Turquie : l'auteur de l'attentat suicide identifié, le gouvernement va renforcer la sécurité

22/07/15 à 12:06 - Mise à jour à 13:29

Source: Le Vif

La police turque a identifié un Turc de 20 ans comme l'auteur de l'attentat suicide meurtrier commis lundi à Suruç (sud), attribué au groupe Etat islamique (EI), alors que le gouvernement se réunit pour renforcer la sécurité à sa frontière avec la Syrie.

Turquie : l'auteur de l'attentat suicide identifié, le gouvernement va renforcer la sécurité

© Belga

Deux jours seulement après l'attaque qui a fait 32 morts et une centaine de blessés, les enquêteurs ont formellement établi que le "kamikaze" qui s'est fait exploser dans les jardins du centre culturel de la petite ville proche de la Syrie était un jeune homme originaire du sud-est de la Turquie.

"Nous confirmons sur la base des analyses génétiques pratiquées que l'auteur de l'attaque est un homme de 20 ans originaire d'Adiyaman, a déclaré à l'AFP un responsable turc sous couvert de l'anonymat.

Le jeune homme, identifié sous les initiales S.A.A., a rejoint les rangs du groupe EI il y a deux mois seulement, a rapporté mercredi la presse turque.

Lundi à la mi-journée, il a visé un groupe de jeunes militants de gauche, partisans de la cause kurde, qui désiraient participer à la reconstruction de Kobané. Située juste de l'autre côté de la frontière, cette ville syrienne a été largement détruite pendant la bataille qui s'est soldée en janvier par la victoire des Kurdes de Syrie sur l'EI.

Mardi, le Premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu, qui a attribué la responsabilité de l'attentat au groupe EI, avait annoncé qu'un "suspect" avait été identifié, sans toutefois préciser s'il s'agissait de son auteur ou d'un complice.

Cet attentat est le plus grave commis en Turquie depuis 2013 et, si sa paternité était confirmée, il constituerait la première attaque suicide menée par l'EI sur son sol.

Selon la presse, les autorités turques enquêtent sur d'éventuels liens entre l'attaque meurtrière de Suruç et un autre attentat qui avait fait 4 morts et plusieurs dizaines de blessés lors d'une réunion publique du principal parti kurde de Turquie le 5 juin dernier à Diyarbakir (sud-est), deux jours avant les élections législatives.

Le quotidien Hürriyet a affirmé mercredi que le mécanisme de l'engin explosif était identique dans les deux cas et que les auteurs présumés de ces deux attaques avaient rejoint les rangs jihadistes au même moment.

Interdiction sur Twitter

A la demande du gouvernement, un juge turc a par ailleurs interdit mercredi la diffusion sur internet des images, souvent insoutenables, prises juste après l'explosion par les témoins, abondamment partagées sur les réseaux sociaux depuis deux jours.

Cette mesure a ravivé chez les internautes les craintes d'un nouveau d'un nouveau blocage de Twitter par le gouvernement islamo-conservateur turc, qui s'est attiré les vives critiques des défenseurs des libertés pour l'avoir ordonné à plusieurs reprises.

Son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, doit présider dans l'après-midi un conseil des ministres extraordinaire destiné, selon ses mots, à étudier un nouveau "plan d'action" antiterroriste, visant notamment à renforcer la surveillance de sa frontière avec la Syrie et d'y prévenir les mouvements des jihadistes.

Cette réunion intervient alors que la découverte mercredi de deux policiers tués par balle dans une autre ville frontalière de la Syrie, Ceylanpinar (sud-est), a ravivé les craintes d'autres attaques. "Nous ne savons pas encore s'il y a un lien avec le terrorisme", a toutefois tempéré le gouverneur local, Izzetin Küçük.

Depuis deux jours, les détracteurs du régime turc l'accusent d'être pour partie responsable des événements de Suruç, dénonçant sa mauvaise évaluation du risque jihadiste voire, pour les plus virulents, sa complaisance pour le groupe EI.

Même si elle est membre de la coalition antijihadiste, la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan est jusque-là restée l'arme au pied face aux jihadistes. Elle a notamment refusé d'intervenir en soutien des milices Kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de la Syrie.

Depuis lundi, de multiples manifestations, toutes réprimées par la police, ont dénoncé dans plusieurs villes du pays la politique syrienne du gouvernement.

"Le gouvernement actuel a toujours jusqu'à présent combattu le terrorisme et il ne fera jamais de compromis avec lui", a répété M. Davutoglu mardi soir sur Twitter.

Le porte-parole du président Erdogan, Ibrahim Kalin, a rappelé de son côté les très récentes opérations conduites par la police pour démanteler les filières jihadistes qui permettent aux recrues de l'EI de rejoindre la Syrie via le territoire turc.

"Les allégations selon lesquelles la Turquie ne condamne pas Daesh (acronyme arabe de l'EI) ou ne traque pas ses membres sont fausses", a-t-il souligné.

AFP

En savoir plus sur:

Nos partenaires