Trois présidents africains attendus à Abidjan

28/12/10 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Source: Le Vif

Ils ont pour mission de convaincre Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire de son rival Alassane Ouattara à l'élection présidentielle du 28 novembre.

Trois présidents africains attendus à Abidjan

© Reuters

Trois présidents ouest-africains sont attendus ce mardi à Abidjan où ils s'efforceront de convaincre le président sortant Laurent Gbagbo de céder pacifiquement le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, reconnu par la presque totalité de la communauté internationale comme le vainqueur de l'élection du 28 novembre.
Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Leone) et Pedro Pires (Cap-Vert) sont mandatés par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Plongé dans une grave crise depuis la présidentielle du 28 novembre, marquée par des violences meurtrières, le pays est suspendu à la visite de ces trois chefs d'Etat ouest-africains. Ils doivent demander à Gbagbo de céder la présidence à Ouattara, reconnu chef de l'Etat par une immense partie de la communauté internationale, faute de quoi il court le risque d'une intervention armée régionale.

Les partisans d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire ont peiné lundi à mobiliser pour une grève générale destinée à pousser vers la sortie Laurent Gbagbo, mais ils ont réussi à s'emparer de l'ambassade ivoirienne à Paris, jusque-là aux mains du camp adverse. Voulant accentuer cette très forte pression extérieure, la coalition de partis pro-Ouattara avait appelé la population à "cesser les activités" dès lundi. Mais, après un appel à la "désobéissance" civile resté sans suite la semaine dernière, ce mot d'ordre a tardé lundi à avoir de l'écho.

Du quartier chic de Cocody (nord) au quartier populaire de Treichville (sud), Abidjan a longtemps offert le même spectacle: embouteillages et concert de klaxons, taxis en vadrouille, commerces ouverts.

Mais en fin de journée, dans le quartier d'Adjamé comme dans celui d'Abobo (nord), fief de Ouattara, les mini-cars de transport collectif, surnommés "gbakas" et très utilisés par les Abidjanais, étaient peu visibles sur les principaux axes. Le long des rues, des centaines d'habitants étaient contraints de regagner leur domicile à pied après le travail.

"L'info n'est pas très bien passée", a expliqué à l'AFP Anne Ouloto, porte-parole de Ouattara, soulignant que son camp ne bénéficiait pas du relais de la radio-télévision d'Etat RTI, contrôlée par le camp Gbagbo.

Les partisans de Ouattara ont cependant eu un motif de satisfaction à l'étranger. Une trentaine d'entre eux "ont pris le contrôle" lundi, sans "incident notoire", de l'ambassade de Côte d'Ivoire à Paris, a indiqué à l'AFP une source policière française.
Ils entendaient au départ y rester jusqu'à l'arrivée du nouvel ambassadeur désigné par Ouattara en remplacement de Pierre Kipré, un proche de Gbagbo. Mais, selon un de leurs responsables, ils devaient cesser d'occuper les lieux dans la soirée, à la demande du "président Ouattara".

L'ex-puissance coloniale française a indiqué avoir été informée de la désignation d'un nouveau diplomate et avoir engagé la procédure d'agrément.

Avec la venue mardi à Abidjan des présidents Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Leone) et Pedro Pires (Cap-Vert), Gbagbo se prépare à une échéance plus importante. Ils doivent l'appeler à céder la place, au nom de la Commmunauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a menacé de recourir à la "force légitime" s'il ne se pliait pas à cette injonction.

L'Union africaine a demandé au Premier ministre kényan, Raila Odinga, de coordonner les efforts de l'organisation panafricaine sur ce dossier. Il avait récemment suggéré de déloger Gbagbo par la force.

Dans des entretiens aux quotidiens français Le Figaro et Le Monde, Laurent Gbagbo a dit "prendre au sérieux" la menace de la Cédéao. Il dénonce surtout un "complot" mené par les Etats-Unis et la France, qui a réfuté des accusations sans "fondement".
Gbagbo a lancé une sévère mise en garde, alors que la Côte d'Ivoire a déjà été éprouvée par une quasi-guerre civile en 2002-2003. "Il y aura peut-être un désordre intérieur, une guerre civile en Côte d'Ivoire, parce que nous n'allons pas nous laisser piétiner notre droit et nos institutions", a-t-il prévenu.

Son gouvernement avait déjà clairement averti contre une opération de la Cédéao, en insistant sur la présence sur le sol ivoirien de millions d'immigrés ouest-africains, qui pourraient être pris à partie.

"Le camp de Laurent Gbagbo, à travers ses porte-parole, envisage une guerre civile et menace les ressortissants de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) en Côte d'Ivoire", a réagi le gouvernement Ouattara dans un communiqué transmis à l'AFP.

De son côté, la mission de l'ONU dans le pays, l'Onuci (9.000 hommes), dont Gbagbo demande le départ, a reçu une visite de "soutien" du responsable des opérations de maintien de la paix des Nations unies, Alain le Roy.

Les craintes de nouvelles violences - 173 morts récemment selon l'ONU, 53 morts depuis fin novembre pour le gouvernement Gbagbo - poussent de plus en plus d'Ivoiriens à quitter leur pays.

Quelque 14.000 ont fui vers le Liberia depuis un mois, selon l'ONU. La majorité d'entre eux ont moins de 18 ans, a précisé le gouvernement libérien.

Le Vif.be, avec L'Express.fr

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