Tunisie: les islamistes et les droits des femmes

27/09/12 à 20:06 - Mise à jour à 20:06

Source: Le Vif

Les Tunisiens reviennent sur un article constesté de la constitution qui évoquait la "complémentarité", au lieu de "l'égalité" de l'homme et de la femme. Mais la convocation pour "outrage à la pudeur" d'une jeune femme violée par des policiers inquiète les défenseurs des droits humains.

Tunisie: les islamistes et les droits des femmes

© Reuters

La femme est redevenue, en Tunisie, l'égale de l'homme. Sur le papier du moins. Lundi dernier 24 septembre, la Commission de coordination et de rédaction de l'Assemblée constituante, qui est chargée d'assurer la cohérence entre les différents articles du futur texte constitutionnel rédigés par les commissions spécialisées, a supprimé la notion de "complémentarité" entre les sexes et ré-introduit celle de "l'égalité", y compris "l'égalité des chances sur le plan professionnel". Certes cette nouvelle mouture doit encore être approuvée par l'assemblée plénière, mais de l'avis général cela ne devrait pas poser de problème.

Exit donc la "complémentarité". Il faut dire que la proposition, qui émanait de députés du parti islamo-conservateur Ennahda, avait soulevé un tollé en Tunisie. Quelques milliers de manifestants étaient descendus dans la rue, le 13 août, à .l'occasion de la Journée nationale de la femme, pour dénoncer son caractère rétrograde, tandis que l'une des élues à l'Assemblée constituante faisait circuler une pétition. Plus discrètement les alliés modernistes d'Ennahda au sein de la coalition au pouvoir, à commencer par le président Moncef Marzouki, avait fait connaître leur désaccord.

L'aile radicale d'Ennahdha tente de pousser ses feux

La question des droits de la femme est particulièrement sensible en Tunisie. Jusqu'à l'adoption en 2004 du nouveau code de la famille marocain, la législation tunisienne en matière de droits des femmes était sans équivalent dans le monde arabo-musulman. Une situation héritée des années Bourguiba et du code du statut personnel dont le père de l'indépendance avait doté le pays dès 1956. Outre ce texte de loi, il avait également imposé une politique de planning familial, elle aussi sans égal dans la région. Les Tunisiennes sont très attachées à ce précieux acquis, gage de leur modernité. Les dirigeants du parti Ennahda le savent. Ils avaient d'ailleurs pris soin, pendant la campagne électorale, de promettre que le code du statut personnel serait préservé. Mais l'aile la plus radicale du parti n'a de cesse, de pousser ses feux à l'Assemblée constituante. Quitte à être ensuite démentie par les leaders du mouvement. Dès le 8 août, à l'occasion d'un dîner auxquels participaient des représentants de partis politiques tunisiens ainsi que des personnalités arabes, européennes et américaines, le leader d'Ennahda, Rached Ghannouchi, avait souligné "l'attachement" du parti à l'égalit " entre hommes et femmes.

Si une bataille juridique a été gagnée -à la condition que la nouvelle formulation soit entérinée par l'Assemblée- l'attitude des islamo-conservateurs envers la condition féminine reste pour le moins empreinte d'ambiguïtés. Ennahda condamne certes les violences faites aux femmes. Mais le 26 septembre, une jeune femme violée par deux policiers quelques semaines plus tôt a été convoquée par un juge d'instruction pour "outrage public à la pudeur". Plusieurs associations, dont l'Association tunisienne des femmes démocrates, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme et le Conseil national pour les libertés ont publié un communiqué dénonçant un comportement visant à "transformer une victime en accusée afin de la tenir responsable d'un crime qui a été commis contre elle, afin de la terroriser pour la dissuader de porter plainte".
Un appel à manifester le 2 octobre, date à laquelle la jeune femme doit être confrontée aux deux policiers, a été lancé sur les réseaux sociaux.

LeVif.be avec L'Express

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