Trilatérale turco-belge: Les résultats inférieurs aux attentes de la délégation belge

09/03/16 à 19:23 - Mise à jour à 19:26

Source: Belga

La Belgique a obtenu de la Turquie un droit de regard sur une "liste noire" comprenant les noms de 1.224 personnes séjournant sur son territoire et interdits de séjour par Ankara, tout en acceptant la venue à Bruxelles d'un officier de liaison pour renforcer la coopération policière belgo-turque: tels sont les principaux résultats d'une réunion "trilatérale" qui a rassemblé mercredi plusieurs membres des deux gouvernements à Ankara.

Trilatérale turco-belge: Les résultats inférieurs aux attentes de la délégation belge

© AFP

Ces résultats semblent nettement moindres que les attentes qu'avait la partie belge avant cette rencontre rassemblant les ministres des Affaires étrangères Didier Reynders, de l'Intérieur Jan Jambon, et de la Justice Koen Geens - accompagnés du secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Theo Francken - avec leurs homologues turcs.

"La semaine prochaine, je signe un 'memorandum d'entente' sur l'asile et la migration avec la Turquie à Ankara. Bonne nouvelle", avait twitté la semaine dernière M. Francken.

Mais le gouvernement turc a, au dernier moment, lié cette signature à une flexibilité importante sur l'échange d'informations sur les membres et sympathisants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), interdit et qu'Ankara qualifie de "terroriste".

Ce que les Belges ont refusé.

M. Francken et le directeur général de l'Office des étrangers (OE), Freddy Roosemont, ont toutefois relativisé l'absence de 'memorandum d'entente' entre l'OE et son équivalent turc, affirmant qu'il s'agissait d'accords techniques que les Turcs souhaitaient coucher sur le papier bien qu'ils soient déjà en vigueur dans la pratique. "Sur le terrain, cela ne change rien ou très peu", ont souligné MM. Francken et Roosemont devant la presse journalistes.

La question de ce memorandum a révélé la difficulté des discussions entre Turcs et Belges. Les premiers sont prêts à coopérer en matière de lutte contre le terrorisme, mais en visant d'abord le PKK et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C, d'inspiration marxiste). Les seconds refusent cette approche trop restrictive à leurs yeux et hésitent à qualifier le PKK de terroriste.

"Nous ne pouvons pas dire que la Belgique soit si sensible lorsqu'il s'agit de livrer des terroristes du PKK et du DHKP-C", a déploré le ministre turc de l'Intérieur, Mevlüt Çavusoglu, lors d'une conférence de presse.

"Des poursuites ont été entamées, mais cinq ans plus tard l'enquête est toujours en cours. Nous devons éviter des doubles standards en matière de terrorisme", a affirmé M. Çavusoglu, déplorant que les sympathisants du PKK aient trop souvent la parole dans les médias belges. "Nous ne devrions pas autoriser de telles sorties de terroristes", a-t-il ajouté.

Son homologue belge, Jan Jambon, a assuré que la Belgique poursuivrait les terroristes du PKK. "Mais pas extrader comme cela ou fournir des informations sur des personnes soupçonnées de sympathie envers le PKK", a-t-il averti.

Le ministre belge de la Justice, Koen Geens, a souligné que la Belgique ne faisait "pas de discrimination entre les terroristes". "Mais il y a des limitations légales en ce qui concerne les extraditions ou les échanges d'informations", a-t-il fait valoir.

M. Geens a reconnu que les procédures judiciaires étaient parfois "lentes" en Belgique, mais a annoncé que quatre affaires seraient prochainement traitées par les tribunaux.

Cette réunion ministérielle "trilatérale" - la troisième du genre, après celles tenues en octobre 2008 à Istanbul (Turquie) et à Bruxelles en janvier 2013 - a toutefois produit des résultats concrets.

M. Jambon et son son homologue turc, Efkan Ala, ont convenu de l'envoi d'un officier de liaison turc à Bruxelles, en guise de réciprocité à la présence d'un officier belge à Ankara depuis 1996.

La Belgique a aussi obtenu de la Turquie un droit de regard sur une "liste noire" comprenant les noms de 1.224 personnes séjournant sur son territoire et interdits de séjour par Ankara.

"Nous allons maintenant regarder en fonction de quels critères ces gens y figurent", a affirmé M. Jambon.

M. Francken a pour sa part obtenu l'engagement de la Turquie d'examiner si elle n'est pas mesure d'accélérer le rapatriement de demandeurs d'asile déboutés à destination de pays comme le Tadjikistan et l'Ouzbékistan via le "hub" qu'est Istanbul. Le secrétaire d'Etat souhaite réduire le délai nécessaire de cinq à deux jours.

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