Troy Davis: "Jour de honte pour le système judiciaire américain"

22/09/11 à 14:08 - Mise à jour à 14:08

Source: Le Vif

"Soif de sang", "funeste erreur"... L'exécution programmée de Troy Davis révolte une partie de la presse des Etats-Unis.

Troy Davis: "Jour de honte pour le système judiciaire américain"

© Reuters

"Nous ne savons pas si Troy Davis est innocent; il est la seule personne à savoir s'il a tiré sur le policier de 27 ans Mark MacPhail, sur un parking de Savannah en 1989", écrit le Los Angeles Times. "Mais tant de doutes ont été soulevés depuis sa condamnation qu'il est impossible de dire avec certitude qu'il est coupable. C'est pourquoi la sentence aurait du être commuée, et c'est pourquoi la peine de mort devrait être abolie", plaide le quotidien californien qui dénonce cette "méthode de punition archaïque".

Alors que sept des neuf témoins qui avaient accusé Troy Davis se sont récusés, le comité des grâces de Géorgie a confirmé la peine requise en 1991 parce qu'il n'avait pas le certitude que Davis était innocent. Ce qui heurte un des principes fondateurs de la justice américaine: "Le procureur doit prouver 'au-delà du doute raisonnable' la culpabilité du prévenu, et non l'inverse".

"Funeste erreur"

Pour le New York Times, la décision de justice de l'Etat de Géorgie est une "funeste erreur". Le quotidien énumère l'accumulation de fautes et de manipulations qui ont marqué l'enquête, qu'il s'agisse des agissements douteux de la police, de la rétractation des témoins ou du témoignage d'autres individus qui assurent qu'un autre homme a avoué le meurtre.

"D'aucuns estiment que les proclamations d'innocence de Troy Davis et la faible probabilité que des jurés plaideraient coupable aujourd'hui place les Etats-Unis face à un dilemme moral, qui met en cause la peine capitale" relève le Christian Science Monitor. "Si nous sommes capables d'exécuter un homme avec de tels doutes, ce n'est pas de bon augure pour notre santé morale", se désole le révérend Raphael Warnock cité par le quotidien basé à Boston.

"Nous sommes une nation oeil pour oeil, dent pour dent. Nous sommes entraînés dans une spirale qui nous conduit à exécuter aujourd'hui une personne dont on découvrira peut-être demain qu'elle est innocente", soutient l'écrivain Kevin Powell dans le Huffington Post. Celui-ci regrette que la communauté noire ne se soit pas plus battue contre la peine de mort par le passé. "Si les églises de Géorgie s'étaient mobilisé par le passé contre la peine capitale, le comité des grâces aurait peut-être rendu un autre avis" regrette-t-il.

Le Huffington Post est l'un des rares journaux qui accorde une large place à cette exécution. Parmi les contributions, celle de l'activiste Bianca Jagger : le mardi où a été confirmée la peine capitale pour Troy Davis a été "un jour de honte pour l'état de Géorgie et pour le système judiciaire américain". Et de citer Albert Camus "Qu'est-ce que l'exécution capitale sinon le plus prémédité des meurtres ?"
Un système qui prétend être juste au regard de la loi du pays ne devrait pas voir les peines de mort concentrées dans une seule région. Or, des études montrent que la probabilité d'être condamné à mort dépend du lieu où a été commis le crime. "Le sud du pays compte en effet 80% des exécutions capitales", explique-t-elle. "Tant que les Etats-Unis resteront un bastion de le la peine de mort, ils ne pourront pas prétendre être un porte-drapeau de la démocratie", conclue Bianca Jagger.

"Notre soif de sang est-elle si grande que nous devions ignorer tous les doutes émis par ceux qui se sont penchés sur cette affaire et appliquer la plus cruelle des peines?" s'indigne le producteur de hip-hop Russell Simmons qui appelle les Américains à twitter en utilisant le hashtag #toomuchdoubt pour demander à l'Etat de Géorgie d'épargner la vie de Troy Davis.

Les Etats les plus meurtriers

Avec l'exécution de Troy Davis, la Géorgie est sur le point de rattraper l'Alabama: elle compte 51 exécutions depuis que les Etats-Unis ont rétabli la peine de mort en 1976, contre 53 exécutions et 206 prisonniers dans le couloir de la mort en Alabama, constate Courtland Milloy dans le Washington Post. Ces deux Etats sont cependant loin d'égaler le Texas (474 exécutions) et la Virginie (109), au sommet de la liste des dix états les plus meurtriers des Etats-Unis.

"En Géorgie, on vous injecte un narcotique afin que vous ne sentiez pas les injections léthales vous asphyxier. Enfin c'est ce que l'on nous dit. Comparé à nos partenaires mondiaux de la peine de mort -la Chine, par exemple qui fusille ses condamnés et l'Iran qui les pend, notre jeu de mort est humain" conclut le Washington Post.

Catherine Goueset

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