Ukraine : les insurgés maintiennent le référendum

09/05/14 à 06:55 - Mise à jour à 06:55

Source: Le Vif

Les insurgés pro-russes d'Ukraine ont décidé de maintenir dimanche leur référendum d'indépendance, ignorant un appel du président russe Vladimir Poutine à le reporter, tandis que Kiev annonçait la "poursuite" de son opération militaire dans l'Est.

Ukraine : les insurgés maintiennent le référendum

© Reuters

La consultation annoncée pour dimanche dans l'Est sur une "déclaration d'indépendance" de la république autoproclamée de Donetsk aura bien lieu "le 11 mai", ont annoncé des responsables simultanément à Donetsk et Slaviansk.

"La date du référendum ne sera pas reportée", a insisté Denis Pouchiline, chef indépendantiste de la république autoproclamée, tout en déclarant "remercier" M. Poutine, "quelqu'un qui se préoccupe des gens du Sud-Est de l'Ukraine".

"Le désir du peuple d'organiser le référendum se renforce. Il y a eu un vote et une décision de ne pas changer la date a été prise à l'unanimité", a-t-il expliqué.

M. Poutine avait surpris mercredi en semblant adopter un ton plus conciliant que de coutume à l'égard de Kiev. Il avait proposé un scénario de "dialogue", incluant une plus grande autonomie pour les régions russophones de l'est du pays, prévoyant l'arrêt de l'opération militaire en cours dans le Sud-Est en échange d'un report du "référendum".

"Le référendum est pour dans quelques jours et tous les bulletins de vote sont imprimés et sont en train d'être envoyés", a affirmé de son côté un représentant de la commission électorale des séparatistes à Donetsk.

Une décision similaire a été adoptée "à l'unanimité" dans la région voisine de Lougansk, a rapporté l'agence Interfax, citant un porte-parole de l'"armée du Sud-Est".

Une porte-parole de l'Union européenne à Bruxelles a immédiatement critiqué cette décision : "Nous insistons avec force sur le fait que ce référendum ne doit pas avoir lieu" car "il aggraverait encore la situation" et "pourrait mener à une nouvelle escalade", a-t-elle déclaré.

Le Kremlin a pris acte jeudi de la réponse des séparatistes à sa proposition, son porte-parole Dmitri Peskov jugeant que les "nouveaux développements" devaient être "analysés".

Moscou avait déjà affirmé plus tôt cette semaine ne plus avoir d'influence sur les rebelles pro-russes d'Ukraine en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. Mais pour le journal en ligne Ukraïnska Pravda, "Poutine fait semblant ne pas avoir d'influence sur les séparatistes".

Les autorités de Kiev ont, quant à elles, déjà fait savoir qu'elles ne reconnaissaient pas la légitimité de ce projet de "référendum terroriste".

"Tout appel à le 'reporter' n'est donc qu'une plaisanterie et aucunement un signe de bonne volonté. La Russie a déjà mis en oeuvre un tel scénario en Crimée", a souligné le ministère des Affaires étrangères. Cette péninsule du Sud de l'Ukraine a été rattachée en mars à la Russie, au grand dam de la communauté internationale.
Le gouvernement ukrainien a de son côté répété jeudi qu'il n'avait nullement l'intention de renoncer à rétablir l'ordre dans l'Est.

"L'opération antiterroriste va se poursuivre, quelles que soient les décisions (sur le référendum) des groupes subversifs ou terroristes de la région de Donetsk", a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï.

Les autorités ukrainiennes se trouvent depuis vendredi engagées dans une opération militaire dans cette zone, qui s'est déjà soldée par des dizaines de morts.

Dans les villes rebelles de Slaviansk et de Donetsk, la population a semblé réagir favorablement à la décision des chefs insurgés de maintenir le référendum.

Référendum ou non, la tension va demeurer vive en Ukraine à l'approche du scrutin présidentiel du 25 mai, qui doit permettre l'élection du successeur de Viktor Ianoukovitch. Le président du Conseil de sécurité national ukrainien, Andriy Parubiy, a indiqué dans une interview qu'il estimait que les manoeuvres de la Russie n'étaient destinées qu'à empêcher la tenue de ce scrutin.

Plusieurs officiels ukrainiens ont admis qu'il sera virtuellement impossible de tenir les élections présidentielles dans certaines régions de l'Est.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé jeudi qu'il se rendrait lundi à Kiev pour manifester le soutien de l'UE à l'Ukraine avant l'élection présidentielle prévue le 25 mai.

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a mis en garde contre des "provocations" aux cérémonies du 9 mai marquant la victoire de l'URSS contre l'Allemagne nazie en 1945.

Des informations ont fait état de la venue triomphale ce jour là de Vladimir Poutine en Crimée qui a été annexée par la Russie en mars. Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et la chancelière Angela Merkel l'ont mis en garde contre cette visite dans la péninsule située au nord de la mer Noire.

Les Occidentaux, qui jugent crucial que le scrutin se déroule correctement, accusent la Russie de tout faire pour déstabiliser l'Ukraine et empêcher sa tenue.

Le secrétaire général de l'OSCE, Lamberto Zannier, était de nouveau attendu à Kiev vendredi.

Les Occidentaux se sont par ailleurs déclarés sceptiques quant au retrait annoncé par M. Poutine des dizaines de milliers de soldats russes déployés ces dernières semaines le long de la frontière avec l'Ukraine.

L'Otan a déclaré n'avoir noté "aucun signe" d'un tel retrait.
"J'ai une très bonne vue", a ironisé jeudi le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen, interrogé sur un tweet du ministère russe des Affaires étrangères qui l'accusait d'être "aveugle" pour ne pas avoir remarqué ce retrait.

Qui plus est la Russie a annoncé jeudi avoir mené des manoeuvres militaires et procédé à des essais de missiles balistiques.

En savoir plus sur:

Nos partenaires