du drame ukrainien, des sanctions personnelles et financières".

Selon la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, l'Ukraine est désormais "au bord de la guerre civile. Nous devons parler de sanctions internationales", a-t-elle insisté.

Pour le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt, fervent partisan des sanctions, le temps du dialogue est révolu car Ianoukovitch "a du sang sur le mains".

Londres est sur la même ligne, le ministre des Affaires étrangères, William Hague, estimant que le gouvernement devrait "rendre des comptes" pour "la violence inacceptable" contre les manifestants à Kiev.

Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navy Pillay, a quant à elle condamné les violences meurtrières en Ukraine et appelé à une "enquête urgente et indépendante".

Le pape François s'est également déclaré "préoccupé" par les troubles qui secouent l'Ukraine, demandant à toutes les parties de "cesser toute action violente et à rechercher la concorde et la paix".

Quant à la légende du saut à la perche Sergueï Bubka, aujourd'hui président du comité olympique ukrainien, il s'est dit "choqué" par la situation dans son pays "surtout que les violences ont lieu pendant les Jeux Olympiques", demandant sur son site internet que "la trêve olympique" soit respectée.

La Russie dénonce une tentative de "coup d'Etat" La Russie a pour sa part dénoncé une "tentative de coup d'Etat" en Ukraine et a rejeté la politique de sanctions et de médiation des Occidentaux. "Sur le fond, il s'agit d'une tentative de coup d'Etat", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait porter la responsabilité des événements sur les "extrémistes" qui selon lui cherchaient la violence, sur les opposants qui ont "refusé le compromis", et sur les Occidentaux.

"De nombreux pays occidentaux ont essayé par tous les moyens de s'ingérer, ont encouragé l'opposition à agir hors du terrain légal (...) ont menacé de sanctions et continuent de le faire", a ajouté M. Lavrov, dans des déclarations transmises à partir de Koweit et disponibles sur le site du ministère.

Les Occidentaux ont "honteusement" omis de voir les actes extrémistes "y compris néonazis, antisémites", a souligné M. Lavrov.

La Russie met par ailleurs les Occidentaux en garde contre "les tentatives insistantes de médiation". "Nos partenaires européens ont suffisamment fait les médiateurs", a-t-il encore déclaré.

Confirmant une conversation téléphonique mardi soir entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Viktor Ianoukovitch, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que Moscou ne pesait pas de son côté sur la politique ukrainienne. "Le président russe n'a jamais donné et ne donne pas de conseils à son homologue ukrainien sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, et n'a pas l'intention d'en donner à l'avenir", a déclaré M. Peskov, cité par l'agence de presse Interfax.

L'opposition ukrainienne accuse le président Ianoukovitch de s'être plié au "diktat" du Kremlin depuis qu'il a renoncé en novembre à un accord d'association en préparation avec l'UE, et s'est tourné vers la Russie. M. Ianoukovitch a discuté à Sotchi le 7 février avec M. Poutine en marge de l'ouverture des jeux Olympiques d'hiver, dont rien n'a filtré. Leur précédente rencontre avait eu lieu le 17 décembre à Moscou, lorsque M. Poutine avait accordé un crédit de 15 milliards de dollars et une baisse du prix du gaz à l'Ukraine, après que M. Ianoukovitch avait renoncé à signer l'accord d'association avec l'Union européenne, en préparation depuis trois ans.

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