Tunisie: le tueur "tirait sur les touristes avec un grand sourire"

29/06/15 à 10:55 - Mise à jour à 10:55

Source: L'express

Un assaillant qui déambule "en toute sérénité" sur une plage, Kalachnikov en mains, un policier qui abandonne son arme à un civil: l'action des forces de sécurité tunisiennes à Sousse est critiquée.

Tunisie: le tueur "tirait sur les touristes avec un grand sourire"

© Belga - KENZO TRIBOUILLARD

Selon, le ministère de l'Intérieur tunisien, les renforts sont arrivés "sept à huit minutes" après le début de l'attaque terroriste de Sousse. Mais d'après plusieurs témoins, le tireur a pris tout son temps, visant délibérément les touristes, et a pu entrer et ressortir tranquillement de l'hôtel Riu Imperial Marhaba. 38 personnes en tout ont été tuées. Selon les témoins, "il y a eu un problème".

"On l'a vu tirer sur les touristes avec un grand sourire"

Amir Ben Hadj Hassine habite à deux pas de la plage de Port El Kantaoui. Vendredi, lorsque le tireur a dégainé son arme cachée dans un parasol et commencé à tirer sur les touristes, Amir s'est précipité sur place. "Entre le début du bruit des tirs jusqu'à ce qu'il soit mort, il s'est écoulé 40, 45 minutes", estime le jeune homme de 22 ans, encore choqué par l'image des corps sans vie sur la plage.

Malek, 16 ans, dit avoir assisté à la scène depuis le début. "J'étais à la plage. J'ai vu le tireur déposer son parasol sur le sable puis s'accroupir, dans la même position que quelqu'un qui creuse pour installer son parasol. Mais tout d'un coup, il a pris une Kalachnikov et a commencé à tirer sur le sable", raconte l'adolescent. "Tout le monde s'est levé pour voir ce qui se passait, puis on l'a vu tirer sur les touristes avec un grand sourire. On est parti en courant pour se cacher, alors que lui se dirigeait vers l'hôtel Imperial", poursuit-il.

"Allez-vous-en, je ne suis pas venu pour vous"

Seif, 21 ans, qui préfère témoigner loin des caméras, se rappelle d'une scène "incroyable". "Le type était très à l'aise, on aurait dit qu'il dansait ou qu'il écoutait de la musique en marchant". "A un moment, on s'est trouvé très proche de lui, mais il n'a pas tiré sur nous. Il s'est contenté de nous dire 'allez-vous-en, je ne suis pas venu pour vous'", poursuit-il. Plusieurs témoignages disent la même chose: le tireur a essentiellement visé des touristes. Sept Tunisiens ont cependant été blessés, selon le ministère de la Santé.

Après avoir tiré sur des personnes installées sur des transats à la plage, le tireur s'est dirigé vers l'hôtel. "J'ai vu le mec entrer tranquillement, en toute sérénité dans l'hôtel" , se souvient Amir. A peu près à ce moment-là, "une vedette est venue depuis la mer, avec deux agents de sécurité à son bord, dont l'un était armé". "Ils n'ont pas voulu descendre dans un premier temps" parce que le nombre d'assaillants était encore inconnu, dit Amir. "Mais quand les tirs à l'intérieur de l'hôtel se sont calmés, ils sont descendus".

Un agent de sécurité qui "avait peur"

"On a demandé à l'agent armé d'entrer dans l'hôtel, on le poussait mais il avait peur et n'a pas tiré", poursuit Amir. "Alors un animateur (d'un hôtel) lui a pris son arme et a essayé de tirer de loin sur le terroriste. Mais l'arme n'a pas fonctionné". Seif a lui aussi assisté à cette scène. "L'animateur a pris l'arme du policier et s'est dirigé vers l'hôtel pour tuer le tireur. Il a dit au policier 'donne-moi ton arme, laisse-moi le tuer', lui a pris son arme et s'est dirigé vers l'hôtel".

Hassen, responsable des parachutes à l'hôtel Mouradi, sur la même plage, était sur place avec des clients au moment de l'attentat. Sa version diffère légèrement: il se rappelle avoir "vu l'agent de sécurité reculer en heurtant un parasol". "Il est tombé et un citoyen a pris son arme" pour essayer de "tirer sur le terroriste".

Quelques minutes plus tard, Amir a vu le terroriste revenir sur la plage et passer devant trois hôtels sans être inquiété. "J'étais choqué de ne pas voir la police alors que la région est encerclée par les postes de police, et il y a d'habitude des patrouilles régulières", ajoute-t-il. "Bien sûr qu'il y a un problème car ils (les policiers) ne sont pas venus à temps", accuse-t-il.

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